Art de Ville n°67 avr/mai 2020
Art de Ville n°67 avr/mai 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de avr/mai 2020

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 17,1 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid, quand la ville s'évanouit en Occitanie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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artdeville - Édition chicxulub « Ma mère, elle n'a qu'à crever, je l'avais prévenue. » Dossier Covid-19 12 s'exporter en zone rurale et créer un collectif qui répond à ces impératifs écologiques et de partage. « Je compte m'installer dans la vallée de l'Hérault en 2021. Les choses se sont accélérées ces temps-ci. L'idée serait de former un groupe de 6 à 12 personnes, en interaction avec un réseau local. Cela permet de créer un pacte social. En gros, les gens se protègent les uns les autres. Je mise beaucoup plus sur cette arme-là, qui est pacifique… Même si je compte m'armer quand même », lâche-t-il. Le jeune homme ne s'en cache pas, il devrait bientôt s'inscrire dans une association de tir pour avoir le droit de détenir des armes. « Ce sont des choses vers lesquelles j'aurais aimé ne pas aller, mais le but premier est d'être dissuasif. Et le deuxième, de pouvoir se défendre », argue-t-il. Bien loin des survivalistes à l'américaine, Franck bannit tout repli individualiste et d'isolement. « Je n'ai vu ça nulle part dans le monde, aucun Rambo ne s'en est sorti tout seul. En Europe, nous nous basons davantage sur la résilience collective… » Fiction apocalyptique Pour le sociologue Bertrand Vidal, spécialiste des mouvements survivalistes, la pandémie est un épisode clé qui conforte évidemment tous ces mouvements de « prep-
pers » (ceux qui se préparent). « Ils ont raison étant donné qu'ils ont imaginé un éventail divers et varié de catastrophes possibles », confirme le chercheur. En parallèle, une partie de la population s'est elle-même laissée aller à des réflexes survivalistes triviaux : ruées dans les supermarchés, achats compulsifs de pâtes et de papier hygiénique qui ont vidé les rayons, vols de masques et de gels, parfois… Pour le sociologue, c'est le caractère inédit du Covid-19 qui a probablement provoqué ces réactions irrationnelles. « On est habitué à vivre avec le danger, poursuit-il. Nous savons que la grippe fait 5 000 à 8 000 morts par an, donc on a intégré ce risque dans notre quotidien. Mais cette pandémie et cette quarantaine n'existent pas dans notre mémoire collective. Les seules références dont on dispose en la matière proviennent de la fiction. La pandémie nous renvoie à des histoires de zombies. Quant à la quarantaine, le seul stock de connaissances disponible pour comprendre ce qui nous arrive émane des fictions post-apocalyptiques comme Fear the Walking Dead, ou encore le jeu vidéo 60 Seconds !. Avec une seule et même leçon : il ne faut pas écouter les directives de l’État, et c'est peut-être le principal problème aujourd'hui… » Parmi les sources qui ont alimenté la thèse de Bertrand Vidal, certains survivalistes semblent également sombrer vers une ligne un peu plus rude et de repli. « Ils m'ont dit : ça y est, ça va enfin arriver. Tout le matériel qu'ils ont acheté, tout le temps, considéré par les autres comme perdu, à faire du stock et à accumuler du savoir-faire, va être utile. Il y a comme un désir de catastrophe chez certains. » Pire, d'autres ont abandonné tout sens de solidarité. « Un survivaliste que je côtoie m'a dit : “ma mère m'a appelé, elle commence à faire des réserves mais c'est trop tard. Elle n'a qu'à crever, je l'avais prévenue…“ Ça m'a choqué », raconte le chercheur. Une tension et un excès à l'opposé de la façon dont Vadim Turpyn, administrateur du groupe facebook La Collapso heureuse Occitanie, voit les choses. « À mon avis, ce n'est pas à ça que ça ressemble l'effondrement. Ce choc va faire chuter l'économie mondiale. Les gens ne produisent plus, donc on peut mettre autant d'argent que l'on veut sur la table, la transaction ne se fait pas. Je pense que c'est plus grave que la crise de 2008, mais ce n'est encore qu'une parenthèse. » Une parenthèse dramatique qui, à l'évidence, donne un nouvel écho à ces penseurs du risque. n 13 artdeville - Édition chicxulub



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