Art' Pi n°7H HS 2012
Art' Pi n°7H HS 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7H de HS 2012

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : tricentenaire de la naissance de l'abbé de l'Epée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le musée universel des sourds-muets Les derniers moments de l’abbé de l’Épée par Frédéric Peyson, sourd-muet, 1839 Collection de l'INJS de Paris DROITE Couverture du catalogue Le Musée des Sourds- Muets Galerie historique et artistique de l’Institution Nationale des Sourds- Muets de Paris. Archives de l'INJS de Paris Abbé Sicard Ce Musée devait, selon un écrivain l’ayant visité, « détruire l'ignorance et les préjugés des uns et rendre la place qui leur est due dans la société aux victimes de cette ignorance et de ces préjugés ». Mais au fil du temps, le Musée se détourna des vrais motifs humanistes qui désiraient donner une âme à une fraction méconnue de l’humanité. Le discours des fondateurs, dont celui de Théophile Denis, finit par se transformer, encourageant la méthode orale en France. Théophile Denis ira même jusqu’à inviter à l’Institut de Paris l’abbé Balestra, le défenseur le plus fanatique de l’oralisme. Dans son livre Silent Poetry, Nicholas Mirzoeff n’hésite pas à décrire le Musée comme la célébration d’une culture subalterne vouée à disparaître. À la fin du XIXème et au début du XXème siècle, une curiosité malsaine entoure le Musée, l’associant à l’étude d’une pathologie, comme une sorte de zoo humain, montrant l’écart d’êtres exotiques ou différents avec la civilisation dite "normale". À partir de 1912, l’État refusa d’employer toutes les personnes qu’il considérait comme "infirmes". Les meilleurs élèves des ateliers de typographie, d’imprimerie, de reliure et de gravure ne trouvèrent plus d’emplois pour consacrer leur succès. Les élèves furent restitués à leur famille après seulement sept années d’instruction hors des signes. C’était leur interdire, pour la grande majorité d’entre eux, toute vie intellectuelle, relationnelle et sociale. Conservateur du Musée de père en fils C’est en 1932 que mon père, René Bernard (1907-1985), entra à l’Institut. Il édita avec l’administration le catalogue de la Bibliothèque, car rien de consistant n’existait alors avant 1940. Il ne reprit le poste de bibliothécaire qu’après sa retraite et jusqu’à son décès, de 1973 à 1985. Sa participation au Musée était typiquement culturelle car il était lui-même très versé dans les arts. Il était donc consulté pour l’histoire des œuvres, leurs légendes, et d’autres recherches. Après 1968, le Musée disparut sous la multiplication des services, les œuvres furent entreposées et exposées aux risques : destruction, poussière, sécheresse et chaleur des caves surchauffées. Pour ma part, c’est en cherchant le portrait de Bébian, en pied, par Chassevent, que j’ai découvert, vers 1979, l’état d’abandon du Musée dans les caves de l’INJS. J’ai donc alerté le directeur de l’époque Monsieur Dessaint qui aussitôt me mit en relation avec l’IFROA (l'Institut Français de Restauration des Œuvres d'Art). J’ai donc contribué au sauvetage des œuvres, à la documentation, pendant trois années, en plus de mon travail de professeur. C’est la série des plaquettes en bronze de Félix Martin sur la vie de l'abbé de l'Épée qui m'a le plus marqué, en dehors du portrait de Bébian. Je me souviens également avoir transporté un portrait dont la couche picturale se présentait sous forme de "coquillettes". Je pensais que rien ne pourrait être fait pour restaurer le tableau cuit par la chaleur et la sécheresse des anciennes caves de l’INJS. L’IFROA me rappela quelques mois plus tard pour identifier les tableaux restaurés. Et l’un d’entre eux ne me revenait pas car je ne l’avais jamais vu. Je pensais qu’il s’agissait d’une erreur de leur part, et ils me répondirent que j’avais eu raison de leur transmettre une LE SAVIEZ-VOUS ? Dans l’œuvre Sicard au milieu d’un groupe d’élèves de Jérôme-Martin Langlois (1806), la phrase « Moyen de faire articuler des sons par le sentiment de la pression » est inscrite sur le tableau noir. Lors de la restauration du tableau, l’inscription précédente, une citation de Massieu : « La reconnaissance est la mémoire du cœur », volontairement cachée jusque-là, est réapparue. 32 Art’Pi !
œuvre qui semblait perdue à jamais. C’était le portrait grillé par le temps qu’ils avaient retrempé dans un bain afin de redéposer sur la toile la peinture ré-humidifiée. Un miracle. L’essentiel de mon travail consistait, en dehors de la remontée des caves qui était un vrai déménagement, à des heures de lectures et de recherches dans la bibliothèque parisienne, principalement des journaux de sourds et des revues spécialisées d’avant 1947. Musée universel des sourds-muets Archives de l'Amicale des anciens élèves de l'INJS de Paris Bas-reliefs en bronze de Charles Marie Félix Martin (1846-1916), illustrant la vie de l’abbé de l’Épée, 1909 Collection de l'INJS de Paris Après la rénovation de l’établissement, les œuvres furent replacées dans l’espace institutionnel : les salles de réunions, les lieux de passage reçurent les noms de grands pédagogues, salle Bébian, salle Ferdinand Berthier, où bustes et tableaux s’intégrèrent. Les élèves, les membres du personnel et tout visiteur accèdent librement à cette dimension patrimoniale, aux racines d’une histoire dont la bibliothèque recèle les secrets. Et ces œuvres revivent au gré des commémorations, retrouvant leur destination, la reconnaissance d’une différence qui est toujours plus respectée comme un héritage que nous partageons tous. De nombreuses œuvres restent cependant entreposées en quelque endroit de l’Institut, dans l’attente d’un prochain retour à la lumière. YVES BERNARD & SOPHIE LAUMONDAIS (*) Institut National des Jeunes Sourds à Paris, autrefois Institut National des Sourds-Muets, INS-M. 33 Art’Pi !



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