Arte Magazine n°16 15 avr 2000
Arte Magazine n°16 15 avr 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de 15 avr 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Denis Lavant dans Beau Travail, une fiction de Claire Denis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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lundi 17 avril Beau travail Bon légionnaire Au cinéma comme au théâtre, Denis Lavant impose une présence unique, envoûtante. De Beau travail à son nouveau spectacle, Un garçon sensible, re n c on t re avec un virtuose du corps et du verbe. Denis Lavant compose un tueur aussi inquiétant qu’émouvant dans Un garçon sensible, monologue inédit de Nicolas Fretel. Boy Meets Girl, Mauvais sang, les Amants du Pont-Neuf… La trilogie de Leos Carax a marqué une génération de spectateurs que Denis Lavant attire désormais au théâtre. Sur scène comme à l’écran, le rôle sera défendu avec le même acharnement, la même exigence. Souple et massif, inquiétant et charmeur, Denis Lavant possède une présence rare et irrésistiblement poétique. Grand lecteur, il a défendu nombre de textes impossibles, des poèmes de Georg Trakl à la Faim de Knut Hamsun, avec une voix de gravier, une malice de vieil enfant. À Rennes, le joli théâtre de la Parcheminerie est comble depuis dix jours pour son nouveau spectacle, Un garçon sensible. Un texte inédit d’un jeune auteur, Nicolas Fretel, sur les états d’âme d’un tueur de femmes ; une première mise en scène signée Razerka Ben Sadia-Lavant, épouse de Denis et mère de leurs trois filles. Une création familiale, donc, montée dans l’urgence avec le Théâtre national de Bretagne. La banalité du mal est ici évoquée avec force accessoires, deux musiciens en direct et un enthousiasme palpable. L’a c t e ur, « cabot naïf » (Razerka), rebondit sur cette profusion, passant d’une gestuelle acrobatique à une sobriété poignante. Une heure dix de grand art qui laisse la salle en état de choc. Peu après, le tueur démaquillé redevient Denis Lavant, rieur, cultivé et disponible. « Le personnage du Garçon sensible ressemble beaucoup à celui de Beau travail. Tous deux évoluent à l’intérieur d’une structure très rigoureuse, tous deux ont un grain dans la tête. Ils sont également vêtus de noir, avec des vêtements cintrés, une certaine rigueur… Du coup, j’ai remis la chaînette que je porte dans Beau travail. Comment construit-on un personnage comme celui du film ? En rêveries. Rêveries par rapport au scénario, par rapport au livre de Melville dont il s’inspire. Billy Budd décrit très bien ce qui se passe dans la tête du personnage, cette mécanique implacable de la haine. Son désir pour le jeune homme est un re s s ort obscur mais absolument légitime. C l ai re Denis m’a aussi envoyé les poèmes qui l’ont inspirée (lire page 15,ndlr). Pour moi, la poésie est toujours la moelle épinière, la condensation profonde d’un auteur. Et puis, il y a eu la formidable re n c on t re avec Djibouti, avec l’Afrique, un personnage à part entière. Le pari était d’arriver à re n d re crédible un baroudeur qui appartient à ce paysage. Pour cela, le film s’appuie plus sur les corps que sur les dialogues… On est arrivés sur le tournage avec une base solide d’entraînement physique et chorégraphique avec Bern ardo Montet. Ça s’est révélé nécessaire même pour des scènes très quotidiennes, comme de faire la cuisine. Quelque chose était acquis dans la manière de se tenir. C’est un élément prépondérant chez le légionnaire, cette r i g u e ur, cette prestance… Il s’agit de ne pas avoir l’air emprunté en uniforme. Après, on n’y pense plus, c’est là, ça aide à bâtir le personnage. Par exemple, j’ai passé deux jours à démonter un fusil-mitrailleur... Comme Galoup est l’adjudant du peloton, il me fallait acquérir en plus la crédibilité du chef. Je me suis appuyé sur nos semaines d’entraînement, sur ce que je savais
