Art de Ville n°38 fév/mar 2013
Art de Ville n°38 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : démocratie locale, environnement urbain, culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Homosexuel à Mon entre militance et banalité : témoignage D’ores et déjà reconnu « historique », le vote de la loi ouvrant le mariage et l’adoption pour tous s'est aussi vécu hors du champ médiatique, à Montpellier. Rencontre avec deux Montpelliérains ancrés dans leur temps. Par Géraldine Pigault Jean-Daniel Robert - Photo Fabrice Massé Derrière le comptoir de son restaurant, Jean- Daniel Robert suit les débats de l’Assemblée avant l’arrivée des clients. En couple depuis deux ans, politisé mais pas militant, le gérant du restaurant Playfood, boulevard Louis Blanc, hache désormais ses légumes au rythme des échanges de l’hémicycle : « C’est la première fois que je suis les débats de l’Assemblée nationale. Cette loi touche aux émotions et au vécu de chacun. Ce débat me pousse à devenir plus militant qu’avant, car ce qu’on peut entendre remet parfois en cause notre humanité. Les députés devraient être plus vigilants à ce qu’ils disent. » Une conscience nouvelle qui a d’ailleurs motivé Jean-Daniel Robert à se constituer hôte du dernier dîner de l’association Homosexualité et Socialisme (HES) Montpellier, mi-janvier. Autour des tables de son restaurant, on pouvait observer des participants homos et hétéros, l’envie commune de s’affranchir de l’hégémonie patriarcale et de participer, à son échelle, à l’avènement d’une égalité en tout point. Ici, comme ailleurs en France, une conscience nouvelle a émergé, portée par un élan populaire inédit. La manifestation Le 27 janvier dernier, en plus des politiques, ils étaient donc des dizaines de Montpelliérains à rejoindre Paris en TGV, comme Johan Doré, responsable d’HES Montpellier : « J’ai accompagné les deux cortèges, car il y avait deux parcours, avec les délégations de Montpellier d’un côté et du PS/MJS/HES de l’autre. Nous étions ainsi nombreux et mobilisés pour soutenir l’engagement 31 du candidat Hollande. Il est toujours plus aisé de se retrouver dans la rue lorsque l’on s’oppose à un projet, mais ce dimanche-là, malgré le contexte de crise, on a profondément senti la motivation des Français. » Si la mobilisation en faveur du mariage pour tous fait évidemment consensus parmi les participants, au nom des principes républicains, elle assure également un certain réconfort. A l’heure où les arguments avancés par les opposants s’émaillent d’un vocabulaireésotérique et parfois blessant, c’est un moment de… communion : « J’ai maintenant le sentiment de faire partie d’une communauté gay, alors que cela ne m’avait pas traversé l’esprit avant. J’ai l’impression que la visibilité et les droits de la communauté homosexuelle ont trouvé leur point d’orgue, avec la manifestation à Paris. Mais ce qui était impressionnant ce jour-là, c’est la présence de beaucoup d’hétéros dans la marche, et donc de ne pas se sentir seuls. Ce soutien a été essentiel », explique Jean-Daniel Robert, la veille de l’adoption de l’article 1 du projet de loi. Le serpent de mer de l’adoption L’adoption… le sujet fait bondir l’opposition, qui écorne les catalogues Bonpoint et Jacadi. Le grand tort de ces sociétés est de battre en brèche dans ses pages l’image d’Epinal de la famille dite traditionnelle. Annoncée à l’Assemblée le 16 janvier dans la circulaire Taubira, elle a créé des remous dont on aurait tort de minimiser la 18
tpellier * société « L’appel de Montpellier » lancé le 14 novembre 2009 par Hélène Mandroux. Photo Fabrice Massé amalgame, qui pourrait desservir le « mariage pour tous » et faire le jeu de ses opposants : « La GPA mérite d’être débattue. C’est une réalité pour des Français, mais ce débat ne doit pas se faire dans le contexte du projet de loi présenté, qui contient des limites aujourd’hui claires. Nous voyons bien que la droite agite ce sujet comme un épouvantail pour effrayer les personnes réticentes à ouvrir le mariage et l’adoption pour tous, c’est une nouvelle fois indigne d’agir par la peur. » Montpellier « championne gay friendly » portée : « Si je me marie un jour, ce n’est pas pour être normal, mais pour être ordinaire. Pour ma paternité, je suis encore en plein questionnement sur la meilleure possibilité. Je souhaite pouvoir transmettre et élever un enfant. Mais ce que j’entends et la violence de certains propos me refroidissent », confie Jean- Daniel Robert. Avec son compagnon, fonctionnaire dans une collectivité territoriale, ils mènent pourtant une vie tranquille, ne projettent pas forcément de fonder une famille tout de suite, mais s’en sentent tout à fait dignes. De son côté, favorable à la gestation pour autrui (GPA), Johan Doré est plutôt confiant : « A mon sens, ce sujet se réglera quand nous dépasserons la marchandisation du phénomène en créant un système encadré de dons volontaires de mères porteuses en France et en pénalisant davantage les GPA réalisées à l’étranger. » Ce dernier redoute pourtant un « Les Montpelliérains sont des hommes de lumière » Alors que le climat national est au débat, la municipalité de Montpellier sait, depuis longtemps déjà, montrer sa volonté d’articuler une société où il fait bon vivre son homosexualité. Au-delà de l’effet d’annonce, se joue une réalité quotidienne presque banale ici, mais en avance sur d’autres villes, selon les intéressés : « Montpellier est réellement gay friendly. Je crois qu’il faut voyager dans d’autres villes de France pour comprendre. À Montpellier, se promener en couple n’est pas compliqué, même si on ne le ferait pas à n’importe quelle heure, ni dans tous les quartiers. C’est simple et c’est cette simplicité non militante que j’apprécie », témoigne Jean-Daniel Robert, qui refuse d’ailleurs d’afficher le drapeau arcen-ciel sur la vitrine de son établissement. « Je ne ressens pas le besoin de le distinguer des autres commerces, de le singulariser parce que je suis gay. Ici, il y a des habitués, homos et hétéros qui ont sympathisé, j’aime ce côté justement non communautariste. » Un état d’esprit similaire pour Johan Doré, qui reconnaît un environnement propice à cette aisance, mais quelques volubilités : « A Montpellier plus qu’ailleurs, on retrouve des homos dans toutes les sphères de la société, ce sont des amis, des voisins, des collègues, des coéquipiers… Dans l’ensemble, les Montpelliérains sont des hommes de lumière, ils ne sont pas du genre à se cacher. Cette visibilité dans la vie de tous les jours s’accroît aux dépens des associations mais surtout des établissements commerciaux comme les bars et les boîtes qui sont moins spécialisés. Il y a, ici, beaucoup de vitalité mais cependant peu d’engagements des personnes pour construire durablement une vie de couple et cela peut s’expliquer par la jeunesse, la nature cosmopolite de la ville ou les nouveaux moyens de rencontres. Mais clairement, nous faisons plus rapidement partie intégrante de la société à Montpellier. » S’il existe bien un obscurantisme inhérent aux arguments avancés pour contrer le mariage pour tous, Montpellier semble s’être fait une place au soleil en matière de vivre ensemble. n 19



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