Art' Pi n°2 octobre 2011
Art' Pi n°2 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de octobre 2011

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (200 x 250) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 6,4 Mo

  • Dans ce numéro : Thomas Potier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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20• Art’Pi ! • Octobre 2011 DOSSIER SPÉCIAL Une fois de plus, Facebook a été un vecteur de changement. Il a permis à un millier de Sourds de faire entendre leur cause. À présent, les projecteurs sont dirigés sur les représentants politiques. Nous allons voir s'ils prendront acte de leurs engagements et seront partie prenante de la suite de l'histoire du festival. Les Sourds gardent les yeux ouverts. "Je veillerai jusqu'au bout" a dit Sandra Recollon. Et elle n'est pas seule. Une autre personne a les yeux bien ouverts, interrogateurs, fatigués parfois, mais toujours déterminés. Le 12 septembre dernier, Emmanuelle Laborit a tiré la sonnette d'alarme et informé la presse des difficultés financières d’International Visual Theater. IVT est un des piliers de la culture sourde en France. Nous avons rencontré sa directrice pour en savoir plus. Emmanuelle Laborit Pouvez-vous nous expliquer la situation actuelle d'IVT ? En 1993 le Ministère de la Culture a demandé à IVT de partir du château de Vincennes. Depuis, IVT est dans l’impossibilité de stabiliser sa situation financière, et de travailler dans de bonnes conditions. En 2004, la mairie de Paris nous a proposé de nous installer dans les lieux de l'ancien théâtre du Grand Guignol. Nous avons dû nous impliquer dans de gros travaux. Initialement prévus pour deux ans, ils ont finalement duré quatre ans. Malgré l'aide de la mairie de Paris, du Ministère de la Culture et d'autres subventions, nous avons été contraints d'investir notre capital et d'emprunter de l'argent à la banque. Depuis l'ouverture d'IVT à Chaptal en 2007, nous sommes constamment en déficit. Au départ, nous comptions sur l'augmentation du budget de fonctionnement du Ministère de la Culture. Puisque nous avions investi de nouveaux lieux, plus grands, avec une plus grande équipe, un nouveau fonctionnement, il était prévu que ce budget soit augmenté en conséquence. Et un mois avant l'ouverture, on nous annonce qu'il n'y aura pas d'augmentation. Nous avons été complètement abasourdis ! Depuis, cela n'a pas changé. Malgré les recettes des entrées du théâtre, des cours de LSF, du pôle édition, nous ne parvenons pas à combler le déficit. Aujourd'hui, nous sommes dans une telle situation que l'avenir d'IVT est sérieusement menacé. Nous pouvons difficilement développer de nouveaux projets théâtraux, de nouvelles collaborations de recherches artistiques en Langue des Signes ou dans l'édition. Quelle est la réaction du Ministère de la Culture, des différents partenaires politiques depuis votre appel ? La mairie de Paris nous a attribué une aide exceptionnelle de 50 000 euros qui nous permet momentanément de tenir la route. Le Ministère de la Culture parle d'une aide de 80 000 euros, tout aussi "exceptionnelle". Mais la convention triennale de financement 2012/2013/2014 annonce le même budget de fonctionnement qu'auparavant. Cela ne répond pas à notre demande. Nous souhaitons une vraie réévaluation du budget de fonctionnement et un financement sur la durée. Cela ne résout rien de repousser sans cesse le problème. Nous ne pouvons pas avancer dans ces conditions. Actuellement, nous ne pouvons assurer que 50 représentations par an, c'est si peu ! J'ai envie de pouvoir suivre la réelle philosophie d'IVT qui est d'être un laboratoire de recherche linguistique, pédagogique, artistique. Il faudrait pouvoir développer l'enseignement, l'édition, approfondir les recherches, créer de nouveaux livres, dvd, se développer sur internet. Mais c'est impossible, nous sommes obligés de mettre un frein à tout cela. Et les artistes aussi subissent cette instabilité.
Pensez vous que la situation d'IVT est unique ou que de manière générale, les autres théâtres subissent aussi des difficultés financières ? Récemment, j'ai participé à l'assemblée générale du syndicat des directeurs de théâtre. Il y avait tous les directeurs, tous entendants, venus de différents théâtres de tous les coins de France. Beaucoup connaissent la même situation, les mêmes problèmes de subventions réduites. J'ai pu voir qu'autour de moi, d'autres personnes étaient dans des situations extrêmes. J'avais jusque là bien conscience que je n'étais pas la seule. Je sais bien que la situation économique oblige à des contraintes budgétaires. Je le sais ! Mais il m'est impossible de devoir refuser de développer le théâtre, reporter des projets, sous prétexte qu'il n'y a pas d'argent. Je ne peux pas travailler dans de bonnes conditions ainsi. Il faut prendre en compte aussi que la situation d'IVT peut être différente. Par exemple, pour le travail d'adaptation : il faut traduire le texte français en LSF. Cela prend du temps supplémentaire, sans compter qu'il faut aussi des interprètes. Tandis que les autres théâtres peuvent directement prendre le texte, le travailler sur scène, le jouer, etc. Ici il y deux langues, c'est un tout autre travail. C'est notre manière de travailler, notre identité que j'assume complètement. Il faut qu'on puisse agir dans la durée. Si les subventions sont réduites, cela signifie qu'on doit réduire la qualité. Si on n'a pas le temps nécessaire, on va mal interpréter, travailler vite, dans de mauvaises conditions. Je ne peux pas accepter ça. C'est pourquoi je continue à me battre... et j'ai lancé la pétition sur internet pour montrer que je veux une réponse claire. Soit ils assument publiquement leur refus de m'aider à hauteur des besoins, soit ils prennent entièrement leurs responsabilités : je pourrai ensuite l'annoncer à tous. De toutes façons, j'ai toujours dit que ce n'était qu'une histoire de choix politiques. Interrogé sur la question, le Ministère de la Culture a insisté sur l’aide exceptionnelle offerte de 80 000 euros offerte à IVT, mais n’a pas répondu au sujet d’une éventuelle réévaluation du budget de fonctionnement régulier. Octobre 2011• Art’Pi ! • 21 Laurence Vella



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