d’eux en tant qu’individus. Ce groupe très disparate – avec des comédiens, des danseurs, un musicien, un chanteur d’opéra – a fini par former un vrai peloton qui marche au pas et chante en chœur… Aujourd’hui, on en plaisante ensemble sur le thème « les anciens combattants de Beau travail »... Pour toutes ces raisons, j’ai vraiment apprécié de tourn e r avec Claire Denis. C’est quelqu’un qui se met chaque jour en état d’inventer, de créer, dans une grande complicité avec Agnès Godard, la directrice de la photo. La scène finale, quand je danse dans la discothèque, a été i m provisée et bouclée en deux prises. Depuis Mauvais sang, vous incarnez souvent des rôles très acrobatiques… C’est vrai qu’avant d’aborder le texte, j’ai commencé par ce qui me faisait jubiler : j on g l er, marcher sur les mains, marcher sur un fil, cracher le feu... J’avais plus de facilité avec mon corps, c’est quelque chose qui me fait très peur et très plaisir à la fois. C’est souvent plus une demande de ma part que de la part du rôle. J’ai continué en faisant du mime, mais j’avais déjà un goût cert ai n pour la poésie. Le corps canalise l’émotion du verbe. Au fur et à mesure des re n c on t re s poétiques, c’est devenu plus important de travailler sur la retenue, la sobriété. Leos m’a donné une partition physique import a n t e, mais aussi des pages magnifiques comme le monologue de Boy Meets Girl. Mais Leos n’est pas n’importe qui, il a une vision poétique... Ça a déterminé la suite : je fais s urtout des premiers films qui sont à chaque fois une re n c on t re, une aventure. Le théâtre, c’est là où je me ret rouve dans l’éphémère, dans la communication chaque soir diff é re n t e avec le public. Pour Un garçon sensible, le bonheur, c’est de travailler pour la pre m i è re fois avec mon épouse. Razerka est sans doute la personne qui me connaît le mieux : elle ne se laisse pas impressionner par mes t rucs. Je suis complètement en accord avec ce projet, ce qui n’est pas toujours le cas... Pour le reste, je suis un merc en ai re. » ■ P ropos recueillis par Silvain Gire Des semaines d’entraînement pour faire exister le peloton de Beau travail. Un garçon sensible, de Nicolas Fretel, mis en scène par Razerka Ben Sadia-Lavant, le 22 avril au Théâtre des Fédérés à Montluçon. 00.45 Court-circuit. Pampa Court métrage de Bernard Weber (Suisse, 1997-33mn) Avec : Bruno Zihlmann(Thomas), Ueli Blum (Roger), Michael Wolf (Peter) Scénario : Bernard Weber Photographie : Roberto Di Valentino Montage : Bernard Weber Son : Christof Reller Musique : Adi Blum ZDF Prix Pardi di Domani et Prix Cinema e Gioventù au Festival de Locarno 1997 La dernière virée entre hommes d’un futur père de famille. Thomas va devenir papa. À l’approche de cet événement, il décide de faire une dern i è re virée avec ses amis de longue date, Roger et Peter. Ils font la tournée des bars toute la nuit. Incapables de se faire à l’idée de leur nouvelle vie, ils font comme « au bon vieux temps ». Mais l’actualité re prend vite le dessus… Bernard Weber B ern ard Weber est né en 1963. Il est diplômé de l’université de Genève. Il a travaillé avec Krzysztof Kieslowski dans Trois c ou l e u r s : R ou g e et avecC. Nuridsany et M. Perrenou dans M i c ro c o s m os. P a m p a a reçu le Prix Pardi di Domani et le Prix Cinema e Gioventù au Festival intern a t i on a l du film de Locarno en 1997. Trois jours pendant lesquels alternent les sentiments d’euphorie, de désillusion et de renouveau.



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