Art de Ville n°38 fév/mar 2013
Art de Ville n°38 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : démocratie locale, environnement urbain, culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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* Danse Les] Domaines [de Benoît LachambDerrière la production du Centre national chorégraphique de Montpellier à la typographie unique, se cache une programmation foisonnante, ciselée et dont l’audace, invariablement renouvelée, fait mouche. Par Géraldine Pigault des artistes qui ont une personnalité assez forte, explique Anne Fontanesi, directrice de production de] Domaines[. Il ne s’agit pas de les voir arriver la veille pour une date et repartir le lendemain, mais de commandes qui incluent des temps de résidence et de workshop en plus des repré- « J’invite sentations. L’idée, c’est de révéler ce qui se passe actuellement sur la scène contemporaine à travers la danse, la musique ou la performance. » Un souci de cohérence qui la mène donc à suivre l’évolution de chorégraphes de jeunes performeurs émergents comme l’iconoclaste Ivo Dimchev ou déjà connus tel le Québécois Benoît Lachambre. L’ovni Ivo Marian Ivanov. Some faves d'Ivo Dimchev Il est sans doute l'un des meilleurs performeurs de la scène contemporaine, manie la provocation et interpelle les spectateurs comme personne. Depuis Lili Handel, imparable chant du cygne interprété en solo par un Dimchev travesti en prostituée dont la nudité, la gestuelle maladroite et la voix trop aiguë illustrent cruellement les fléaux de la fuite du temps, l’artiste bulgare n’en finit plus de réveiller les peurs de quiconque assiste à ses créations. Installé à Bruxelles, mentor au festival Impulstanz et désigné comme « l’un des artistes contemporains les plus influents » du moment, Ivo Dimchev tourne beaucoup à l’étranger, mais très peu en France. Si Anne Fontanesi l’a invité pour la première fois à Montpellier, c’est qu’il « maîtrise très bien les codes de la performance et de l’improvisation. Dans Concerto, par exemple, il joue le jeu du live, ce n’est pas de la musique pour de la musique. Chez lui, il y a une transgression véritable, sachant d’où il vient. » A tel point que les programmateurs montrent parfois une véritable frilosité à ce travail manipulant à l’envi les tabous et qui demeure relativement confidentiel en France. Pour] Domaines[, il présentera pourtant Somes Faves, puis Concerto, deux œuvres aux aspects radicalement différents : « Je pense que ce sera une bonne introduction, car elles montrent deux aspects importants de mon travail. Somes Faves déploie ma passion pour les structures et compositions, alors qu’avec Concerto, je peux rendre visibles le chaos, la brutalité de ce qui m’anime, la vulnérabilité pendant la performance et mon amour de l’improvisation. C’est pourquoi je suis toujours heureux de montrer ces deux spectacles ensemble, car cela me permet de me dévoiler davantage au public. » Celui du centre Pompidou a ainsi pu observer, en janvier dernier, son rapport singulier avec les éléments qui l’entourent puisque dans X- On, pièce imaginée autour des sculptures de Franz West, le chorégraphe transcendent forme et matière avec une faculté de préhension inégalable : « Quand Franz West m’a demandé de créer 20
re et Ivo Dimchev c’est ce qui est le plus excitant. Des fois, j’ai le sentiment de trop jouer la sécurité, c’est pourquoi j’ai besoin de pièces comme Concerto ou P-Project pour contrebalancer et me sentir plus vivant. » Un ressenti que devraient partager les élèves participant au workshop de l’artiste puisque, cinq jours durant, celui-ci dispensera ses méthodes radicales et exigera d’être brillant ou rien, afin de restituer les fruits de ce labeur lors de la présentation publique Do yourself a favor. Un exercice « un peu tripal » qui aura le mérite de prolonger l’articulation dimchevienne. Le retour de Lachambre Luc Senécal deux vidéos avec deux de ses sculptures pour une exposition, j’étais un peu choqué car je n’imaginais pas que je serai capable de faire quelque chose avec. Je les trouvais extrêmement complexes, et c’est l’une des principales raisons qui m’a motivé à les inclure dans une performance sur scène, car habituellement, je n’éprouve pas de difficultés à travailler avec des objets. En fait, ces derniers étaient tellement inhabituels que j’ai compris que je devais m’adapter à eux. Il n’y a rien de mieux pour un artiste que de sortir un peu de ce qui le sécurise. » Un angle développé comme point de mire, puisque Ivo Dimchev n’a de cesse de faire surgir l’inattendu en sollicitant le public comme partie intégrante de ses créations. Coproduite avec Impulstanz, sa dernière création, P-Project, fait d’ailleurs directement intervenir des volontaires sur scène, moyennant quelques billets. Un procédé qui amuse ou indigne, mais ne laisse personne indifférent puisque les débats sont légion en fin de représentations. « Je crée souvent des interactions avec le public, mais il n’y a que dans P-Projet que je demande aux gens de faire des choses sur scène. J’avais besoin d’amener l’interaction à un autre niveau, de perdre le contrôle total mais de partager, en quelque sorte, la responsabilité de ce qui se passe entre eux et moi. Certes, ça devient un peu plus risqué, mais Dans l’acceptation d’art total et d’univers multiples que] Domaines [met en lumière, la venue de Benoît Lachambre apparaît fort séduisante, pour l’artiste qui avait présenté Délire défait en 2001 à Montpellier et garde un excellent souvenir « d’un des lieux les plus agréables » où présenter ses créations, ainsi que pour des spectateurs qui l’ont trop peu vu ces dernières années. Il faut dire qu’avec bientôt trente ans de carrière, le chorégraphe canadien a développé une réflexion passionnante autour du mouvement et de sa conscience. Cette proprioception n’a de cesse d’alimenter son œuvre et sa dernière pièce, Snakeskins, répond parfaitement à des exigences tendant vers l’orfèvrerie tant chaque déplacement dans l’espace fait sens. En clair, si la métaphore filée reptilienne de Lachambre envoûte, c’est qu’elle n’a rien de gratuit ou de superflu. Pour ce faux solo, il explore donc plus loin, plus longtemps les mécanismes inconscients régissant la dispersion du poids dans les membres du corps : « J’ai tenu à faire un travail somatique sur mes convictions chorégraphiques, spirituelles et philosophiques, beaucoup influencées par les premières nations et mythologies. J’éprouvais le besoin d’aller très profondément dans ce travail de mémoires ancestrales, en faisant notamment face aux peurs que comportent l’histoire et certains comportements néocolonialistes. Il est temps de faire face aux responsabilités. C’est ma façon de dire non, c’est assez. » A travers ce souci de transparence, Benoît Lachambre inscrit sa danse au creux d’une approche mémorielle et sensible. Cette conscience déterminante au monde qui l’entoure fera également l’objet d’un workshop en mars prochain au sein duquel l’artiste dispensera ses talents de pédagogue accompagné de Hahn Rowe pour aborder les dynamiques d’échange entre performeurs et spectateurs, tout en s’appuyant sur une démarche d’improvisation et un travail somatique. Chacun appréciera donc, à son échelle, les vertus de] Domaines[, dont la programmation interdisciplinaire offre, comme l’illustrent Dimchev et Lachambre, une vue sur la danse contemporaine plus loin que nos frontières. n 21



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