Art' Pi n°7H HS 2012
Art' Pi n°7H HS 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7H de HS 2012

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : tricentenaire de la naissance de l'abbé de l'Epée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Devenus des Hommes grâce aux signes L’Éloge historique de Charles-Michel de l’Épée d’Auguste Bébian L’auteur Roch-Ambroise Auguste Bébian (1789-1839), entendant d’origine guadeloupéenne, est un fervent défenseur de la Langue des Signes. Filleul de l’abbé Sicard, directeur de l’Institut National des Sourds et Muets de Paris (INSM), iI côtoie les élèves sourds et apprend la Langue des Signes qu’ils utilisent entre eux. Enseignant à l’Institut et auteur de plusieurs essais, ses choix en faveur de la vraie Langue des Signes au lieu des signes méthodiques de l’abbé de l’Épée déplaisent, dans un contexte de montée de l’oralisme. Exclu en 1821, les élèves réclameront son retour, en vain. L'œuvre L'Éloge de l'abbé de l'Épée est écrit et prononcé en 1819, pour le concours organisé par la Société royale académique des sciences de Paris. Bébian remportera le concours avec son ouvrage jugé « aussi bien écrit que pensé ». Ce texte fait l’éloge de l’abbé de l’Épée mais également celui de la Langue des Signes "naturelle" et montre le point de vue de Bébian sur l’éducation des Sourds. Roch-Ambroise Auguste Bébian peint par Marie Auguste Chassevent Collection INJS de Paris Le personnage principal L’abbé de l’Épée (1712-1789) Comment les signes rendent leur humanité aux sourds ? Dans ce discours, Auguste Bébian montre de quelle manière les sourds étaient auparavant mis de côté, rejetés par leur famille, éloignés du savoir, de l’Histoire commune des Hommes. « Un préjugé aussi absurde qu’il est humiliant pour l’espèce humaine représentait le sourd-muet comme une sorte d’automate, sensible aux impressions physiques, mais dont aucune étincelle de raison n’éclairait l’esprit, dont aucun sentiment n’échauffait le cœur. Étranger au sein même de sa famille, cet enfant, délaissé du ciel et des hommes, était relégué, par l’amour-propre de ses parents, loin de la société, où il n’inspirait qu’une pitié humiliante ! » Grâce à l’abbé de l’Épée et à la Langue des Signes, les sourds ont gagné de la considération de la part de leurs semblables ainsi que leur place parmi les Hommes. « Mais depuis que les succès obtenus dans leur éducation ont prouvé qu’ils ne diffèrent des autres hommes que par les préjugés qu’ils n’ont point, et dont notre enfance est imbue, les parents n’ont plus rougi de leur avoir donné le jour, et les sourds-muets ont paru sans honte. » Ils retrouvent ainsi leur droit à la connaissance et à la dignité, jusqu’à retrouver également le droit à la vie : «...et il semble que le nombre de ces infortunés se soit accru depuis que leur sort s’est amélioré. » Pour Bébian, cette réussite et ce changement de regard sont l’œuvre indéniable de la Langue des Signes. « Si, à force de soins, de temps et de patience, quelques maîtres habiles se consacrant exclusivement à l’éducation d’un ou deux sourds-muets ont obtenu des résultats assez satisfaisants, mais toujours plus brillants que solides, ils en ont été exclusivement redevables à l’emploi, même irrégulier, qu’ils ont fait du langage des signes, seul moyen de communication qui existe, dans le principe, entre le maître et le sourdmuet. » L’abbé de l’Épée instruisant ses élèves en présence de Louis XVI par Gonzague Privat Archives de l'INJS ARRIÈRE-PLAN Première école des sourds-muets, 1876 Archives de l'INJS 12 Art’Pi !
Éloge historique de Charles-Michel de l’Épée de Bébian, vu par Geneviève Pomet et Fabrice Bertin Arrivé de Guadeloupe en 1802 à treize ans, entendant, filleul de Sicard, Bébian noue vite des liens forts avec les sourds. Imprégné et admiratif de la "mimique", son Éloge pourrait s’intituler aujourd’hui Éloge de la Langue des Signes - Pour une lecture critique de l’œuvre de l’abbé de l’Épée. Ainsi, l’Éloge va bien plus loin qu’un hommage rendu au "père des Sourds" : c’est, d’abord, un texte à la gloire de la vraie Langue des Signes, par opposition aux signes méthodiques de l’abbé de l’Épée. C’est également un texte à tiroirs contenant des thématiques totalement visionnaires, comme la place des enseignants sourds, le bienfait des signes sur les enfants entendants, la question des Langues des Signes comme langues humaines premières, ou d’une langue universelle. Aborder tous ces thèmes, les démontrer et les faire comprendre afin de les faire accepter… l’affaire est complexe, l’objectif ambitieux ! Le personnage de l’abbé de l’Épée est alors un prétexte formidable. Son grand mérite est d’avoir fait la preuve de l’éducabilité collective des sourds grâce à leur propre langue, et cela, Bébian le loue haut et fort ; mais il va être pour lui beaucoup plus fondamental de bien distinguer Langue des Signes et signes méthodiques. L'Éloge, tout en louant essentiellement le désintéressement de l'abbé de l’Épée, va lui servir de terrain de preuves et de démonstration. Car en réalité, Bébian considère que de l’Épée est dans l’erreur pédagogique. Ce que confirmera Ferdinand Berthier dès qu’il se mettra à écrire… Bébian rend très sincèrement hommage à l’abbé de l’Épée : « Quelle supériorité ne remarquerons-nous pas dans les procédés de l’abbé de l’Épée. » Mais ce qu’il révère en l’abbé relève surtout des qualités morales, car, par ailleurs, pour Bébian, de l’Épée, non seulement n’est pas allé au bout de ses intuitions, mais s’est pédagogiquement trompé dans son système de signes méthodiques. Bébian dit clairement, à plusieurs endroits, que ce système peut même être nuisible. Mais comment dire cela sans offenser la mémoire du grand précurseur ? Comment faire comprendre vraiment l’action de l'abbé de l'Épée, sans la minimiser ? Et surtout sans froisser, non seulement ceux qui l’admirent vraiment et qui sont nombreux, mais aussi les bailleurs de fonds de l’époque ? Bébian va donc écrire sur deux axes : un axe moral pour louer le désintéressement de l’abbé et sa modestie ; et un axe technique, montrant ce qu’il faudrait faire pour réussir l’instruction des sourds, car il connaît la Langue des Signes et les sourds et leurs besoins pédagogiques. Mais, en dehors du soutien des sourds, il est relativement isolé et doit gagner des partisans à sa cause, vaincre des hostilités… Texte précurseur et très riche, L’Éloge historique de Charles-Michel de l’Épée mérite une étude approfondie : gageons que les idées qui y sont développées ont joué un rôle essentiel dans l’entreprise d’émancipation des sourds, poursuivie ensuite par Berthier. Bébian a agi dans une attitude de profond respect, d’honnêteté morale, suffisamment rare, encore de nos jours, pour être soulignée. FABRICE BERTIN GENEVIÈVE POMET Association Bébian, Un Autre Monde 13 Art’Pi !



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