Arte Magazine n°2015-07 7 fév 2015
Arte Magazine n°2015-07 7 fév 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-07 de 7 fév 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : virage nord.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Documentaire Une guerre alimentée par l’argent du PÉtrole Riche à milliards, Daech est devenu l’organisation terroriste la plus puissante au monde. Le journaliste d’investigation Jérôme Fritel a sillonné les frontières de cet État autoproclamé pour en comprendre les rouages et filmer les ravages de la guerre. Entretien. Mardi 10 février à 20.50 Daech – Naissance d’un État terroriste Lire page 18 Jérôme Fritel Pourquoi avez-vous réalisé cette enquête aux frontières de Daech ? Jérôme Fritel  : Je voulais comprendre l’émergence de l’État islamique en Irak et au Levant, Daech en arabe *, en revenant aux sources de ce mouvement né en Irak, où il s’est profondément enraciné. Dans les territoires sous son contrôle, Daech a le soutien des populations locales sunnites. Les autres communautés ont été obligées de fuir. Aujourd’hui, derrière la lutte contre cette organisation terroriste se déroule une 6 N°7 – semaine du 7 au 13 février 2015 – arte Magazine guerre, plus vaste, entre les sunnites et les chiites qui s’accompagne de déplacements de populations et de nettoyage ethnique dans les deux camps. Avez-vous pu approcher les combattants de Daech ? Pour des raisons de sécurité, il n’était pas question de pénétrer sur le territoire qu’ils contrôlent. Avec Stéphan Villeneuve, un journaliste reporter d’images expérimenté, nous connaissons les horreurs commises sur les Occidentaux tombés entre ARTE/PAC Presse
leurs mains et nous ne sommes pas suicidaires. Nous avons donc enquêté aux frontières de cet État, en Irak, au Kurdistan irakien et en Turquie. Nous voulions obtenir des informations de première main auprès de ceux qui sont confrontés ou qui vivent au cœur de cet État autoproclamé. C’est un sujet difficile à traiter car les seules images qui nous parviennent sont fournies par Daech. Nous rendre là-bas était la seule manière d’obtenir des réponses. Cette enquête analyse la manière dont ce qui était au départ une « start-up » du djihadisme est devenue une multinationale de la terreur, détrônant al-Qaida. Comment vous êtes-vous préparé ? Travailler à Bagdad est par exemple très compliqué. Très peu de télévisions étrangères s’y rendent. Filmer nécessite de nombreuses autorisations. Des contacts m’ont aidé à rencontrer des gens sur place. J’ai pu approcher des témoins directs, notamment l’ancien gouverneur de la province de Mossoul, qui a vu sa ville de trois millions d’habitants tomber aux mains de Daech. Il raconte la manière dont s’organise la vie quotidienne sous la coupe islamique et évoque les atrocités commises, les viols dont les femmes sont victimes. Avez-vous pu recueillir d’autres témoignages à Bagdad ? L’ancien vice-gouverneur de la banque centrale en Irak m’a expliqué comment Daech parvient à contrôler 15% du PIB irakien, soit plus de 35 milliards d’euros. Un ministre analyse la manière dont il a aussi fait main basse sur une part importante des ressources agricoles en Irak et en Syrie. Cette guerre est largement alimentée par l’argent du pétrole. Au Kurdistan, nous sommes parvenus à filmer le premier puits de pétrole repris par les Peshmergas kurdes en lutte contre Daech. Quelles sont les autres sources de financement de cette organisation ? Elle contrôle des banques, dont celle de Mossoul et ses 500 millions de dollars de réserves, des gisements de gaz naturel, des ressources en phosphate, des stocks agricoles – blé et orge. Sa richesse est absolument incroyable, de l’ordre de 2 à 3 milliards de dollars selon les estimations des services de renseignement occidentaux. Qu’est-ce qui vous a frappé lorsque vous étiez sur le terrain ? À côté du puits de pétrole kurde se trouve Zumar, une ville de 10 000 habitants qui a été totalement rasée. Les ruines sont piégées, c’est très dangereux. C’est un paysage de désolation, une ville fantôme. ARTE/PAC Presse N°7 – semaine du 7 au 13 février 2015 – arte Magazine Avez-vous pu obtenir des témoignages de la population locale ? Au sud-ouest de Kirkouk, au seul « poste frontière » entre Daech et l’État irakien, on rencontre des personnes qui peuvent passer d’une zone à l’autre. Mais elles sont terrorisées et savent que ce qu’elles disent peut se retourner contre elles. Quelquesunes ont accepté de me parler car je travaille pour une télévision européenne loin de chez elles. J’ai recueilli des informations sur la vie à Mossoul et eu la confirmation que Daech agit comme un État avec des administrations et des impôts, et non comme une simple organisation terroriste. À la différence d’al-Qaida, il revendique un ancrage territorial. Il tente de bâtir une véritable nation. Quelles seraient les solutions pour lutter contre Daech ? J’ai rencontré plusieurs experts, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, dont le point de vue, pour pessimiste qu’il soit, pourrait ouvrir une voie. Il explique que la seule manière efficace de lutter contre Daech, à cheval sur l’Irak et la Syrie, serait de s’allier avec l’Iran et le président syrien Bachar el-Assad, ce qui reviendrait à « serrer la main du diable ». Propos recueillis par Laure Naimski * EIIL, l’acronyme de l’État islamique en Irak et au Levant, se dit Daech en arabe. 7



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