Arte Magazine n°2016-21 21 mai 2016
Arte Magazine n°2016-21 21 mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-21 de 21 mai 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : les pieds dans le tapis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vendredi 27 mai à 20.55 LES PIEDS dans le tapis Lire pages 24-25 en couverture Les tribulations de deux Iraniens en Corrèze Deux Perses, perdus dans le Limousin, sur la piste d’un secret de famille  : une situation aussi improbable que savoureuse. Dans son nouveau film, le réalisateur franco-iranien Nader T. Homayoun livre sa vision, malicieuse, du choc des cultures. Entretien. 4 N°21 – semaine du 21 au 27 mai 2016 – ARTE Magazine
David kOskas Nader T. Homayoun Votre précédent long métrage, Téhéran, était un polar. Vous aviez envie de changer de ton ? Nader T. Homayoun  : Ce n’était pas calculé. En fait, j’aime toucher à des genres différents. C’est un exercice salvateur. Avec Téhéran, j’avais voulu faire un film noir, ancré dans un quartier de la ville pour lequel j’ai beaucoup d’affection. Les pieds dans le tapis vient d’une envie d’écrire une comédie. J’en avais un peu marre d’entendre que le cinéma iranien se résume aux drames  : il produit aussi beaucoup de comédies. Elles ne s’exportent pas car ce genre obéit à des codes très culturels. Mais il existe un goût et une disposition pour cela. D’où cette idée d’une mère et de son fils parachutés de Téhéran à Brive-la-Gaillarde, en Corrèze ? Depuis le temps que je vis en France, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voyager en Iran avec des Ahmad Aghasiani N°21 – semaine du 21 au 27 mai 2016 – ARTE Magazine amis français. À chaque fois, les gens m’ont parlé d’un décalage comique entre les deux cultures. Moi, je ne le trouvais pas spécialement drôle et cela finissait même par m’agacer un peu… Mais, rétrospectivement, je me suis dit que cela pouvait constituer un point de départ. On a donc imaginé une variation sur les Lettres persanes de Montesquieu, dans laquelle deux Iraniens de la capitale sont contraints de débarquer en France – pas à Paris, mais à Brivela-Gaillarde ! Rien que d’entendre ce nom prononcé par des étrangers, c’était comique. Aux yeux des Iraniens, Brive, c’est presque la planète Mars. Un monde sépare cette ville de Téhéran, pas seulement d’un point de vue urbanistique, mais aussi en termes de volume sonore, de pollution, de couleur, de sécurité, etc. En Corrèze, les Iraniens s’étonneraient presque de pouvoir marcher tranquillement dans les rues. Chez eux, ils peuvent à chaque seconde se faire écraser par une voiture et finir à l’hôpital. L’esthétique du film, gaie et colorée, emprunte à la bande dessinée… Elle s’inspire plutôt de l’imagerie des smartphones. Mais pour éviter que le film ne soit lourd formellement, j’ai privilégié le jeu des acteurs et le rythme, ce qui est primordial dans une comédie. J’ai souvent opté pour des plans fixes, pour laisser les personnages habiter le cadre, et aussi pour toutes ces images dans l’image, liées aux SMS, aux écrans divers (Skype, Viber…). Je voulais plonger les spectateurs dans un univers qu’ils commencent à bien connaître, celui de l’hyperconnexion. La « connexion » entre les gens  : n’est-ce pas justement le sujet du film ? D’abord, je dois avouer que j’ai rarement vu un peuple aussi connecté que les Iraniens. Dans un pays qui a longtemps été écarté du monde, cette soif de communication s’avère compréhensible. Le film suggère que les moyens de communication et de rapprochement entre les gens ne sont pas forcément liés à la culture et à la langue. L’étincelle peut jaillir n’importe où, avec n’importe qui. On voit dans le film les dégâts que causent les mariages arrangés… Mais en même temps, on ne peut pas porter de jugement, car la société iranienne est multiple  : c’est cette complexité que j’ai voulu montrer. Il est possible d’appartenir à un pays aux frontières fermées et en même temps d’être ouvert au monde. Inversement, une société qui se dit moderne n’empêche pas le repli sur soi. L’introduction du thème de l’autisme dans l’histoire n’est pas innocente… Dans cette complexité, comment parler vrai ? Voilà la question qui se pose à Morteza, le personnage du fils, qui traverse le film comme un enfant, confronté à des femmes castratrices. Au début, c’est un bébé, et, progressivement, il devient adulte. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène 5



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