Arte Magazine n°2015-43 17 oct 2015
Arte Magazine n°2015-43 17 oct 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-43 de 17 oct 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : movie driver.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo Josse/LeeMAGe Documentaire Cocottes sur toiles Comme l’expose le documentaire de Sandra Paugam, au XIX e siècle, sulfureuses courtisanes et prostituées frondeuses furent des sujets de choix pour les artistes les plus émancipés. Revue de détails de trois tableaux qui ont fait scandale. Grosse fatigue Après l’orgie, la mélancolie. Le peintre Thomas Couture s’attarde sur ces moments d’hébétude lorsque la vague du plaisir collectif se retire, laissant sur la scène de débauche des corps épuisés et alanguis. Présenté au Salon de peinture de 1847, ce tableau aux dimensions imposantes (presque cinq mètres sur huit) fait immédiatement scandale. Malgré son titre (Les Romains de la décadence), chacun comprend que cette œuvre de facture académique cache une allégorie plus audacieuse. C’est la dépravation de la bourgeoisie triomphante, prompte 6 N°43 – semaine du 17 au 23 octobre 2015 – ARTE Magazine Dimanche 18 octobre à 17.35 Cocottes et courtisanes dans l’œil des peintres Lire page 13 à dilapider sa fortune en vin et en femmes faciles, que la toile dénonce en filigrane. Cette bourgeoisie qui aime aussi fréquenter les salons de peinture... Seine explicite Deux jeunes citadines allongées près de l’eau (ci-contre) se reposent. Une scène de genre doucereuse au premier regard, mais dont un examen approfondi dévoile une histoire plus épicée. Comme le tableau de Thomas Couture, de dix ans son aîné, les Demoiselles du bord de Seine donne à voir ce qui se passe «après»  : Gustave Courbet y a glissé certains indices qui ne peuvent tromper sur la nature de l’activité à laquelle vient de se livrer la jeune fille du premier plan. Pose lascive, regard torve, avant-bras dégantés, jupons retroussés  : tout concorde avec le chapeau masculin oublié dans la barque. À l’époque, les bords de Seine étaient un cadre notoirement associé au commerce sexuel. Une thématique sulfureuse, traitée «en creux». Les yeux de la luxure «Une vierge sale», «Une face d’enfant vicieuse», «C’est plat et ça manque de modelé»  : parfois, la grandeur d’une œuvre se mesure à l’hostilité qu’elle rencontre à son apparition. En 1865, Édouard Manet et son Olympia déchaînent les passions. Certains spectateurs veulent trouer la toile à coups de parapluie. Des critiques ne supportent pas l’irrespect des conventions picturales  : ces touches visibles du pinceau, ce corps non lissé, ce côté «non fini» hérissent. Et ce minou noir à la queue dressée, à quoi fait-il allusion ? Pourtant, ce n’est pas la nudité de la prostituée qui choque le plus, mais son regard, fier et direct, qui inclut le spectateur comme un client potentiel. Olympia ne se pose pas comme un objet sexuel passif mais affirme et assume son identité. Inacceptable au XIX e siècle. Pascal Mouneyres L’exposition Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 se tient au musée d’Orsay du 22 septembre 2015 au 17 janvier 2016.
CORBIS. ALL RIGHTS RESERVED. Thema Un vide juridique insupportable Condamnés à d’effroyables conditions de travail, les ouvriers bangladais payent un lourd tribut à la mondialisation low cost. Permanente à l’association Sherpa, l’avocate Marie-Laure Guislain *, qui témoigne dans le documentaire La mode à mort, diffusé par ARTE, ouvre le débat. Corbis. All Rights Reserved. Le 24 avril 2013, au Bangladesh, s’effondrait le Rana Plaza, bâtiment qui abritait plusieurs ateliers de confection. Qu’a mis en lumière ce drame ? Marie-Laure Guislain  : Au-delà de l’émotion légitime qu’a suscitée la mort de 1 138 personnes, cette tragédie a permis de pointer les conditions indignes dans lesquelles travaillent les ouvriers du textile au Bangladesh. Elle a également mis en évidence un vide juridique insupportable. En France, aucune loi ne permet d’engager la responsabilité d’une maison mère et de demander l’indemnisation des victimes de crimes économiques qui résulteraient de l’activité d’une de ses filiales ou d’un de ses sous-traitants. Si les multinationales occidentales sont tenues de respecter le droit du travail, en France, elles peuvent, grâce à ce vide juridique, s’en exonérer pour conforter leurs marges quand elles opèrent dans des pays où elles ont affaire à des autorités de contrôle défaillantes. Qu’est-ce qui a changé au Bangladesh depuis ce 24 avril 2013 ? Des inspections sont effectuées dans le cadre de l’Accord sécurité, incendie et bâtiment, mais, en enquêtant sur place après le drame, nous avons constaté des violations graves aux droits fondamentaux des travailleurs, en surnombre dans des locaux qui ne respectent pas toujours les normes de sécurité. La durée de travail des ouvriers dépasse généralement la durée légale fixée par la loi bangladaise et N°43 – semaine du 17 au 23 octobre 2015 – ARTE Magazine Mardi 20 octobre à partir de 20.55 Made in Bangladesh Lire pages 18-19 l’Organisation internationale du travail. Les pressions et menaces sont constantes, allant jusqu’au licenciement sans indemnités pour les ouvriers qui s’organisent, revendiquent le respect de leurs droits ou de meilleures conditions de travail. Comme consommateurs, que pouvons-nous faire ? Le boycott du Bangladesh n’est pas la solution. Pour faire évoluer la situation, les consommateurs peuvent demander aux entreprises des détails de traçabilité sur leurs produits à travers la loi sur la consommation, et, de façon générale, exiger des multinationales qu’elles respectent les droits humains partout où elles opèrent, en soutenant la loi générale sur le devoir de vigilance, à venir au Sénat. À la suite de la tragédie du Rana Plaza et conjointement avec Peuples solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette, Sherpa a déposé une plainte contre le groupe Auchan au tribunal de grande instance de Lille. Qu’en attendez-vous ? Que les entreprises passent de l’affichage des bonnes pratiques à leur mise en place effective. On ne peut plus se satisfaire des engagements volontaires  : il faut que la justice les fasse respecter. Propos recueillis par Christine Guillemeau * Marie-Laure Guislain est responsable du contentieux au sein du pôle Globalisation et droits humains de l’association Sherpa. 7



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