Art' Pi n°7H HS 2012
Art' Pi n°7H HS 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7H de HS 2012

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : tricentenaire de la naissance de l'abbé de l'Epée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 Art’Pi !
Devenus des Hommes grâce aux signes Devenus des Hommes grâce signes aux Dans les arts et les esprits, les sourds sont souvent assimilés à des monstres, des idiots, des êtres inférieurs. Plusieurs ouvrages témoignent ainsi du sort qui leur est réservé. Pierre Desloges, sourd depuis l’âge de sept ans, raconte, dans une lettre écrite en 1780, qu’il est « forcé de lutter sans cesse contre la misère, l’opinion, le préjugé, les injures, les railleries les plus sanglantes des parents, d’amis, de voisins, de confrères... » qui le traitent « de bête, d’imbécile… ». Dans le livre Surdité, surdi-mutité et mutisme dans le théâtre français de René Bernard (1941), la description n’est pas plus enviable : « Les sourds-muets végétaient dans une situation pitoyable. Le vulgaire les fuyait, tenant leur rencontre pour un présage de mauvais augure. Il jugeait leur présence fatale aux femmes enceintes, ou les accusait de porter malheur à leur entourage. » Selon Joseph-Marie Gérando, dans L'éducation des sourds-muets de naissance (1827), l’abbé de l’Épée aurait ainsi assuré que « dans certains pays l'on fait mourir, à l'âge de trois ans au plus tard, les sourds-muets, parce qu'on les considère comme des monstres. » Ferdinand Berthier, à son tour, constatait dans son livre L'abbé de l'Épée, sa vie, son apostolat, ses travaux, sa lutte et ses succès (1852) : « Depuis des siècles, ces tristes victimes de la nature marâtre courbaient le front sous le joug d'un préjugé barbare. La foule indifférente regardait d'un œil de dédain cette caste de nouvelle espèce, comme elle les appelait, circuler au milieu d'elle. Ils languissaient, ces infortunés, dans l'ignorance et dans l'esclavage : ils attendaient un nouveau Messie qui vînt briser leurs fers. » La Langue des Signes est ainsi l’élément clef qui ouvrit les portes du monde et de la connaissance aux sourds, qui leur permit d’être des Hommes parmi les Hommes. C’est en 1760 que la situation changea. « Un seul homme se présenta, dont le regard puissant dit aux sourds-muets : Et vous aussi, vous serez hommes ! » (extrait de la pièce L’abbé de l’Épée de Bouilly, écrite en 1799). Avec l’arrivée de l’abbé de l’Épée, le regard sur les sourds évolua. En découvrant deux sœurs jumelles sourdes qui communiquaient entre elles par signes, il comprit toute l’injustice des préjugés envers les sourds et s’empressa de le faire savoir au monde. La découverte d’une langue qui leur est propre mit en lumière un fait : les sourds pensaient, communiquaient entre eux et pouvaient ainsi accéder au savoir si les signes étaient utilisés. « La langue des signes libère les sourds, elle les rend citoyens participant à la marche du monde et agissant sur lui. » (Christian Cuxac) Les créations montrant les sourds autrement qu’en tant qu’êtres inférieurs deviennent par la suite plus nombreuses. Deux œuvres, l’Éloge historique de Charles-Michel de l’Épée, fondateur de l’Institution des Sourds-Muets du français Auguste Bébian (1819), et le manga L’orchestre des doigts d'Osamu Yamamoto (1991), basé sur l’histoire du japonais Kiyoshi Takahashi, montrent à leur manière comment les signes ont rendu leur humanité aux sourds. Bébian et Takahashi sont deux professeurs entendants, défenseurs de la Langue des Signes, qui joueront un rôle important pour l’émancipation des sourds, avec des milliers de kilomètres et un siècle d’écart. Le Comité National Français. Le premier groupe exprime le mot « humanité », le second le mot « égalité ». Archives de l'INJS LE SAVIEZ-VOUS ? Denis Diderot (1713- 1784), écrivain et philosophe français, est l’auteur d’une Lettre sur les sourds et muets à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent (1751). Pour prouver que les signes permettent d’accéder à l’abstraction, il décrit une partie d’échecs au cours de laquelle un spectateur sourd-muet le prévient qu’il ne peut plus éviter le mat. 11 Illustration Art’Pi ! : Elza Montllahuc



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