Arte Magazine n°2016-21 21 mai 2016
Arte Magazine n°2016-21 21 mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-21 de 21 mai 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : les pieds dans le tapis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Documentaire « La réinsertion est le nerf de la guerre » Elephant & Cie Mardi 24 mai à 20.55 Djihad, les contre-feux Lire pages 18-19 Comment s’opère le processus de radicalisation et comment en sortir ? Les explications de Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, dont on suit le travail dans le documentaire Djihad, les contre-feux. Àquels signes voit-on qu’un jeune est en train de se radicaliser et comment inverser le processus ? Dounia Bouzar  : Nous avons travaillé avec des parents de jeunes radicalisés afin d’établir des indicateurs d’alerte, qui reposent sur des comportements de rupture. Le jeune se coupe de l’école, de ses loisirs et de sa famille. Le groupe radical devient sa communauté de substitution, s’appropriant l’autorité parentale. Pour déconstruire l’idéologie djihadiste, il faut d’abord la comprendre, contrairement à ce qu’a dit Manuel Valls. Il faut mener un gros travail avec les proches. De la même manière que Daech utilise les émotions pour susciter la paranoïa, les parents vont utiliser celles-ci pour rassurer leur enfant, par exemple en lui rappelant des souvenirs, des rituels familiaux, des sensations… La radicalité anesthésie l’humain  : grâce à cette étape, la personne embrigadée peut retrouver son identité. Enfin, nous mettons en place une approche cognitive. Les repentis aident les jeunes à prendre conscience du fossé qui existe entre ce que le recruteur a promis et les exactions de Daech. Leur rôle est essentiel pour déconstruire son idéologie. Didier GOUPY/SIGNATURES 6 N°21 – semaine du 21 au 27 mai 2016 – ARTE Magazine Au Danemark, des jeunes de retour de Syrie sont laissés en liberté et encadrés par un tuteur. En France, cela apparaît inimaginable. Qu’en pensez-vous ? La réinsertion des déradicalisés est le nerf de la guerre. Malheureusement, la France n’a pas compris cela. Les jeunes qui reviennent sont tous considérés comme des terroristes. Leur avenir rime avec prison et chômage… Personne ne s’occupe de leur réinsertion. Admettons qu’on mette ces milliers de jeunes en prison, que va-t-on faire d’eux quand ils auront 30 ans, après dix à quinze ans derrière les barreaux ? Dans de telles conditions, certains risquent de se radicaliser à nouveau. Dans le documentaire, des parents de jeunes partis en Syrie assurent que leurs enfants n’osent pas rentrer en France car ils se savent condamnés par la justice et l’opinion publique. Est-ce le cas ? Bien sûr. Il arrive que des jeunes « s’autodéradicalisent » une fois en Syrie. Ils ne sont pas allés au bout de leur déshumanisation et se rendent compte qu’ils se sont fait berner. Mais ils n’osent pas partir. Pourquoi ? Déjà car ils risquent de se faire tuer par Daech, mais aussi parce qu’ils n’ont plus de perspectives en France. Il arrive que des gamins de même pas 20 ans, ne voyant pas comment s’en sortir, partent se faire tuer par « l’ennemi » pour en finir. J’insiste làdessus  : il ne faut pas voir ces jeunes comme des monstres. La plupart ont été trompés par un mythe. Propos recueillis par Raphaël Badache
Vendredi 27 mai à 23.20 Avec le sang des hoMMes Lire page 25 iskra un monde caché, dans lequel on pénètre avec appréhension. Un lieu de tension, de C’est mort et de sang dont l’effroyable vacarme saisit aussitôt. En blouse blanche, bottes, cotte de maille et casque sur la tête, les hommes se livrent debout à un douloureux corps à corps – qu’ils n’ont pour la plupart pas choisi – avec les bêtes. Suspendus à des crochets tête en bas, des centaines de bœufs, veaux et agneaux défilent sans répit devant leur couteau ou leur scie. Les cadences de cet éreintant travail à la chaîne, sur des postes de 2 m², les exposent à des blessures au moindre faux mouvement et leur interdisent toute communication. « C’est un métier manuel qui casse le bonhomme et dont la pénibilité, source de maladies professionnelles et d’invalidités, n’est toujours pas reconnue. Un travail sur lequel pèse une chape de plomb, car personne ne veut le voir », déplore Jean-Luc Souvestre, employé dans le hall d’abattage et délégué syndical. SouFFrance humaine « Nous voulions faire un film sur ce monde ouvrier dont on nous dit qu’il n’existe plus dans la France désindustrialisée, quand il représente encore plus de 20% des salariés selon l’Insee », pointent Vincent Gaullier et Raphaël Girardot. Pendant trois ans, les réalisateurs, qui avaient antérieurement Documentaire Les entrailles des abattoirs Pendant plus d’un an, Vincent Gaullier et Raphaël Girardot ont filmé les ouvriers d’un abattoir en Bretagne. Un lieu tabou dont ils dévoilent le travail à la chaîne dans un film hommage à ces prolétaires oubliés. N°21 – semaine du 21 au 27 mai 2016 – ARTE Magazine filmé le monde paysan, ont cherché en vain des abattoirs industriels prêts à les accueillir. « C’est finalement le président du syndicat patronal luimême qui nous a ouvert les portes de sa société sva à Vitré. Avec deux contraintes  : ne pas tourner de séquences de mise à mort et montrer le film avant diffusion. » À l’heure où les débats sur la maltraitance animale occultent la réalité humaine, leur film (Pyrénées d’or du meilleur documentaire au Festival de Luchon 2016), qui évoque Les temps modernes de Chaplin, brise le tabou de ces abattoirs de l’ombre, fournissant, presque clandestinement, notre consommation en viande. Si, depuis Le sang des bêtes, le documentaire de Georges Franju (1949), la haute technicité et l’hygiénisme ont envahi cet univers objet de fantasmes, la douleur demeure. « Taxés d’assassins, ces femmes et hommes souffrent physiquement et psychiquement. La honte au ventre, ils ne peuvent pas parler de leur métier – ils disent souvent travailler en boucherie ou dans l’agroalimentaire –, alors qu’ils détiennent un savoir-faire auquel nous voulions rendre hommage. » Témoignage poignant sur ces prolétaires oubliés, Le sang des hommes leur apporte, conclut Jean-Luc Souvestre, « enfin une reconnaissance ». Sylvie Dauvillier 7



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