Arte Magazine n°11 11 mar 2000
Arte Magazine n°11 11 mar 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de 11 mar 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : mes nuits avec Mitterrand.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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v en d redi 17 mars Tontaine et Tonton Le socialisme et les gros Pour illustrer les années Mitterrand, la réalisatrice de Tontaine et Tonton a imaginé un personnage burlesque, fantasque et craquant, qui doit beaucoup au fort tempérament d’Emmanuelle Devos. Entretien avec Tonie Marshall. Quelle a été votre réaction lorsqu’ART E vous a proposé de réaliser un film sur les notions de politique et de social ? La proposition était plus précise : Pierre Chevalier m’avait demandé de réaliser une comédie sur le politique. Je me sentais incapable de réaliser un film politique au sens strict du terme. Je ne sais d’ailleurs pas toujours très bien ce que cette dénomination recouvre. En revanche, une proposition de comédie me permettait d’aller naturellement vers une forme et un univers fictionnel que je connais bien. À partir de là, j’ai cherché une idée un peu ludique pour raconter un fragment de l’époque récente en France, disons les vingt dernières années. Rapidement, c’est plutôt une idée métaphorique sur la « période » Mitterrand, qui a pris forme autour d’un personnage – Justine, totalement enfermée dans sa mitterrandolâtrie – et qui raconterait le Mitterrand « empêcheur de désirer en rond ». Ce qu’il a été pendant de longues années en politique. Cette vision de Mitterrand est nettement en marge des re l e c t u res récentes, souvent critiques, de l’époque mitterr a n d i en ne... Je suis moins partie des faits historiques ou de ce que l’on appelle les « affaires » que d’un sentiment. Une contradiction dans les termes du désir qui ne s’est jamais démentie pendant quatorze ans de pouvoir mitterrandien. Intellectuellement, l’homme politique et l’époque qu’il semblait incarner avaient suscité un désir très fort d’entrer en politique, de croire en une alternance possible, par un vote. Très rapidement, c’est à une dépossession complète de ce vote que nous avons dû assister. Au profit d’une période d’un assez grand conservatisme. Pourtant, autour de lui, Mitterrand n’a jamais cessé d’exercer une attraction très forte sur les intellectuels et les artistes. Voire une fascination. C’est ce que j’appelle, dans mon jargon, la « boursouflure Mitterrand ». Justine est à l’image de cette contradiction excessive : son corps généreux indique en permanence que tout est possible et, pourtant, à chaque fois, rien n’advient… « J’aime l’idée que Justine, avec les plus beaux et les plus gros seins de la terre, conduise Alexandre et Joseph à l’épuisement du désir et des stratégies amoureuses. » (Tonie Marshall) Avec Justine, on a l’impression d’être autant en présence d’une créature que d’un personnage... Je voulais accentuer le trait. Nous sommes dans une unité de temps (une nuit), dans une unité de lieu (l’appartement de Justine), avec des personnages très typés : deux hommes en état de grande frustration sexuelle et une fille dont le corps et les sens appellent à l’amour, mais qui, parce qu’elle
bonnets est investie de et par Mitterrand, empêche toute sexualité d’advenir. J’aime l’idée que Justine, avec les plus beaux et les plus gros seins de la terre, conduise Alexandre et Joseph à l’épuisement du désir et des stratégies amoureuses. Chacun a d’ailleurs sa propre approche. L’un tente de faire oublier Mitterrand, l’autre caresse ce point de plaisir. Tous deux échouent ! Au moment du casting, j’ai lancé des sondes autour de moi pour trouver une femme qui puisse incarner ce personnage. Un croisement imaginaire de Marilyn Monroe et de Jane Mansfield pour ce qui concerne les mensurations. Mais le rôle était complexe et je me suis rendu compte que j’aurais besoin d’une grande actrice. Emmanuelle Devos avait toutes les qualités requises. Il suffisait de lui ajouter quelques rondeurs. Et nous n’avons eu aucun mal à la transformer en l’une de ces grandes filles toutes simples qui ont beaucoup de sein, beaucoup de fesse et beaucoup de cheveux ! Ça l’a beaucoup amusée. À travers le film, ses à-côtés et ses échappées – notamment dans le quartier de la Bastille – perce une vision désenchantée du champ politique. Il me semble que la représentation politique connaît en France une crise forte. Les représentants élus se trouvent dans une position politique – presque une posture – qui est très éloignée et très archaïque par rapport aux gens qu’ils sont censés représenter. Les idées politiques me paraissent plus fragmentaires et plus isolées. De petits groupes se forment autour de ces idées. La vie politique est mouvante et très mobile. Et on peut aujourd’hui trou v e r des idées à défendre dans des forma t i on s politiques très diff é rentes. L’évidence des grands clivages s’est perdue. Du coup, le geste de délégation par le vote a changé. Et, dans le même temps, notre système de représentation fonctionne encore sur une forme d’obsession du consensus et de la majorité qui me semble dépassée. Comment s’adresser à un tout quand nous ne sommes plus que des bouts ? ■ Propos recueillis par Arnaud Louvet Emmanuelle Devos Plusieurs interprétations très remarquées dans les films d’Arnaud Desplechin – dont la Sentinelle (1992) et Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle (1996), pour lequel elle a été nominée pour le César du meilleur espoir féminin – ont permis à Emmanuelle Devos de se faire connaître. Tout en élargissant sa palette au théâtre et à la télévision (la Finale de Patricia Mazuy, sur ARTE en 1999), elle reste fidèle à certains réalisateurs tels que Noémie Lvovsky : Dis-moi oui, dis-moi non (1990), Embrasse-moi (1991), Oublie-moi (1994), La vie ne me fait pas peur (1999), ou Éric Rochant : les Patriotes (1994), Anna Oz (1996)... On peut la voir à l’affiche des nouveaux films de Dante Desarthe, Cours toujours, de Camille de Casabianca, Vive nous, et de Sophie Filières, Aïe. Tonie Marshall Tonie Marshalla débuté comme comédienne avec Gérard Frot-Coutaz dans Beau temps mais orageux en fin de journée, ainsi qu’à la télévision. Comme réalisatrice, elle tourne son premier long métrage, Pentimento, en 1989, avant de connaître le succès en 1993 avec Pas très catholique. En 1995, elle réalise Enfants de salaud, puis Vénus Beauté (institut), coproduit par ARTE France Cinéma, nominé sept fois aux Césars 2000. Éric Petitjean et Patrick Pineau. Vénus Beauté (institut), de Tonie Marshall, est disponible en K7 et DVD ARTE Vidéo.



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