Arte Magazine n°2016-35 27 aoû 2016
Arte Magazine n°2016-35 27 aoû 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-35 de 27 aoû 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'île Mystérieuse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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documentaire Irak Treize ans de guerre Ancien correspondant en Irak, Lucas Menget, le réalisateur de Bagdad, chronique d’une ville emmurée, revient ici sur les grandes étapes d’un chaos irakien qui dure depuis treize ans. Lucas Menget Pour quelles raisons les Américains, alors qu’ils se voyaient en libérateurs du pays, sont-ils confrontés dès 2003 à l’hostilité des Irakiens ? Lucas Menget  : Dès le départ, les Américains commettent deux erreurs historiques majeures  : ils dissolvent l’armée et le parti Baath, supposés être des repaires de partisans de Saddam Hussein. Ce que l’administration du premier gouverneur Paul Brenner, qui ne connaît rien au pays ni au Moyen-Orient, n’a pas compris, c’est que toute l’administration du pays, le moindre fonctionnaire, enseignant ou employé de banque, devait obligatoirement adhérer au parti baathiste. Des dizaines de milliers d’Irakiens se retrouvent donc humiliés, sans travail et sans ressources, et en conçoivent une très grande colère. Aveuglés par leur posture héroïque, les Américains refusent de voir l’insurrection qui est en train de germer dans le pays. Ce n’est qu’en avril 2004, lorsque les paramilitaires de l’entreprise Blackwater sont tués et leurs corps calcinés pendus au pont de Falloujah, qu’ils réalisent que cela va être plus compliqué que ce qu’ils avaient imaginé. Pourquoi l’Irak bascule-t-il alors dans la guerre civile ? Les Américains pensent un peu naïvement qu’en confiant l’intégralité du pouvoir aux chiites (70% de la population) la majorité sera satisfaite et que la minorité sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, se taira. Au contraire, des heurts de plus en plus violents ont lieu entre les communautés. En 2006, l’attentat spectaculaire contre la mosquée de Samarra, l’un des lieux les plus saints des chiites irakiens, marque le début d’une vraie guerre interreligieuse, qui se poursuit encore aujourd’hui. Les Américains – et le gouvernement de transition irakien – élèvent alors des murs à Bagdad pour séparer les communautés et faire diminuer la violence. Cela produit à l’inverse un effet Cocotte-Minute qui ouvre une période de massacres, d’attentats et de raids nocturnes d’un quartier contre l’autre. Quelle part ont prise les puissances régionales dans ce conflit ? L’Irak est devenu l’une des lignes de front principales de la gigantesque bataille entre sunnites et 6 N°35 – semaine du 27 août au 2 septembre 2016 – arte Magazine Karim Kadim/AP/SIPA IP 7 1..1.1del eelmai rat I.1 chiites au Moyen-Orient. Les puissances régionales – dont l’Arabie saoudite et le Qatar pour le camp sunnite, et l’Iran du côté chiite – deviennent en sous-main les maîtres d’œuvre de la guerre civile en Irak, qu’ils voient comme une extension de leur pouvoir. Les Iraniens, notamment, exercent une influence très forte, par l’intermédiaire des décideurs chiites irakiens exilés, qu’ils avaient formés durant la dictature de Saddam Hussein, et qui constituent désormais leurs meilleurs relais à l’intérieur du pays. Comment l’État islamique est-il parvenu à prendre racine dans le pays ? Le mouvement – qui s’appelle à l’époque Al-Qaïda en Irak – est en germe dès 2003 et devient une rébellion puissante sous l’impulsion 4
d’Abou Moussab al-Zarqaoui qui instrumentalise la colère d’une partie des sunnites dépossédés de leur pouvoir. Par ailleurs, les Américains ont besoin d’un ennemi pour justifier leur intervention. En désignant Al-Zarqaoui comme le Ben Laden de l’Irak, ils lui donnent l’aura dont il a besoin pour se présenter comme le fer de lance de la lutte contre les Américains et les chiites. En 2013, le mouvement reprend de la vigueur, désormais sous le nom d’État islamique mené par Abou Bakr al-Baghdadi, qui saisit très intelligemment l’opportunité de la guerre civile syrienne pour aller y recruter des hommes, y amasser de l’argent, se donner une crédibilité et une stratégie, avant de revenir en Irak, prendre Mossoul, la deuxième ville du pays, et annoncer le rétablissement d’un califat sunnite en Irak et en Syrie, en 2014. Quelle est la situation actuelle ? On est plus que jamais à un moment d’une violence extrême. L’attentat de Bagdad, qui a fait près de trois cents morts début juillet, montre que malgré la reprise très symbolique de Falloujah – et sans doute prochainement celle de Mossoul – par l’armée irakienne, l’État islamique garde une immense capacité de terrorisme. Par ailleurs, les Irakiens ne font plus confiance à la classe politique, totalement décriée, qui ne parvient pas à sécuriser le pays. La seule issue est un partage du pouvoir entre chiites et sunnites mais il semble très difficile à mettre en œuvre, voire impossible pour l’instant. Propos recueillis par Lætitia Møller N°35 – semaine du 27 août au 2 septembre 2016 – arte Magazine Mardi 30 août à 21.45 Bagdad, chronique d’une ville emmurée Lire page 19 7



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