Arte Magazine n°2015-46 7 nov 2015
Arte Magazine n°2015-46 7 nov 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-46 de 7 nov 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Paris-Berlin.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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en couverture Ville fermée ville ouverte Paris-Berlin, destins croisés raconte en quatre épisodes comment les deux capitales ont évolué en face-à-face depuis le XVII e siècle pour incarner aujourd’hui deux modèles opposés. Un brillant condensé d’histoire urbaine réalisé par Frédéric Wilner. Entretien. Pourquoi comparer deux villes aussi différentes que Paris et Berlin ? Frédéric Wilner  : J’ai voulu montrer à travers cette série comment l’histoire politique et sociale génère une forme, en l’occurrence urbaine et architecturale. Quel impact le long affrontement entre Paris et Berlin, marqué par cinq guerres successives (1806, 1812-1815, 1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945), a-t-il eu sur leur développement ? Leur compétition mutuelle a-t-elle influencé leur façon de grandir et de se structurer ? À l’arrivée, il ne fait aucun doute que ce face-à-face, qui a aussi nourri de part et 4 N°46 – semaine du 7 au 13 novembre 2015 – ARTE Magazine d’autre une indéniable fascination, a été déterminant. Par exemple, après 1870 en France, et après 1918 en Allemagne, le traumatisme de la défaite et le désir de surpasser la rivale a constitué un moteur très puissant de renouveau et d’invention. L’autre intérêt de cette démarche comparative, c’est qu’elle donne au film une dynamique qui met en perspective ces grands moments de l’histoire urbaine. Cela a permis de mieux définir les caractères, si distincts, presque opposés, des deux capitales. À condition, bien sûr, de s’autoriser des ellipses importantes dans la chronologie historique.
Comment résumeriez-vous ces deux caractères ? Paris a l’obsession, la maladie du centre, au point de s’être enfermée dans la ceinture étroite et désormais archaïque de son périphérique. Tournant le dos à la modernité, elle s’est repliée sur elle-même. Hors du centre, point de salut ! À chaque fois que cette logique a été menacée, le pouvoir l’a rétablie, au besoin par la manière forte  : dans la seconde moitié du XIX e siècle, Haussmann, qu’Hitler tenait d’ailleurs pour le plus grand urbaniste au monde, a normalisé ce centre populaire, insalubre, que les élites étaient en train de déserter. Berlin, au contraire, pour avoir prétendu sous le nazisme devenir le centre du monde, a été obligée de prendre la direction inverse  : c’est aujourd’hui une ville ouverte, décentralisée, plurielle, dont la diversité est l’un des grands atouts. Et au départ ? En 1650, quand s’ouvre cette histoire commune, on ne joue pas à armes égales. Berlin n’est encore qu’une bourgade de 15 000 habitants, face à une capitale depuis longtemps établie, qui compte 350 000 âmes. Paris a pour elle le temps et l’histoire. C’est une œuvre d’art, ville écrin de la puissance française depuis des siècles. Longtemps, Berlin cherche à l’égaler, puis avec le développement de l’industrie – construction ferroviaire, chimie, sidérurgie, etc. –, elle prend réellement son essor. Au regard de ce phénoménal dynamisme, Paris ressemble un peu à Narcisse, tellement éprise de sa propre beauté qu’elle pourrait un jour en mourir. Dans l’énorme flux des événements et des personnages, comment avez-vous fait le tri ? J’ai utilisé comme grille de lecture l’avancée vers la modernité. Par exemple, j’ai été fasciné par la manière dont l’architecte Schinkel, dans la première moitié du XIX e siècle, invente Berlin comme capitale, en créant des formes radicalement nouvelles, bien qu’inspirées du classicisme. Un autre moment clé de la série est l’avènement de l’architecture moderne avec Behrens en Allemagne, avant la Première Guerre mondiale  : des industriels s’allient avec des hommes de l’art et parviennent à concilier beauté des formes et fonctionnalité. C’est à ce moment que Paris, la Ville Lumière, qui vient pourtant d’accueillir le monde entier dans la magnificence de son Exposition universelle, en 1900, commence imperceptiblement à «décrocher» de la modernité. Avez-vous, dès le départ, adopté le principe des animations en 3D, pour montrer les transformations successives des deux villes ? Oui, peut-être parce que je ne me rendais pas compte du travail colossal que cela allait représenter. J’avais en tête le film Gangs of New York [de Martin Scorsese, NDLR], dans lequel on voit la ville grandir en accéléré, du XIX e siècle jusqu’à aujourd’hui. Dans la pratique, ça a été une folie, un cauchemar ! Mon autre parti pris de départ, c’était qu’il nous fallait de très belles images, dont beaucoup de plans aériens – même si faire voler un drone au-dessus de Paris a constitué un casse-tête de plus... Propos recueillis par Irène Berelowitch N°46 – semaine du 7 au 13 novembre 2015 – ARTE Magazine Samedi 7 novembre à 20.50 Paris-Berlin, destins croisés (1 & 2) Lire page 11 arta EDITIONS Paris-Berlin, destins croisés paraît en dvd le 17 novembre. photos  : Iliade Productions 5



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