Art de Ville n°68 jun/jui/aoû 2020
Art de Ville n°68 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid, avancer masqués ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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artdeville - Édition chicxulub sa radio web, une émission quotidienne d’une heure rassemblant des souvenirs de théâtre de spectateurs, des dialogues mixés d’universitaires, d’acteurs. « On a essayé de faire résonner ces voies dans ce silence assourdissant de confinement, pour garder du lien », explique Jean Varela qui n’a jamais cessé de rêver théâtre. « Le théâtre au sens large et antique du terme nécessite un esprit présent de fête, de rassemblement. Entendre les cœurs palpiter ensemble. Lorsque j’étais étudiant, un de mes maîtres de commedia Dell’arte disait que les acteurs arrivaient à faire varier la pulsation cardiaque de la salle. Quand on va au théâtre, on a envie d’être dans une émotion partagée. Cela doit recommencer par là… Pour cette édition, nous avions prévu de nous déployer dans le parc du domaine d’O pour en faire un jardin d’Épicure, un lieu qui respire avec le monde, la nature, et y faire poésie. Réinventer des formes pour le jardin comme Goethe l’a fait à Weimar ou Rousseau dans son jardin à Ermenonville… Le théâtre c’est l’art d’ici et maintenant, de la proximité, du point de contact où le regard du spectateur rencontre l’émotion par les artistes sur le plateau : comment voulez-vous que cet art survive à la distanciation ? On peut inventer des choses provisoires, mais je continue à rêver de ce théâtre de la fête, de la joie, d’épopées avec de nombreux comédiens au plateau, en équipes artistiques. Le renouveau théâtral dans notre pays s’est toujours fait par les équipes plus que par les institutions. À nous d’être inventifs, à l’image des Gosselin, Pommerat, Ariane Mnouchkine qui ont fédéré des équipes ou Katia Ferreira de La carte blanche. Je travaille sur ce moment où le contact sera possible. Le reste n’est, pour moi, que de l’attente. » Dossier/ Culture 32 Mathilde Monnier, chorégraphe « Les microrésidences sont des réponses pragmatiques appropriées au moment présent » En mai dernier, Mathilde Monnier lançait le projet « micro-halle », six microrésidences d’artistes à la Halle Tropisme, Montpellier. « Face aux nombreuses incertitudes, je ne suis pas en mesure d’extrapoler et de réfléchir sur la culture de demain. La danse, dans son ADN, est internationale, c’est un art d’invitation, de rencontre, de dialogue entre les cultures différentes. Si je devais arrêter de voyager et de travailler avec des artistes internationaux, cela n’aurait plus aucun sens. Je ne le ferai jamais. D’ailleurs, je ne pense pas que ce soit possible, dans de moments de crise, de réorienter son travail d’artiste. C’est pour cette raison que je propose ces résidences qui me semblent des réponses pragmatiques appropriées au moment présent. » Jusqu’au 3 juillet 2020, une équipe artistique (pas plus de 3 personnes) est invitée chaque semaine à travailler une création au format court dans le studio La Menuiserie, puis à la présenter devant un public à la jauge réduite. Danse, arts plastiques, spectacle circassien… les projets sont volontairement multidisciplinaires. « Pour remettre les artistes au travail, il fallait trouver des solutions temporaires, repenser les formats, le lien au public. La danse est un art de l’espace mais aussi d’intériorité : tant que ce ne sont pas des danses de groupe, on peut imaginer plusieurs formes. Ces microrésidences sont aussi une manière d’être ensemble. » Pour inaugurer ce cycle, la chorégraphe montpelliéraine a joué le jeu d’une mini création solo avec la danseuse I-fang Lin. « Nous avons travaillé sur une pièce du compositeur Ligeti, Le Grand Macabre (opéra en deux actes). Nous présentons un extrait de 8 minutes de cette pièce contemporaine complexe, abstraite, que nous avons retranscrite dans le corps, avec beaucoup de bruit, d’espace, d’émotion. » Ernault Vivien, directeur de la Comédie du Mas, Théâtre d’humour de Montpellier « Je n’imagine pas de créativité particulière pour les comédies de boulevard » « Cela n’a aucun sens de pratiquer la distanciation sociale dans une salle de spectacle. L’essence même d’un lieu vivant est de rassembler, de véhiculer des émotions, des échanges, or c’est tout ce que remet en cause cet épisode. La réflexion est donc limitée par l’es-
