Arte Magazine n°2016-06 6 fév 2016
Arte Magazine n°2016-06 6 fév 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-06 de 6 fév 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : trepalium.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
Jeudi 11 février à partir de 20.55 Trepalium (1-3) Lire pages 22-23 en couverture «Un miroir déformant de notre époque» Réalisateur éclectique et prolifique, Vincent Lannoo s’est fait connaître en France avec le long métrage Au nom du fils, dénonciation grinçante de la pédophilie dans l’Église catholique. Pour ARTE, il a mis son regard acerbe et son goût du film de genre au service de Trepalium, une série d’anticipation surprenante et spectaculaire. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet Trepalium ? Vincent Lannoo  : Au cours de ces dix dernières années, j’ai réalisé six longs métrages. Je viens du cinéma, mais j’avais envie depuis un certain temps de tourner une série. C’est une expérience différente. Sur six, huit ou dix heures, on a la possibilité de raconter une histoire dans toute son ampleur et sa complexité. La productrice Katia Raïs avait vu mon travail, particulièrement Vampires, mon faux documentaire sur une famille de vampires belges, qui 4 N°6 – semaine du 6 au 12 février 2016 – arte Magazine l’avait intéressée et intriguée. Elle m’a donc envoyé le scénario de Trepalium. Il m’a emballé, d’une part parce qu’il était remarquablement écrit, et d’autre part parce qu’il posait les bases d’un monde futuriste qui restait à inventer. Depuis toujours, je suis un fan du cinéma de genre, que ce soit le thriller, l’épouvante, la science-fiction ou l’anticipation. Même quand je souhaite traiter d’un sujet de société, je le fais bifurquer vers le film de genre. Me voir offrir une telle opportunité est une étape importante dans ma réflexion créative.
Disponible en coffret DVD à partir du 3 février Sur arte.tv/trepalium, découvrez À l’ombre du mur – Journal d’un inutile, un préquel sonore, graphique et interactif, qui débute avant la construction du mur. Une coproduction ARTE France, Kelija et Upian. Comment avez-vous conçu cet univers futuriste ? Trepalium est une fable dystopique, le contraire d’une utopie. Elle décrit un monde qui serait allé vers ses pires défauts  : l’ultralibéralisme poussé à l’extrême dans un monde cloisonné. Pour moi, cet univers s’est associé de manière naturelle à un imaginaire qui tournait autour de la régression et auquel fait écho l’esthétique rétro-futuriste de la série  : les décors, les costumes, les accessoires, les vieilles voitures. On a regardé comment certains architectes du passé, des années 1930 aux années 1980, comme N°6 – semaine du 6 au 12 février 2016 – arte Magazine toutes les photos de la page  : David Cailley Kelija Le Corbusier, Oscar Niemeyer ou Ricardo Bofill, avaient imaginé l’avenir. Je me suis aussi rendu compte que le présent était assez éloigné des fantasmes de futur que je pouvais avoir quand j’étais enfant  : finalement, pas de voitures volantes, pas de copains robots, seule la crise qui s’est installée… Le vrai changement, c’est l’omniprésence des écrans. Je tiens aussi à évoquer le mur, aussi important dans la série sur le plan narratif que symbolique. Trepalium parle de ségrégation. L’histoire nous a malheureusement donné plusieurs exemples de ce type de murs. Quelles ont été vos inspirations ? Brazil, 1984, Metropolis, la série Black mirror, de Channel 4, qui interroge dans un avenir proche certains aspects du monde d’aujourd’hui. Trepalium repose autant sur les parcours intimes de ses personnages que sur un monde neuf et spectaculaire. Je citerai aussi Hunger games, Bienvenue à Gattaca, Les fils de l’homme, Soleil vert, Her… J’ai regardé beaucoup de films, mais en fait, dans cette phase du travail, j’ai plus tendance à faire confiance à mon inconscient qu’à ces références, aux tiroirs qui vont s’ouvrir d’eux-mêmes, pour me souffler des choses que j’ai peut-être oubliées. Cette satire de notre société oscille entre la gravité et l’humour… Trepalium est moins une satire qu’un miroir déformant de notre époque. Dans la «Ville» [zone réservée à ceux qui ont un emploi, NDLR], le jeu des comédiens est froid et distant et nous montre ce que nous pouvons être (ou ce que nous pourrions devenir) dans notre quotidien au travail. Par exemple, la scène où Ruben Garcia (Pierre Deladonchamps), après avoir enjambé un cadavre dans un couloir de l’entreprise Aquaville, prend son téléphone et dit  : «Mon directeur est mort, j’aimerais postuler.» C’est de l’humour, et, en même temps, c’est horrible ! On rit jaune et on s’interroge. Au sommet de cette société, il y a le cercle du pouvoir, la famille Passeron que nous décrivons comme un clan qui, sans le savoir, court à sa perte – un peu comme la famille dutsar avant la révolution de 1917. Dans la «Zone» [où sont parqués ceux qui ne travaillent pas, NDLR], les personnages s’efforcent de survivre, avec l’hyperémotivité, l’hyperviolence et l’hyperdureté que cela suppose. Trepalium est avant tout une fresque qui utilise le genre pour pousser tous les curseurs du réel, et qui cherche ainsi à libérer notre imaginaire. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène 5



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :