Arte Magazine n°2 4 jan 2020
Arte Magazine n°2 4 jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de 4 jan 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : une île, avec Laetitia Casta.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°2. LE PROGRAMME DU 4 AU 10 JANVIER 2020 8 Hérauts de la décolonisation Dans Décolonisations, série documentaire événement en trois volets, dite par Reda Kateb, les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball et l’historien Pierre Singaravélou racontent du point de vue des peuples colonisés une histoire inédite de leur émancipation. Pierre Singaravélou Mardi 7 janvier à 20.50 Série documentaire Décolonisations (1-3) Lire page 18 31/12/2019 6/3/2020 En quoi l’écriture de cette série participe-t-elle à un renouvellement de l’approche historique ? Pierre Singaravélou  : Notre documentaire s’inspire des « études subalternistes » développées dans les années 1980 par des chercheurs indiens. Elles mettaient en valeur l’histoire des résistances paysannes à la domination britannique dans le sous-continent. Nous adoptons cette approche « par le bas » en tentant de donner une voix aux « sans voix » de l’histoire. Plusieurs dizaines de femmes et d’hommes méconnus, dans des situations coloniales très différentes en Asie, au Maghreb et en Afrique subsaharienne, ont incarné les multiples formes du combat anticolonial. Lequel a été par définition transnational  : seule l’histoire globale nous permet de suivre la circulation de ces intellectuels, militants et travailleurs anonymes entre colonies et métropoles. Faut-il aussi impérativement changer de focale ? Pendant longtemps, l’historiographie s’est focalisée sur le point de vue des colonisateurs. À l’école, on apprenait par cœur les noms des héros – tous européens – de la colonisation et de la décolonisation, comme si les principaux concernés, les millions d’autochtones en Afrique et en Asie, étaient absents de leur propre histoire. Aujourd’hui, que ce soit pour déplorer la domination coloniale ou s’en féliciter, le débat public continue à adopter la même focale en enfermant les colonisés dans le rôle de victimes passives. Nous voulions au contraire restituer leur capacité d’action, en montrant comment ils ont constamment réagi à la domination à travers la lutte armée, mais aussi les pratiques sportives, le cinéma ou la littérature. Le documentaire évoque également les exactions des colonisateurs, souvent passées sous silence ou minimisées… Notre propos n’était pas de faire un film de dénonciation, et encore moins de dresser un bilan positif ou négatif de la colonisation, mais de mieux comprendre les ressorts de cette domination, c’est-à- ANDIA/SIMON PANNETRAT/LABRIGADE DU TIGRE/PROGRAM33
ALAMY./SIMON PANNETRAT/LABRIGADE DU TIGRE/PROGRAM33 dire la manière dont une minorité étrangère, parfois infime, a pu dominer une majorité autochtone. À ce titre, l’un des mythes à battre en brèche est celui de la paix coloniale et de l’ordre impérial. Contrairement à ce qu’ont relaté les propagandes coloniales, l’histoire de ces empires a été dès l’origine scandée par d’innombrables révoltes et rébellions. A contrario, une minorité d’« indigènes », notamment au sein des élites, a décidé de coopérer avec les colonisateurs afin d’asseoir son pouvoir social et économique. De quelle façon cette histoire continuet-elle de se jouer aujourd’hui ? Des relations inégalitaires de dépendance entre anciennes métropoles et ex-colonies ont pu se perpétuer après l’indépendance. Laquelle ne signifie pas toujours la décolonisation  : la mondialisation actuelle pose encore la question de l’impérialisme culturel et économique, et celle des capacités de résistance et d’adaptation des populations asiatiques et africaines. Par ailleurs, il reste à « décoloniser » une partie des savoirs et des imaginaires occidentaux, hérités de ces entreprises impériales. Non pas pour faire œuvre d’une quelconque repentance, mais pour mieux connaître la part manquante de cette histoire partagée. Propos recueillis par Laetitia Moller artp ÉDITIONS Le livre Décolonisations de Pierre Singaravélou, Karim Miské et Marc Ball paraîtra au printemps 2020, en coédition avec Le Seuil. « Rompre avec l’histoire officielle » Karim Miské  : Ce qui nous intéressait était de nous situer dans un processus long, pour montrer que la décolonisation commence en réalité au premier jour de la colonisation. Les révoltes du XIX e siècle sont le socle des indépendances à venir. Marc Ball  : Raconter cette histoire du point de vue des colonisés renverse la perspective. C’était un défi, car cette histoire a aussi été filmée et photographiée par les colons. Il a fallu faire parler autrement ces images. K. M.  : On savait qu’on ne pourrait pas être exhaustif. On a opté pour ce récit en forme de coups de projecteurs, qui fait que chacune de ces trajectoires individuelles parle pour le tout. Nous usons de codes narratifs contemporains, issus des séries et du cinéma, dont le spectateur est familier. L’essentiel est qu’il éprouve cette histoire d’un point de vue sensible pour se représenter ce qu’a été ce long mouvement de libération. M. B.  : Nous voulions rompre avec l’histoire officielle des grands hommes pour raconter aussi celle des oubliés, des « lambda ». En assumant un ton subjectif, parfois même familier, la voix off dite par Reda Kateb casse les codes du commentaire didactique et omniscient. Elle crée un récit unificateur. Propos recueillis parL. M. Retrouvez l’intégralité des ces entretiens dans le dossier de presse de la série documentaire. ARTE MAG N°2. LE PROGRAMME DU 4 AU 10 JANVIER 2020 9



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