© Sandy Korzekwa sence même du spectacle vivant. Réinventer un modèle me paraît plausible dans le cadre de théâtres contemporains où des réflexions artistiques peuvent être engagées. En revanche, dans les comédies de boulevard, je n’imagine pas de créativité particulière, sinon intégrer quelques jeux de mots, tout au plus des clins d’œil liés à la situation », explique Ernault Vivien qui prépare seul en scène Le Petit Prince minuscule traitant de la différence : une plongée en apnée dans le cerveau d’un déficient mental. En vue d’une réouverture dès que possible, la Comédie du Mas travaille sa programmation. Pour rappel, chaque saison, ce sont 250 à 280 levers de rideaux, une cinquantaine de spectacles avec des comédiens /auteurs de la région, une jauge de 200 places. François Noël, directeur du Théâtre de Nîmes « J’ai décidé de prendre le temps de la réflexion » « J’ai vécu le confinement comme une retraite, un moment d’introspection, de réflexion… On est tellement happé par le travail, les réunions, les milliers de mails, et là tout s’est arrêté ou presque ! Je vais sans doute organiser mon mode de vie différemment. J’ai décidé de prendre le temps de la réflexion », confiait récemment François Noël. Ce qui n’empêche pas le directeur du Théâtre de Nîmes d’imaginer l’avenir. « Nous avons la chance d’avoir deux salles, l’une de 800 places et l’autre de 240. Dans cette dernière, nous travaillons sur des hypothèses de jauge réduite, de multiplication du nombre de représentations. En revanche, je ne suis pas fan de l’idée que le public soit masqué et que les acteurs soient à plus de 10 m du premier rang. La difficulté dévolue aux artistes et metteurs en scène est d’intégrer ces nouvelles données ; tous n’auront pas envie de le faire et c’est tant mieux. Ce serait une ingérence d’imposer de la distanciation sociale à un metteur en scène. Il va falloir être plus malin, trouver des subterfuges dans l’habillage, le costume. On peut très bien détourner l’usage du masque en objet de mise en scène, dans la scénographie, imaginer des sortes de zones différentes sur le plateau. Le travail d’artiste est justement d’être inventif, j’échange beaucoup avec eux et tous brûlent d’impatience de remonter sur les planches. Il y aura forcément un élan artistique fort pour aborder le sujet. Et s’en défendre aussi. » Dès la mi-juin, le Théâtre de Nîmes accueillera deux équipes artistiques en résidence. L’une, composée de cinq personnes, doit travailler sur l’écriture d’un spectacle dont la thématique, en prise avec notre réalité, est le trop de tout. L’autre est une création solo de danse. SV Art contemporain a bien été impacté par la crise du Covid-19. Mais contrairement au secteur des arts dits « vivants », auquel le statut d’intermittent apporte une certaine protection, l’inscription à la Maison des L’art artistes n’ouvre que peu de droits comparables, si ce n’est via son bureau d’aide sociale alimenté par une maigre partie des adhésions annuelles. La précarité financière des jeunes artistes, notamment, étant souvent la règle, la période Covid n’a donc guère changé leur quotidien. Un job d’appoint leur est donc souvent indispensable, mais vu la conjoncture, certains en sont privés. À leur intention, l’école des Beaux-arts de Montpellier a lancé une cagnotte via une plateforme en ligne dédiée. Au niveau national, Les amis des artistes, « un collectif d’acteurs du domaine de l’art d’horizons variés et complémentaires » tel qu’il se présente, ont mis également en place un dispositif de soutien efficace de ventes solidaires. Pour les artistes à la notoriété plus assise, le retour à l’atelier fut la règle. Mais le trou d’air pendant lequel les expositions d’art contemporain ont été suspendues voire annulées, fera-t-il fatalement, à terme, suffoquer artistes et galeristes ? Jean Denant, artiste Jean Denant n’a pas même interrompu les coups de gouge qui ont contribué à sculpter sa réputation pour répondre par téléphone aux questions d’artdeville. Pour lui, ce moment a été l’occasion d’un retour à l’atelier, « une pause relationnelle » qu’il continue donc de mettre à profit pour travailler intensément. Les commandes en cours n’ont pas été interrompues. « Je reçois même des coups de téléphone de gens que je n’ai pas l’habitude d‘avoir. Des novices en art parfois. Quand je leur donne les prix, ils disent “Ah quand même ! “. » Le confinement a donné le temps à beaucoup, en effet, pour reconsidérer les murs de son espace intime. Mais Jean Denant se dit inquiet pour le moyen terme. 33 artdeville - Édition chicxulub



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