Arte Magazine n°2015-49 28 nov 2015
Arte Magazine n°2015-49 28 nov 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-49 de 28 nov 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : une histoire d'âme.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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en couverture «Un monologue vertigineux» Après le théâtre, place à la télévision. Dans Une histoire d’âme, Sophie Marceau incarne merveilleusement Viktoria, héroïne tourmentée d’un monologue d’Ingmar Bergman. Entretien avec la réalisatrice de ce téléfilm, Bénédicte Acolas. Qu’avez-vous aimé dans ce texte au point de l’adapter au théâtre puis à la télévision ? Bénédicte Acolas  : Je l’ai découvert en 2004, dans un recueil de trois scénarios d’Ingmar Bergman, qu’il n’avait jamais tournés. J’ai beaucoup aimé l’histoire de cette femme et son écriture déconstruite. Une héroïne qui change aussi souvent d’états émotionnels me permettait de travailler sur ces ruptures et sur les différentes temporalités qu’elle traverse. Et puis c’est un monologue, donc un scénario loin d’être classique à adapter. Enfin, si l’histoire de Viktoria se déroule dans une époque précise [au tournant du XX e siècle, au sein de la bourgeoisie suédoise, NDLR], c’est un texte intemporel qui nous parle avec justesse de la vie d’une femme. On a l’impression que chacun, en fonction de ses expériences notamment, comprendra ce monologue différemment... Absolument. Et il me semble que c’est ce que Bergman a souhaité. Il s’agit d’une histoire dont le sous-texte se situe sur plusieurs niveaux ; c’est un chemin vertigineux. Viktoria est-elle dans un hôpital psychiatrique ? Joue-t-elle un rôle ? Chacun a une lecture différente et j’ai essayé de proposer une mise en scène respectant l’écriture singulière d’Ingmar Bergman tout en restant cohérente avec mon point de vue. Cette multiplicité de lectures permet de laisser libre cours à l’imaginaire de chaque téléspectateur. Qui est Viktoria selon vous ? Une femme sincère, lucide, éprise de vérité et qui fait preuve d’humour et de recul par rapport à sa vie. Une femme sensuelle et sensée. Elle évolue dans une forme de réalité puis bascule dans ses souvenirs, ses fantasmes et ses délires. Une femme enfermée dans des mensonges, qui joue un rôle social, mariée à un homme qu’elle n’aimait peut-être pas, trompée par celui-ci... C’est d’ailleurs ce que je vois dans l’œuvre de Bergman  : une pointe d’humour, une distanciation et une forme d’autodérision alors qu’on a peut-être parfois une lecture trop intellectuelle de ses films. Pourquoi avoir choisi Sophie Marceau pour l’incarner ? Pour ce qu’elle dégage, une alliance de puissance et de sensibilité. Tout d’abord, je trouve que dans chacun de ses films, elle est extrêmement juste et apporte à ses personnages une «concrétude» qu’on rencontre assez rarement. Elle bouge très bien devant la caméra, et le travail sur le corps m’intéresse beaucoup car je viens du milieu de la danse. Elle sublime ses personnages tout en leur apportant une vérité. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter cette pièce en téléfilm ? Quand l’expérience du théâtre s’est arrêtée, Sophie Marceau et moi étions habitées par ce texte et il nous semblait presque naturel de poursuivre notre travail. L’adaptation en film s’est imposée à nous. Par ailleurs, nous avions été touchées par ce qui s’était produit au théâtre, à savoir une confrontation enrichissante entre deux types de publics  : celui de Sophie Marceau et celui d’Ingmar Bergman. Dans les rencontres et les retours que nous avons eus, des personnes qui ne connaissaient pas le cinéma d’Ingmar Bergman ont été émues par ce monologue et ont ensuite voulu découvrir son œuvre. D’où l’évidence de l’adaptation à la télévision, qui permettra peut-être à un maximum de personnes d’avoir accès à ce texte. Comment passer du théâtre à la télévision ? J’ai gardé le même point de vue et les mêmes partis pris  : une femme qui se parle à elle-même en construisant un dialogue imaginaire avec ses proches disparus, absents ou qu’elle seule voit. En revanche, j’ai fait table rase de ma mise en scène de théâtre même si notre travail a été un terreau formidable. La télévision m’offrait plus de possibilités par l’image, le son et la lumière, qui permettaient de travailler le hors-champ, son voyage intérieur. 4 N°49 – semaine du 28 novembre au 4 décembre 2015 – arte Magazine Nathalie ENO I
La plupart des scènes se déroulent dans une bâtisse lugubre, sorte de labyrinthe hors du temps. Pourquoi ce choix de décor ? Je voulais créer un lieu un peu fantastique, hors du temps et déconnecté du réel. Presque un non lieu. C’est comme si tout le film était un long rêve  : Viktoria plonge dans les méandres de son âme et nous évoluons à l’intérieur d’elle-même. Au fur et à Jeudi 3 décembre à 22.25 Une histoire d’âme Lire page 23 mesure, on avance dans ces pièces un peu vides ; elle se cogne à l’un de ses souvenirs, puis plonge dans un rêve, revit un fantasme, bascule dans un délire... Un tel décor avait pour objectif de faire ressentir cette déambulation dans le labyrinthe de son esprit. Là aussi, j’aimerais que chacun puisse cheminer et vivre ce lieu selon son imaginaire. Propos recueillis par Raphaël Badache N°49 – semaine du 28 novembre au 4 décembre 2015 – arte Magazine 5



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