Arte Magazine n°16 15 avr 2000
Arte Magazine n°16 15 avr 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de 15 avr 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Denis Lavant dans Beau Travail, une fiction de Claire Denis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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●● lundi 17 avril me. On y ret rouve les obsessions du cinéaste, sa fascination quasi morbide pour le passage d’un monde à l’autre, qui s’effectue dans la souffrance, avec ses vaincus sublimes. Visconti maîtrise parf ai t e- ment la description de ces fins de règne symptomatiques, de ces derniers soubresauts, ici déclencheurs de la barbarie. Le domaine von Essenbeck est filmé comme Dirk Bogarde un royaume d’Elseneur, un château tentaculaire, une prison où se cognent des êtres ambigus, placés là comme des pièces au c en t re d’un échiquier : les déplacements des personnages (la gestuelle expre s s i o n- niste des acteurs) et leurs rapports de force se transforment en un véritable ballet mort u ai re, mené par la figure d’une mère castratrice, à la fois Jocaste et Médée (m a g i s- trale interprétation d’Ingrid Thulin et d’Helmut Berg er, d’une fascinante beauté m a l s ai ne). Les rapports incestueux conduisent aux pires extrémités, aux pires dérèglements... Le film, construit en trois parties, débute au château von Essenbeck – autant dire aux racines du mal –, plonge ensuite dans les arcanes d’un pays en pleine déréliction, avant de revenir enfin à l’atm o s p h è re suffocante du domaine von Essenbeck, au cœur de cette famille névrotique qui a favorisé l’éclosion du nazisme. Placée au centre du film, une hallucinante bacchanale nazie se termine en org i e homosexuelle. Visconti observe et dissèque, à la fois critique et fasciné, cet étrange ret o urnement. Par la suite, le cinéaste imposera à ses films une forme plus contemplative. Pasolini continuera avec S a lo, en 1975, le chemin ouvert par Visconti avec les Damnés. 23.15 Beau travail Sous le soleil d’Afrique, Claire Denis (Chocolat, S’en fout la mort) filme les passions secrètes d’un bataillon de légionnaires. Un véritable poème filmique somptueusement photographié par Agnès Godard, un ballet des corps dominé par la présence magnétique de Denis Lavant. L’adjudant Galoup (Denis Lavant) a commis l’irréparable. Grégoire Colin face à Denis Lavant. Téléfilm de Claire Denis Dans la collection « Terres étrangères » (France, 1999-1h29mn) Scénario : Jean-Pol Fargeau et Claire Denis, d’après d’Herman Melville Avec : Denis Lavant (Galoup), Michel Subor (Bruno Forestier), Grégoire Colin (Gilles Sentain), Marta Tafesse Kassa (la jeune femme) et Richard Courcet, Nicolas Duvauchelle, Adiatou Massudi, Mickael Ravovski, Dan Herzberh, Giuseppe Molino, Gianfranco Poddighe, Marc Veh, Thong Duy Nguyen, Jean-Yves Vivet, Bernardo Montet, Dimitri Tsiapkinis, Djamel Zemali, Abdlekader Bouti (le peloton) Photographie : Agnès Godard Montage : Nelly Quettier Son : Jean-Paul Mugel Chorégraphie : Bernardo Montet Musique originale : Eran Tzur Coproduction : La Sept ARTE, Pathé Télévision, SM Films LA SEPTARTE Diffusion en 16/9
Un superbe corps à corps discrètement chorégraphié par Bernardo Montet. Un peloton de la Légion étrangère, oublié quelque part dans le golfe de Djibouti. Les restes d’une armée fantôme qui joue à la g u erre et répare les routes. À Marseille, l’exadjudant Galoup se souvient de ces temps h e u reux, de ses hommes, son cher trou p e au. Mais ce qu’il a vraiment perdu, c’est son commandant, ce commandant qu’il n’a pas voulu partager avec un jeune légionnaire … Mon légionnaire La caméra s’attarde sur les sourires de jeunes Africaines en discothèque, tandis que des képis blancs ondulent à l’arr i è re - plan. De l’ennui des casernes au désir sexuel, la vie des militaires en Afrique sera ainsi évoquée par petites touches, avec p u de ur, sans provocation. Dès les pre m ier s plans, Beau travail s’impose comme un somptueux poème filmique. Aidée par la photographie magnifique d’Agnès Godard (chef-op incontournable, de la Vie rêvée des a n g e s à la Nouvelle Ève), Claire Denis raconte d’abord cette histoire en images. Chaque plan est composé à la perf e c t i on. Mais à l’intérieur du cadre, c’est le ballet des corps qui intéresse au premier chef la réalisatrice de J’ai pas sommeil. L’entraînement militaire est ainsi subtilement chorégraphié par Bern ardo Montet : la danse guerr i è re révèle sa dimension é rotique, les rapports de force s’inscrivent dans l’espace. De même, la narr a t i on procédera par creux, par ellipses. De la passion au travail, nous ne saurons que ce que nous disent les re g ards échangés, les attitudes, les brefs éclats de violence. À ce jeu-là, la présence physique de Denis Lavant fait évidemment merveille. Ti t u b a n t dans une rue déserte ou allumant une ci g a rette, l’acteur de Boy Meets Girl d é g a g e une séduction impressionnante, unique dans le cinéma français. Pantin et danseur, à la fois Humphrey Bogart et Conrad Veidt, sa gestuelle désarticulée est tout simplement e x t r a ord i n ai re. Toutes passions consumées, une fois cette histoire brûlante et sord i de arrivée à sa fin, Claire Denis s’autorise un ultime plaisir : filmer Denis dansant, comme lui seul sait le faire, sur un vulgaire tube techno. Final éblouissant d’un film âpre, possédé et magique. Terres étrangères Imaginée par Patrick Grandperret (l’E n f a n t l i o n) et Carmen Castillo (la Véridique Légende du sous-commandant Marcos), la collection « Terres étrangères » confron t e chaque auteur/réalisateur à une terre étrangère, de nos jours, avec pour fil conducteur la situation sociale et politique de chaque pays : les Enfants du Karo o de Laure n t F errier (1997) ; Inca de Oro de Patrick G r a n d p erret (1997) ; Couleur Havane de Patrick Grandperret (1999) ; Beau travail de Claire Denis (1999). D’après Melville Deux poèmes d’Herman Melville ont inspiré le scénario : Marche de nuit Drapeaux roulés, clairons muets, Une armée passe dans la nuit ; Lances et casques qui miroitent, De leurs éclairs saluent le noir. Les légions ruissellent sans bruit, Marchant librement, en bon ordre ; Ruissellent et luisent dans l’immense plaine – Point de chef que l’on puisse voir ! De l’or dans les hauteurs De l’or dans les hauteurs Et de l’or dans le val, La convoitise au cœur, Pour le Ciel nulle part, Pour l’homme nul bonheur. Lire notre entretien avec Denis Lavant pages suivantes. Beau travail sort en salles le mercredi 3 mai 2000. Claire Denis tourne actuellement Trouble Every Day avec Béatrice Dalle et Vincent Gallo.



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