Art' Pi n°7H HS 2012
Art' Pi n°7H HS 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7H de HS 2012

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : tricentenaire de la naissance de l'abbé de l'Epée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Devenus des Hommes grâce aux signes L’orchestre des doigts d’Osamu Yamamoto L’auteur Osamu Yamamoto Scénariste et dessinateur japonais, il utilise souvent dans ses œuvres les thèmes du handicap et de la musique. Avant L’orchestre des doigts, il sort en 1988 le manga Köshien lointain. Le récit est basé sur l’histoire vraie de lycéens sourds qui créent un club de baseball et souhaitent participer à un tournoi, malgré l’interdiction de la fédération de baseball. Cette œuvre a été adaptée en film et en série télévisée. Yamamoto a appris la Langue des Signes Japonaise (JSL) pour dessiner au mieux ces deux mangas sur l’Histoire des sourds. L'œuvre L’orchestre des doigts est un manga en quatre tomes, écrit en 1991, présentant la vie de Kiyoshi Takahashi. Ce manga s’inspire des livres autobiographiques de Yoriko Kawabuchi, fille adoptive de Takahashi, qui traitent directement de la communauté Sourde japonaise : Les os des doigts et La langue des signes est notre cœur. Avec force et émotion, le manga montre comment Takahashi a résisté, dans des conditions souvent très difficiles, pour que ses élèves puissent continuer à utiliser la Langue des Signes Japonaise, alors que les autres écoles du pays se convertissaient massivement à l’oralisme. Le personnage principal Kiyoshi Takahashi (1890-1958) Takahashi devint le directeur de l’école des sourds à Ôsaka au début du XXème siècle. Il fut moqué, conspué, raillé par ses collègues : plus que tout, il voulait que ses élèves soient heureux ; pour cela, il défendait la Langue des Signes et une éducation adaptée à chaque enfant. Il participa à la création de la dactylologie japonaise utilisée de nos jours, créa la première chanson en Langue des Signes et perpétua au Japon les banquets organisés en hommage à l’abbé de l’Épée. Comment les signes rendent leur humanité aux sourds ? Dans le premier tome, Takahashi fait la rencontre d’Issaku Toda, un petit garçon sourd de naissance, issu d’une famille entendante. Arrivé récemment à l’école des sourds et aveugles d’Ôsaka, le garçon est violent, agresse ses camarades, hurle et ne comprend pas ce qu’on lui dit. Il vole de la nourriture et ne reçoit en réponse que des coups de bâtons, de la violence et du rejet. Le manque de communication isole l’enfant. Livré à lui même, il est muré dans un monde de violence et d’incompréhension. Issaku Toda et Takahashi vont découvrir ensemble la Langue des Signes, la seule passerelle qui va leur permettre de se comprendre. Une petite fille, Matsué, va montrer à Issaku que chaque chose correspond à un signe, chaque chose peut être nommée, que lui-même à un nom. Par le signe, par le visuel, il comprend le monde qui l’entoure et peut enfin communiquer avec les autres. En accédant à la conscience de ce qui l’entoure, la Langue des Signes lui donne un nom et le rend citoyen parmi les Hommes. Portrait peint de Kiyoshi Takahashi Photo de Naomiki Satô ARRIÈRE-PLAN Fleurs de cerisier du Japon Hiroyoshi Takeda L'orchestre des doigts, tome 1 à 4 d'Osamu Yamamoto 2006 Éditions Milan 14 Art’Pi !
Interview de Naomiki Satô, traducteur de L'orchestre des doigts Comment avez-vous participé à l’adaptation française du manga L'orchestre des doigts ? Je suis venu en France il y a dix-sept ans pour faire des études de langue et de linguistique. Juste avant de partir du Japon, j'ai rencontré par hasard une interprète JSL/japonais. Après avoir passé un an en France, j'ai eu envie d'apprendre la LSF. Je me suis inscrit dans une association et, en parallèle, j'ai suivi les cours de Christian Cuxac à Paris V. Un jour, au Japon, dans une librairie à côté de chez mes parents, je suis tombé sur L'orchestre des doigts, qui m'a littéralement bouleversé. Plusieurs années plus tard, je l’ai proposé à des éditeurs avec lesquels j’avais collaboré depuis quelques années. Ce sont les Éditions Milan, basées à Toulouse, qui ont accepté l'adaptation française, et l'aventure a commencé pour moi. J'ai voulu absolument apporter un regard "sourd" sur l'adaptation. J'ai rencontré, par l'intermédiaire d'un ami, un peu par hasard, Fabrice Bertin, spécialiste de l'éducation des enfants sourds. Il m'a aidé en supervisant l'adaptation du manga. Connaissez-vous la communauté sourde au Japon ? Je ne la connais pas bien, ni la Langue des Signes Japonaise, pour la simple raison que j'ai découvert la Langue des Signes en France. Je la connais un peu grâce à mes amis japonais, sourds et entendants. J'ai l'impression que les sourds français et les sourds japonais n'ont pas réagi de la même manière à l’interdiction de la Langue des Signes dans le milieu scolaire. Malgré l'interdiction, les sourds français ont pu transmettre leur Langue des Signes à la génération suivante, mais au Japon, il y a des sourds qui ne savent pas signer, même s'ils ont étudié dans les écoles pour sourds. J'y vois un certain esprit de résistance à la française. Quelle différence y a-t-il entre la France et le Japon ? J'ai appris que le japonais signé est devenu un moyen de communication standardisé pour un certain nombre de malentendants et de personnes devenues sourdes. L'existence du japonais signé crée une confusion importante au Japon. C'est souvent le japonais signé qui est enseigné en tant que Langue des Signes Japonaise. Il existe maintenant une école primaire et un collège privés bilingues JSL/japonais écrit à Tokyo, mais dans les autres établissements spécialisés, la JSL n'a pas encore le statut de langue à part entière. Ce n'est déjà pas mal qu'aujourd'hui, les élèves sourds puissent signer dans ces établissements sans interdiction. Que vous a apporté le fait de travailler sur ce manga ? Cela m'a permis d'approfondir mes connaissances sur la surdité et la Langue des Signes en général. Je suis surtout content d’avoir permis aux Français de connaître Monsieur Takahashi, qui admirait l'abbé de l'Épée et organisait tous les ans au Japon un banquet pour son anniversaire, alors que la méthode oraliste avait presque conquis le terrain. Maintenant, je suis en contact avec Madame Kawabuchi, et je sais qu’elle est également très contente que son père soit désormais connu en France, le pays de l'abbé de l'Épée. Des Hommes quoi qu'il arrive L’abbé de l’Épée a marqué les esprits à travers le monde en reconnaissant la Langue des Signes comme un moyen d'accès au savoir et à la citoyenneté. À partir de son premier pas, de nombreux autres ont suivi, tels ceux de Bébian ou de Takahashi qui, eux-mêmes, sont allés encore plus loin. Malgré leurs efforts, les préjugés et le dénigrement des minorités ont la peau dure, et de nombreuses œuvres montrent les sourds comme des infirmes, des handicapés, des êtres à réparer. Encore aujourd’hui, les mentalités doivent évoluer. Mais l’œuvre de l’abbé de l’Épée continue d’être célébrée chaque année dans le monde, et quoi qu’il arrive, il ne sera plus possible de faire machine arrière. Ce qu’il a mis en lumière est gravé dans l’Histoire à jamais. SOPHIE LAUMONDAIS 15 Art’Pi !



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