Art' Pi n°2 octobre 2011
Art' Pi n°2 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de octobre 2011

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Art'Sign

  • Format : (200 x 250) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 6,4 Mo

  • Dans ce numéro : Thomas Potier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12• Art’Pi ! • Magazine culturel Le fabuleux destin de... « Entrer dans le monde du stylisme, c'est difficile, il faut avoir une identité forte, avoir confiance en soi. » J'ai travaillé pendant un mois et demi dans une entreprise de robes de mariée. Je n'arrêtais pas de poser des questions aux autres couturières sur les méthodes du patronage, montage, etc., de la création des robes. Je me souviens qu'une collègue m'a dit : « Tu es ici pour travailler, pas pour apprendre ». Malgré tout, j'ai fait depuis des robes de mariée et des corsets sans difficulté. Quels sont tes modèles, tes références ? Quand j'étais jeune, j'adorais Jean-Paul Gauthier, ses tee-shirts à rayures. J'étais vraiment fan. Mais maintenant, je suis plus KarlLagerfeld. J'aime sa subtilité, son style plus classique qui se rapproche du mien. Je m'inspire des videos, des clips, américains ou autres. Aujourd'hui, on peut voir de la mode partout, sur internet, à la télé. L'idée n'est pas de copier mais de développer mon imaginaire, mes envies de création. Quel est ton style de création ? J'ai un style plutôt classique. Disons classique-chic. Aurais-tu envie de créer ta propre marque, d’ouvrir ton magasin ? Je me souviens, au début de ma carrière, je cherchais du travail dans des ateliers sur mesure. On m'a proposé un stage. Je suis allé faire un stage chez Mariama, une styliste sourde qui a une boutique, à Paris : Diolo Couture. J'ai pu voir que c'était beaucoup de responsabilités : il faut gérer la comptabilité, le magasin, l'accueil des clients... Ce qui m'intéresse le plus est la création : inventer de nouvelles choses. Tandis que faire des retouches, etc., je n'aime pas du tout. Et puis, il faut savoir gérer les clients, être sans cesse interrompu pour pouvoir les recevoir pendant la journée, prendre les commandes, et à la fin de la journée devoir continuer de coudre chez soi. Cela demande un sacré rythme ! Depuis, j'ai beaucoup réfléchi, et me suis rendu compte que je n'ai pas suffisamment confiance en mes compétences de gestion. Je suis davantage dans la création, l'invention, dans l'imaginaire. Je ne me sens pas encore prêt pour un tel projet.
Depuis peu, je me dirige plus vers l'enseignement. Je donne des cours de couture de base. L’an dernier, j'ai donné des cours de couture bi-mensuels aux membres d'une association d'OSSV [Olympic Sport des Sourds de Villeurbanne] et cela me plait. J'envisage d'organiser un week-end pour que les Sourds de France viennent prendre des cours, pour le plaisir, pour échanger. J'ai envie de partager ma passion de la mode avec des Sourds. Là je vais commencer à Lyon, et après aussi sur Paris. Quelle est ta plus grande fierté ? Je peux dire que je suis fier de mes compétences, d'avoir pu montrer ce que je peux faire. Aujourd'hui, les gens me connaissent un peu plus, connaissent mon travail. À présent, j'ai envie d'encourager les jeunes, d'échanger avec eux pour leur donner envie de continuer. J'ai aussi comme projet de créer un blog de « street style », c'està-dire que lorsque je croise des personnes avec un style spécifique dans la rue je peux les prendre en photo et les mettre sur le blog. Avec leur nom, ce qu'ils font, comme un petit échange. Ça se fait de plus en plus sur internet. J'aimerais faire la même chose mais avec des personnes sourdes. Pour donner envie de s'habiller, d'avoir son propre style. As-tu un conseil à donner aux jeunes ? J'aurais envie de leur dire d'éviter de choisir le métier de styliste, car le monde de la mode est très agressif. Mieux vaux faire le métier de modéliste. Le styliste est celui qui fait les dessins, tandis que le modéliste s'inspire du dessin, crée, fabrique. Il peut travailler seul ou avec le styliste, c'est tout. Alors que ce dernier doit travailler avec tout le monde, participer à des réunions, etc. La communication peut être très difficile. Je dis cela car je connais quelques Sourds qui ont étudié à l'ESMOD (École Supérieure de la Mode), et qui ont dû par la suite changer de métier car c'était trop dur. Ils ont réussi leur diplôme, mais doivent faire un autre travail car ils ne sont pas embauchés. La discrimination des personnes sourdes est très forte dans le milieu de la mode. C'est un milieu où tout le monde doit être parfait. Les personnes sont parfois très prétentieuses. Pour entrer dans le monde du stylisme, c'est difficile, il faut avoir une identité forte, avoir confiance en soi. C'est important qu'il y ait des personnes qui te soutiennent, t'encouragent, qui te poussent pour te donner plus de confiance pour avancer. Mais malgré tout, il faut oser, aller de l'avant, vouloir créer. Ne pas croire que c'est impossible, mais savoir s'ouvrir et montrer ce dont on est capable. Oser aller dans des écoles, suivre sa passion. Pauline Stroesser Thomas en 7 dates 3ème prix du concours Talon Aiguille à Lille 2007 1er prix du concours Fashion Angels à Arras Ma 1ère création, à 16 ans : un déguisement pour ma soeur 1991 2003 2011 Mon 1er défilé lors de la Semaine Internationale de la Surdité à Lille 2004 1ère création d'une robe de mariée et du gilet assorti pour le marié Stand au Festival Clin d'oeil Création des costumes pour Le Divan Violet (IVT) Prochaine interview Margot Carrër Graphiste-illustratrice 1999 2009 Magazine culturel• Art’Pi ! • 13



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