Arte Magazine n°2015-04 17 jan 2015
Arte Magazine n°2015-04 17 jan 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-04 de 17 jan 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : victoire aux poings.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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thierry valletoux THIERRY en couverture Aya Cissoko Au nom de la mère De Ménilmontant à Sciences Po, Danbé, la tête haute * retrace le parcours hors du commun d’Aya Cissoko, fille d’immigrés d’origine malienne frappée par une série de drames familiaux, avant d’être sacrée championne du monde de boxe. Entretien. 4 N°4 – semaine du 17 au 23 janvier 2015 – ARTE Magazine
THIERRY VALLETOUX Vendredi 23 janvier à 20.50 DANBÉ, la TÊTE Haute Lire page 24 Avez-vous songé à incarner votre propre rôle ? Aya Cissoko  : Je l’avais suggéré au réalisateur Bourlem Guerdjou, mais il n’a pas retenu l’idée. Devenir comédienne ne s’improvise pas, mais ce qui m’intéressait, c’était de montrer la beauté du geste et le coup parfait dans la boxe, souvent mal filmée. J’ai été formée à la vieille école, dont la rigueur rejoint celle de la danse classique. Au final, j’aime le film, la finesse de l’écriture du scénario, signé Pierre Linhart, et sa vérité. C’est ma vie, et je voulais qu’il rende justice à ceux qui y ont joué un rôle considérable. Ma seule exigence – non négociable – concernait le bambara que les personnages devaient parler. Cela a peut-être compliqué le casting, mais le film y a gagné en puissance. Cela fait du bien de voir une fiction française, qui ne soit pas une comédie, dans laquelle les principaux acteurs, noirs, incarnent des héros du quotidien. La fiction est librement adaptée de votre livre, Danbé, écrit à quatre mains avec Marie Desplechin. Pourquoi avez-vous eu envie de témoigner à l’époque ? Marie, que je connaissais, est arrivée au bon moment, après quatre ans où j’avais dû digérer énormément de choses. J’avais arrêté la boxe et débuté mon cursus à Sciences Po. Replonger dans mon parcours était forcément douloureux. Toute ma vie, j’avais appris à encaisser les coups sans rien dire, comme à la boxe où il ne faut jamais se découvrir sous peine de devenir une cible pour l’adversaire. Il fallait que je rompe avec cette règle. Au fond, c’était un autre moi qui se racontait. Mais ce livre, je l’ai écrit comme si je montais sur le ring  : il s’agissait d’un défi, pas d’une thérapie. Votre mère, Massiré, à qui le film est dédié, est au cœur du récit. Ma mère est une héroïne. Elle avait des valeurs très fortes, mais aussi sa face sombre. Non pas qu’elle ait choisi son destin. Malienne, elle avait été élevée pour être une bonne mère et une bonne épouse. Comme des millions de femmes dans le monde, ce sont les N°4 – semaine du 17 au 23 janvier 2015 – ARTE Magazine événements qui l’ont révélée. J’étais très proche de mon père, étant petite, et je n’ai vraiment appris à la connaître qu’après l’incendie dans lequel lui et ma petite sœur ont péri, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1986... Tiraillée entre la tradition africaine et son indépendance, ce petit bout de femme en boubou s’est battu toute sa vie pour faire mentir les présages des anciens, qui l’enjoignaient à retourner au pays. Si j’ai hérité de son obstination, ce n’était pas facile, enfant, de marcher dans ses pas, sans avoir le droit de flancher. On ne manquait de rien, elle nous encourageait, mais il y avait peu d’affect  : l’amour ne se verbalisait pas. Je l’ai perdue en mai dernier, et je suis heureuse que le film lui rende hommage à travers ce beau personnage de mère courage, que Tatiana Rojo incarne formidablement. Et la boxe ? Je l’ai choisie en opposition à ma mère. La boxe a été mon exutoire. J’étais douée, cela faisait du bien à l’ego, je me suis prise au jeu. Après le titre de championne de France, on se dit  : « Tout ça pour ça ? », et on continue, en quête de sensations, dans une sorte de surenchère, d’addiction. Jusqu’à ce que le corps dise stop. Mais c’est moins ma fracture des cervicales lors de mon titre de championne du monde à Delhi que les séquelles de l’opération qui m’ont contrainte à arrêter. Quand j’ai été paralysée, ma mère, encore, m’a poussée à avancer. Curieusement, face au manque de transparence médicale et pour avoir accès à mon dossier, je suis retournée, plus de quinze ans après, voir Serge Beynet, l’avocat, joué par Éric Caravaca dans le film, qui avait aidé ma mère à faire reconnaître ses droits après l’incendie. C’est après que vous intégrez Sciences Po ? J’ai rejoint une filière qui venait de se créer pour les sportifs de haut niveau. Encore un hasard. Sciences Po a été une aventure extraordinaire. L’une de mes professeures, Emmanuelle Huisman- Perrin, m’a fait aimer la littérature, une lumière qui m’a rendue plus optimiste sur l’humanité. Aujourd’hui, je me consacre à l’écriture. Avoir le temps de la réflexion est essentiel pour moi, et mon second livre sortira au cours de l’année. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier * Danbé, la tête haute, meilleur téléfilm au Festival de la fiction TV de La Rochelle 2014, est librement inspiré du livre Danbé d’Aya Cissoko et Marie Desplechin (Éditions Calmann-Lévy, 2011). baltel/sipa Aya Cissoko 5



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