Arte Magazine n°11 11 mar 2000
Arte Magazine n°11 11 mar 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de 11 mar 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : mes nuits avec Mitterrand.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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m erc redi 15 mars 00.15 Les terres froides Yasmine Belmadi (Djamel). La collection « Gauche/Dro i t e » Le politique a u j o urd’hui, vu par le téléfilm de genre Téléfilm de Sébastien Lifshitz Dans la collection « Gauche/Droite » (France, 1999-1h03mn) Scénario : Sébastien Lifshitz et Stéphane Bouquet Avec : Yasmine Belmadi (Djamel), Bernard Verley (M. Chamblasse), Sébastien Charles (Laurent), Valérie Donzelli (Isabelle), Florence Giorgetti (Mme Chamblasse), Éric Savin (Marc) Photographie : Pascal Poucet Son : Yolande Decarsin Montage : YannDedet Mixage : Cyril Holtz Décors : Laurent Gantes Musique : Arvo Pärt Coordination de la production : Zaïda Ghorab-Vo l t a Coproduction : Agat Films & Cie, La Sept ARTE LASEPTARTE P arce qu’il vient d’être renvoyé de son boulot, Djamel, 20 ans à peine, débarque à G renoble où il trouve un job de manutent i on n ai re. Dans l’entreprise, il fait la connaissance d’Isabelle, une secrétaire, mais re s t e en dehors des actions collectives. Djamel é prouve pour le patron, qu’il va jusqu’à espionner chez lui, une attirance étrange… Nique ton père Voici un film dur, dérangeant, inconfortable. Comme son inquiétant héros, les Terre s f ro i de s dévoilent peu à peu sa beauté. Il faut dissiper d’abord les brumes du Djamel, jeune révolté en fuite, t rouve un emploi de m a n u t en t i on n ai re à Grenoble. Il éprouve bientôt pour son patron une attirance étrange… Un film dur, déconcertant et néanmoins empreint d’une grande beauté. « nouveau réalisme social », et son cort è- ge de scènes obligées (l’arrivée en province, les virées à Mobylette, les pipes au garage). Ensuite, terre inconnue, voyage sans boussole : Sébastien Lifshitz investit la collection « Gauche/Droite » avec son pro pre lot d’obsessions très personnelles. Soit l’histoire d’un jeune Maghrébin orphelin (Yasmine Belmadi, impressionnant) qui c roit ret rouver son père dans son patron. Ce dernier (Bern ard Ve r l e y, ad hoc) est un redoutable pater familias, sanguin, violent, m armoréen. Un beau morceau de France néocoloniale. Djamel, à cette aune, serait la part d’ombre algérienne, le visage maudit de cette immigration que l’on (la France, le père) se refuse à re c on n a î t re. Djamel, c’est le retour du refoulé (il revient et il n’est pas content). Là-dessus, fellation, masturbation, sodomie, inceste : on se fait plaisir, on finit programmé à 00.15... Dommage pour un film qui parvient à s’imposer par de très beaux inserts (le visage de Djamel, les doigts du patron, la peau d’Isabelle) et, s urtout, une montée en puissance violente et amère. La fin, magistralement déconcertante, oblige à rejuger tout le film. Sébastien Lifshitz dérange : il a raison. Yasmine Belmadi (Djamel) On découvre Yasmine Belmadi dans l e s Corps ouverts de Sébastien Lifshitz (1998). Il reçoit pour ce film le Prix d’interprétation masculine au festival Côté court de Pantin 1998 et le Lutin 1998 du meilleur acteur. Depuis, on l’a vu dans le film de François Ozon les Amants criminels (1999). Il sera bientôt à l’affiche des films Un dérangement considérable de Bern ard Stora et Cocotiers d’Éric Assous.
Poussé à bout Sébastien Lifshitz se méfie des adhésions collectives. Pour ce jeune réalisateur, le politique passe d’abord par l’histoire intime de chacun. Entretien. Quelle a été votre réaction lorsqu’ARTE vous a proposé de réaliser un film sur les notions de politique et de social ? Sébastien Lifshitz : J’ai d’abord été étonné et heureux que Pierre Chevalier m’accorde cette confiance alors que je n’avais réalisé que trois films de court et de moyen métrage. C’était comme une reconnaissance. Et je me suis rendu compte que, même si j’étais le plus jeune réalisateur de la collection, on me donnait un espace de liberté totale. Je suis parti d’une observation : j’ai l’impression que les gens de ma génération n’entretiennent pas de rapport direct à la chose politique, dont je me sens moi-même finalement assez éloigné. Les personnes nées depuis 1970 n’ont connu – et ne connaissent encore aujourd’hui – que la crise. J’ai le sentiment que des réflexes individualistes se sont créés. Des questions plus personnelles ont remplacé les questions communautaires : comment trouver ma place dans cette société ? Comment me faire reconnaître ? Je voulais montrer le premier pas, le premier geste politique. Quelque chose d’aussi simple que trouver un emploi, ou se faire reconnaître dans une cellule familiale. Je suis parti d’un sentiment d’exclusion qui me semble animer beaucoup de gens de ma génération. Toutes leurs revendications viennent d’abord de là et se jouent à l’échelle de l’intimité. C’est une jeunesse poussée à bout, autant par le sentiment qu’elle n’aura jamais accès à sa part de richesse que parce que le monde la méprise et l’ignore. Djamel, le personnage du film, est animé par ce sentiment de révolte, mais il respecte tout le temps le droit. Il se conduit bien, comme on dit... Oui, parce qu’il est venu pour construire. Il était dans le dénuement, aussi bien matériel que sentimental, et il part pour essayer de trouver autre chose. Il a l’espoir que l’homme qu’il est allé rencontrer l’aidera à trouver sa place. Djamel est à l’image de cette génération à laquelle on n’accorde aucune confiance. Du coup, pour lui, il est fondamental de bien se comporter, d’être à la fois une personne modèle et une personne comme les autres. Le film propose à la fois une observation réaliste et une vision romanesque de ce désenchantement, en particulier par le travail photographique et l’utilisation de la musique... J’ai essayé d’organiser le récit autour d’une opposition de symboles. La syntaxe comme les personnages du film sont finalement assez manichéens, mais c’est intentionnel. J’ai voulu un film qui mette en avant le cadre et la lumière, les jeux d’ombres, la présence de la musique. Le passage à la fiction implique, pour moi, une prise de distance avec le réel. ■ Propos recueillis par Arnaud Louvet Sébastien Lifshitz Après des études d’histoire de l’art, il travaille comme assistant de Bern ard Blisten sur diverses expositions au Centre Georg e s - Pompidou, puis comme assistant de la photographe Suzanne Lafont. Il réalise un premier court métrage en 1995, Il faut que je l’aime, puis C l ai re Denis la vagabonde, un documentaire - p ortrait sur la réalisatrice. Son moyen métrage les Corps ouvert s re ç o i t le prix Jean-Vigo en 1998 ; il est présenté, la même année, au Festival de Cannes dans la sélection Cinémas en France et bénéficie d’une sortie nationale. Son premier long métrage, Presque rien, avec une musique de Perry Blake, est en cours de montage.



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