Arte Magazine n°2016-12 19 mar 2016
Arte Magazine n°2016-12 19 mar 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-12 de 19 mar 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : le siège.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Mardi 22 mars à 22.45 Le siège Lire page 19 Laurent Sazy/Divergence @ LAURENT SAZY/DIVERGENCE en couverture Sarajevo à huis clos Fipa d’or 2016 du meilleur documentaire de création, Le siège raconte, en images d’archives et témoignages, le quotidien sous les bombes des Sarajéviens encerclés par les forces serbes, de 1992 à 1995. Un film à hauteur d’homme décrypté par son réalisateur, le reporter de guerre Rémy Ourdan. 4 N°12 – semaine du 19 au 25 mars 2016 – ARTE Magazine
id IR Ir em MIMENT ! Comment avez-vous vécu ces quatre années de siège ? Rémy Ourdan  : À la différence des Sarajéviens, j’avais la liberté de partir. J’ai fait le choix, personnel et volontaire, de rester à leurs côtés pendant toute la durée du siège. En tant que reporter, je bénéficiais de plus de moyens logistiques. Je pouvais acheter de l’essence au marché noir et me déplacer en voiture, éventuellement me ravitailler de l’autre côté du front. En même temps, j’ai vécu dans la violence comme tout le monde  : les bombes qui pleuvent toute la journée, les tirs de snipers, la pénurie de nourriture… Un siège constitue une situation exceptionnelle, aussi bien pour les combattants et les civils que pour les reporters. Lors des guerres, les civils fuient à l’arrière tandis que les journalistes passent quelques heures, jours ou semaines au cœur des combats avant de se replier. À Sarajevo, l’ensemble de la ville était un front. Comment est né ce film sur l’intérieur du siège ? Au cours des deux dernières décennies, je n’ai jamais cessé de me rendre à Sarajevo, de poursuivre mes recherches, sachant qu’un jour je raconterais cette histoire. Les sièges sont souvent de complets huis clos, rarement documentés. Quand le projet de film a débuté il y a quatre ans, j’ai pris le parti de montrer l’événement uniquement de l’intérieur. Dès le départ, j’ai choisi d’évacuer la diplomatie, la politique, pour me concentrer sur les assiégés, le côté humain. Toutes les pièces du puzzle – archives, interviews, musique… – appartiennent au siège, dont on ne sort à aucun moment car je voulais retranscrire au maximum la sensation d’enfermement. L’ensemble des procédés de réalisation sert ce propos. Comment avez-vous sélectionné les archives ? Plus de 90% d’entre elles sont sarajéviennes, et viennent de tous horizons  : cinéma, télévision, photographie, musique, radio, graphisme… Certaines étaient répertoriées et digitalisées. Pour les autres, nous avons dû mener un long travail de recherche, en aidant parfois à la numérisation. Le film présente par ailleurs des archives de photographes, cameramen et cinéastes étrangers venus travailler dans la ville assiégée. Marcel Ophuls ou Romain N°12 – semaine du 19 au 25 mars 2016 – ARTE Magazine Goupil m’ont ainsi donné accès à leurs rushs de l’époque. Enfin, j’ai choisi d’intégrer dans ce documentaire sans commentaire certaines de mes chroniques radio d’alors sur RTL, qui apportent un témoignage complémentaire sur le siège. A-t-il été difficile de libérer la parole des témoins ? Le personnage, c’est Sarajevo assiégée. Je voulais donc que le film s’apparente à une mosaïque humaine. J’ai réalisé plus d’une centaine d’interviews, pour en conserver la moitié. Comme souvent dans les après-guerres, une génération au moins aspire à passer à autre chose. Les Sarajéviens ne parlent pas du conflit, même s’il reste présent partout, tout le temps. Le mot «guerre» s’immisce sans arrêt dans les conversations  : «Tu te souviens de la voiture que j’avais avant-guerre ? » Pour autant, ils gardent pour eux les souvenirs douloureux. Si certains artistes ou journalistes se sont exprimés à travers leurs travaux, peu de témoins s’étaient confiés auparavant. J’ai sollicité des personnes de ma connaissance, rencontrées pendant le conflit ou après. Plus que le projet en lui-même, je crois que c’est la confiance qu’elles me portent – à moi qui ai vécu le siège à leurs côtés, et qui les ai côtoyées pendant près de vingt ans sans les interviewer – qui les a poussées à témoigner. Vous donnez aussi la parole à de nombreux artistes. Pourquoi ? Dans cette capitale déjà active sur la scène culturelle avant le conflit, le siège a façonné une nouvelle génération d’artistes, en transformant leur manière de vivre et de travailler. Sarajevo a tenu grâce à ceux qui l’ont défendue les armes à la main, mais la résistance intellectuelle, culturelle et artistique a été capitale, car elle a permis de ne pas sombrer dans la folie et la sauvagerie. Au-delà de sa survie, cette population, dont la destruction semblait inexorable, a défendu de manière incroyable des valeurs, à commencer par un idéal de vie ensemble, une multiethnicité qui subsiste, malgré ses imperfections. À travers le film, j’ai tâché de représenter ces différentes facettes de la vie sous le siège  : son atrocité, sa dureté, la banalité du quotidien, le temps qui s’étire, mais aussi sa poésie. Propos recueillis par Manon Dampierre 5



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