Arte Magazine n°16 15 avr 2000
Arte Magazine n°16 15 avr 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de 15 avr 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Denis Lavant dans Beau Travail, une fiction de Claire Denis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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d i m a n c h e16 avril Luchino Visconti boxeur (Rocco), le héros viscontien éprou v e le même déchirement, il est comme exilé de lui-même. En recréant un contexte social – la difficile intégration d’une famille du Sud dans une ville du Nord – comme il le fera par la suite avec le Risorgimento ou le nazisme, Visconti déploie non seulement un génie plastique, mais s’attache surtout à la destinée de vaincus sublimes : c’est au prisme de leur re g ard tour à tour effaré ou pathétique que sont vus les bouleversements de l’H i s t o i re. L’a m our, et plus directement la sexualité, deviennent pour eux une échappa t o i re, mais là encore le bonheur est impossible. Nadia (Annie Girardot) et Rocco ne peuvent s’aimer : couple tragique, hérité de ce théâtre élisabéthain ou de ces opéras italiens que Visconti a toujours portés à la scène parallèlement à ses films. 23.30 Luchino Visconti Documentaire de Carlo Lizzani (Italie/Allemagne, 1999-59mn) Documents, témoignages et extraits de films composent une véritable rétrospective de l’œuvre de Visconti, qui savait jouer comme nul autre de la puissance émotionnelle des images. Carlo Lizzani fut le compagnon de route de Luchino Visconti pendant de longues années. Sa description de la vie et de l’œ u v re du cinéaste prend pour toile de fond les traditions et le mode de vie de la grande famille patricienne des Visconti di Modrone. Lizzani montre ainsi que Visconti connaissait bien la société qu’il ne cessa de critiquer par la suite. Le documentaire s’appuie sur de n o m b reuses archives (dont certaines n’ont en c o re jamais été montrées) et des témoignages, notamment ceux de Burt Lancaster et de Claudia Cardinale, qui révèlent comment travaillait le célèbre réalisateur. Lizzani rappelle aussi les liens de Visconti avec la l i t t é r a t u re et la musique allemandes, dont il était un grand connaisseur, et la véritable fascination qu’il éprouvait pour Thomas Mann. Dans les ruines du siècle Nostalgie d’un monde perdu, quête éperdue de la beauté, sublimation de la sexualité… : le cadre du film historique n’a jamais entravé le regard poétique de Luchino Visconti. Aristocrate par son père, né duc de Modron e, Luchino Visconti débute sa carrière comme décorateur dans une Italie mussolinienne qu’il renie. Déchiré entre ses origines et ses idées politiques progressistes (il sympathisera par la suite avec le parti communisme italien), il s’installe en France au milieu des années trente où il travaille aux côtés de Jean Renoir comme assistant sur les Bas-fonds, et comme créateur de costumes pour Une partie de campagne. La guerre interrompt leur collaboration. De retour en Italie, Visconti adapte le roman de James Cain, le Facteur sonne toujours deux fois (Ossessione en 1942). Dans l’Italie fasciste, le film fait scandale en donnant une image négative du pays : chômage, misère et adultère. Par la suite, Visconti s’attache à capter les derniers soubresauts d’une aristocratie déclinante depuis 1850. Senso (1954) est le premier de ces grands opus sur la passion dévorante et la fin d’un monde. Nostalgie mortuaire Pour Visconti, le film historique n’est jamais une reconstitution : le soin apporté aux détails tient plus d’une volonté d’imposer un imaginaire, de la recherche d’un art de vivre perdu que d’un simple désir d’esthétisme. Senso, les Damnés et le Guépard (trois films qui, comme l’ensemble de l’œuvre, couvrent une période comprise entre 1850 et 1950) sont traversés par les mêmes vaincus
Aucun château de Bavière, aucune Venise, aucun beau visage, ne peuvent lutter contre la nostalgie d’un monde qui n’est plus. sublimes, empreints d’un moralisme stendhalien qui les fait s’abîmer dans la contemplation d’un univers névrotique, jusqu’à l’enlisement. L’art pour Visconti devient un recours à la souffrance, car lui seul contient et permet la possession du monde. Son génie de metteur en scène d’opéra et de théâtre imprime à ses films une dimension de cérémonial : comment oublier la lente traversée de Sissi (Romy Schneider) dans le luxe vide de sens des châteaux de Louis II, ou celle, plus étrange encore, de l’adolescent Tadzio dans une Venise fantomatique ? Des êtres en marche dans les ruines d’un siècle à l’agonie... Les derniers feux – Mort à Venise (1971) ou l’Innocent (1976), ultime film du cinéaste d’après l’un de ses maîtres, l’écrivain D’Annunzio – déploient un sens de l’esthétisme prodigieux alors que l’ombre de l’échec (son impossible rendez-vous avec Proust pour l’adaptation de la Recherche) et de la mort gagne le cinéaste. La beauté pour consolation Cet intellectuel brillant qui s’est heurté aux contradictions de son temps et en est ressorti profondément meurtri, c’est le personnage du professeur (Burt Lancaster) dans Violence et Passion (1974). À l’image de l’adolescent qui, dans la dernière séquence de Mort à Venise (1971), pointe du doigt un ailleurs invisible, les films de Visconti n’ont cessé de questionner ce paradis perdu et de donner à voir au spectateur ce qu’il aurait pu être. Qu’importe alors l’accumulation de beauté dans le cadre quand ce qui compte est hors champ, impossible à reconstituer. Aucun château de Bavière, aucune Venise, aucun visage, aussi beau soit-il, ne peuvent lutter contre la nostalgie d’un monde qui a été et qui n’est plus. Une nostalgie à jamais insatisfaite, proche de la recherche douloureuse du bonheur, ce bonheur dont Stendhal disait qu’il était impossible à atteindre. Visconti, mort en 1976, n’a pas construit son œuvre : il l’a rêvée. ■ Christophe Pellet Fax ARTE remet le prix Cyril-Collard 1999 à Laurent Achard Le prix Cyril-Collard 1999 a été remis par ARTE, mercredi 8 mars, à Laurent Achard pour son film Plus qu’hier moins que demain. Créé par ARTE en 1993, ce prix d’un montant de 200 000 francs récompense le réalisateur d’un premier film et lui permet de se lancer dans l’écriture de son deuxième film. Cette année pour la première fois, le vote était ouvert à tous les finalistes du prix depuis son origine. Agnès Merlet, Bruno Bontzolakis, Christine Carrière, Christophe Ruggia, Dante Desarthe, Dominique Cabrera, Emmanuelle Cuau, Florent Emilio Siri, Gilles Mimouni, Judith Cahen, Laurence Ferreira Barbosa, Olivier Péray, Pascal Bonitzer, Pascale Ferran, Sandrine Veysset, Solange Martin, Vincent Dietschy et Yvon Marciano, réalisateurs représentant la jeune génération du cinéma français, étaient présents pour élire l’un des leurs. Contact presse : Géraldine Musnier - 01 55 00 70 47 Grégoire Mauban - 01 55 00 70 48



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