Arte Magazine n°2016-01 2 jan 2016
Arte Magazine n°2016-01 2 jan 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-01 de 2 jan 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : les attentats de Paris.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
Corbis. en couverture « L’État ne peut pas mettre un policier dans chaque famille » Alors qu’ARTE propose une soirée consacrée aux attentats de Paris, entretien avec Farhad Khosrokhavar, sociologue et spécialiste de la radicalisation. 4 N°1 – semaine du 2 au 8 janvier 2016 – ARTE Magazine
Bruno Levy/divergence-images m Quels sont les points communs entre les individus qui se radicalisent au point de partir faire le djihad ? Farhad Khosrokhavar  : On peut distinguer deux types de profils. Le premier est celui des jeunes de banlieue désaffiliés, économiquement exclus, ce qui nourrit chez eux une haine profonde de la société. Les autres éléments clefs de leur radicalisation sont les suivants  : une famille décapitée, la délinquance comme modèle, la prison, la récidive… Et pour la grande majorité, un voyage initiatique dans un territoire aux mains des djihadistes. On peut parler d’illumination djihadiste, une sorte de retour à la religiosité alors que, chose importante, ils viennent souvent de familles désislamisées. Le second profil, plus diversifié, avec davantage de femmes et de convertis, est celui des jeunes issus de la classe moyenne. On estime qu’ils représentent au moins la moitié des départs en Syrie depuis 2013. Pourquoi ces jeunes de classe moyenne se radicalisent-ils ? Contrairement aux précédents, ce n’est pas du tout la haine de la société qui les motive, mais souvent le désir de défendre une grande cause humanitaire. Il y a aussi, pour de nombreux jeunes adolescents et postadolescents – quelquefois attardés – une volonté de s’affirmer. Ce qu’on pourrait appeler un rituel de passage à l’âge adulte. Leur départ en Syrie est-il plus inquiétant ? Il est plus dangereux. Les jeunes « exclus » sont déjà radicalisés lorsqu’ils partent. Ce n’est pas le cas des autres. Mais, une fois partis, ces derniers suivent l’itinéraire djihadiste classique et finissent par avoir, en quelques mois, une attitude plus ou moins uniformisée  : la haine et le rejet, au nom de l’islam radical, de leur société d’origine, désormais perçue comme mécréante. L’un des terroristes du 13-Novembre tenait un café, un autre a travaillé à la RATP pendant quinze mois… S’il s’agit d’une introduction timide, ces attentats montrent que les jeunes issus de la classe moyenne commencent à trouver une place dans le dispositif djihadiste. Mardi 5 janvier à partir de 20.55 2015, Les attentats de Paris Lire pages 18-19 N°1 – semaine du 2 au 8 janvier 2016 – ARTE Magazine On pointe volontiers les familles du doigt, mais les États n’ont-ils pas une part de responsabilité ? Il y a des manquements un peu partout en Europe. Dès 2012, dès les meurtres terroristes perpétrés par MohammedMerah, j’ai attiré l’attention des responsables politiques sur le danger syrien. Mais ce n’était pas une priorité absolue. Les États doivent désormais prendre leurs responsabilités. Cela dit, tout ne peut pas être mis sur le dos des autorités. Il ne faut pas oublier que la plupart de ces jeunes ont été endoctrinés tout en vivant en famille – qui reste la cellule de base de notre société. Les parents doivent être beaucoup plus vigilants car l’État ne peut pas mettre un policier dans chaque famille. Ils doivent notamment remettre en cause cette espèce de liberté totale des jeunes vis-à-vis d’Internet, dont le rôle est fondamental dans le processus de radicalisation. Je précise qu’il ne s’agit pas d’incriminer ces parents, mais de restituer une part d’objectivité, d’impartialité. La solution passe-t-elle par la création de centres de « déradicalisation » ? Oui. Il faut que ces jeunes soient pris en charge par des structures rassemblant des imams, des policiers, des psychologues, des psychiatres, des thérapeutes… Je comprends qu’en France la présence d’imams à côté de policiers pose problème. Mais il faut le faire. On n’a pas le choix. Peu avant les attentats, le gouvernement a diffusé des vidéos, avec des témoignages de parents, pour dissuader les départs en Syrie. Est-ce à la mesure du problème ? Il ne faut surtout pas sous-estimer cette campagne. La France doit trouver son modèle – qui ne peut pas être le même que celui des autres pays – pour contrecarrer la propagande djihadiste. Pour l’instant, l’ensemble des mesures prises est insuffisant, en effet. Il faut faire beaucoup plus, notamment pour empêcher les sorties du territoire. Existe-t-il des solutions en dehors du champ du politique ? Oui. Il faut construire des ponts au sein de la société civile. Il faut qu’il y ait un dialogue entre les musulmans et les non-musulmans, sans passer par la médiation de l’État. En d’autres termes, essayer de construire des dispositifs de communication par le bas. Propos recueillis par Raphaël Badache Farhad Khosrokhavar a notamment publié Radicalisation (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2014). 5



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :