Art de Ville n°38 fév/mar 2013
Art de Ville n°38 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : démocratie locale, environnement urbain, culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
Hervé Nadal, Bernardo Secchi et Paola Viganò - Photo DR giques initiées salle Pétrarque ? C’est le « défi qu’il faut se fixer », souriait M. Secchi pour qui « le projet de construire un futur démocratique sera le fond ». Dans le débat, M. Delafosse avait jugé utile de rappeler par deux fois que la parole de MM. Secchi et Nadal était « libre », soulignant de fait que cela n’allait pas de soi. Lorsqu’il annonça le recours à un cabinet d’expertise (Res Publica) pour mener la concertation (obligatoire de par la loi), peu d’enthousiasme dans la salle : « On sait ce que ça vaut », expliquera la présidente d’une association à Artdeville en fin de conférence « mais c’est une façon de mettre le pied dans la porte », positivera l’un de ses membres. Des balades urbaines seront organisées, au cours desquelles les habitants pourront faire part de leurs remarques aux professionnels ; des ateliers sont prévus pour favoriser la discussion autour des thèmes choisis et une permanence à la Maison de la démocrate sera assurée. La mairie s’engage pour que la contribution citoyenne soit en tout cas facilitée. Mais pour le vieux routier de l’urbanisme, Bernardo Secchi, qui expliquait combien la marche fait partie intégrante de son métier – « Marcher, marcher, marcher, pour nous, la ville se pratique avec nos corps » – dialoguer avec les personnes rencontrées est la base. « On ne va pas dans les quartiers pour réunir les gens, parce que, dans ces cas-là, notre expérience nous dit qu’on arrive à connaître des choses qu’on connaissait déjà. Non, on pense qu’il faut les provoquer », venir avec un projet, dialoguer, mais aussi convaincre. C’est d’ailleurs le moment qu’a choisi ce soir-là M. Secchi pour interrompre l’exposé sur sa démarche consultative, déjà largement entamée. Sur l’écran qui illustrait ses propos, une image du littoral héraultais et de ses lagunes : « Là, je m’arrête un petit peu pour vous dire… Ecoutez ! Au sud de Montpellier, il y a une zone formidable, que nous appelons le grand parc littoral. C’est une zone qui est traversée par le chemin de fer, l’autoroute, la nouvelle autoroute, la nouvelle gare. C’est une zone qu’il faut sauvegarder et valoriser […] pour que ce rapport entre la ville et la mer ne soit pas vécu comme… « malheureusement on n’est pas sur la mer «. Non ! Mais « heureusement, on arrive à la mer en traversant un grand parc «. » Une vision qui rompt, une fois encore, avec celle qui prévalait depuis 1977 : « amener Montpellier jusqu’à la mer ». En filigrane, le message que le doublement de l’A9 n’est pas un projet qu’il soutient. L’A9 nouvelle n’est pas construite ; M. Secchi ne peut évidemment l’ignorer. Parce qu’il ne peut guère le dire, comme le rappelait M. Delafosse – sa parole est libre mais pas trop – sans doute a-t-il trouvé cette manière diplomatique d’exprimer son point de vue d’expert (Il s’est confié plus clairement à Artdeville le 7 février – interview ci-contre). Selon le calendrier de la « démarche participative » organisée par la Ville, où il est question de faire « place aux idées », le samedi 20 avril démarrera un atelier de « réflexion citoyenne » à l’hôtel de ville, point de départ d’une balade urbaine. L’occasion de s’interroger à nouveau sur le rôle de cette concertation, alors que, rappelons-le, l’enquête publique officielle sur le doublement de l’A9, a rendu un avis défavorable dès mars 2006… sans qu’il en soit tenu compte. Pour en faire un « moment fondateur » et pas seulement « novateur », les organisateurs du débat sur l’avenir de Montpellier doivent donc donner des gages... avant 2040, il en va de leur crédibilité : prendre acte de ce bilan et des réalités qu’il révèle, et sagement renoncer à son projet d’infrastructures routières contradictoire dès aujourd’hui. n Bernardo Secchi regrette le choix du doublement de l’A9 et dit non à la création d’un périphérique. Interview (B. Secchi parle parfaitement français) Dresser un diagnostic urbain de la ville, c’est aussi faire le bilan de la gestion municipale. Délicat. (Sourire) J’ai dit clairement à Mme le maire et aux élus, moi, je suis habitué à dire la vérité ; c’est une question de déontologie. Si vous m’avez appelé ici pour vous donner des conseils, je ne fais pas le docteur qui cache la maladie. Vous parlez de grand parc littoral formidable au sud de Montpellier, or cette zone va être traversée par une nouvelle autoroute. Qu’en pensez-vous ? C’est un problème, ça, c’est un problème. Le doublement va créer un couloir entre l’autoroute actuelle et la nouvelle, ce qui devient souvent des terres perdues. Et là, on est en train d’étudier ce que l’on peut faire. Mais… Vous dites toujours tourner les problèmes en opportunité. Là, qu’imaginez-vous ? (Soupir) Je ne sais pas, je ne sais pas. Pour le moment, on réfléchit. Mais on est au commencement. Il est même question de créer un périphérique autour de Montpellier. Non. Non. Le périphérique a toujours mal fonctionné. C’est ce qui est prévu pourtant. Oui, je sais. A partir du périph. parisien, on s’est aperçu que c’étaient des catastrophes. La ville ne peut pas être enfermée dans un cercle. Autrefois, on l’enfermait dans des murailles, mais on avait des raisons pour faire ça. Aujourd’hui, non, on n’a plus ces raisons. Propos recueillis par FM 14
Cinq semaines de « réflexion citoyenne » sont organisées par la Ville, avec comme point de départ des promenades urbaines. « Une journée d’assises » organisée le 7 mai 2013 au Corum, doit permettre de « rendre compte de ce travail. » - Samedi 2 février : A 14h au Trinque Fougasse O’Nord (Arrêt bus Vert Bois : Navette Campus et ligne 22) - Samedi 2 mars : A 10h à l’EAI Caserne Lepic (Arrêt bus Lepic : ligne 38) - Samedi 16 mars : à 10h à la Cigale (boulevard des Arceaux) (Station tramway Arceaux : ligne 3) - Samedi 6 avril à 16h au Déclic (Esplanade Celleneuve) Station tramway Celleneuve : ligne 3 - Samedi 20 avril à 10h à l’hôtel de ville. Station tramway hôtel de ville : ligne 1,3 et 4 Métropoles 2050 Télescopant l’actualité, les étudiants de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Montpellier organisaient en janvier un symposium au Centre régional de documentation pédagogique sur le thème : Métropoles 2050. Un thème choisi parce qu’il « fait référence à de nombreux questionnements dans l’actualité », explique l’un d’eux, Johan Laure (auteur de l’image de une) : « L’évolution des villes en métropoles », notamment, ainsi que les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) « nous incitent à imaginer des utopies ». Plusieurs personnalités réputées de la discipline se sont exprimées à la tribune, dont le charismatique architecte espagnol Francisco Mangado, de Pamplune, au style direct et parfois percutant. Il a commenté un texte en expliquant modestement qu’il ne se sentait pas plus légitime que quiconque pour s’exprimer sur un terme si lointain « je ne suis pas un oracle ! » Citant le célèbre rapport Buchanan (1963), qui lanca le débat sur l'automobile et la ville, Francisco Mangado expliqua qu’il avait « profondément affecté les intérêts des constructeurs automobiles, quand en dénonçant la voracité spatiale de la voiture, il en a dévoilé les aspects négatifs, remettant en cause l’évidence incontestée de la voiture comme moyen de transport urbain. » Condamnant les cinquante dernières années de la pensée urbaine, il critique sur l’époque contemporaine : « les vrais problèmes de la ville sont en train d’être détournés : nous sommes induits en erreur avec de faux concepts qui semblent invoquer à la fois l’engagement à la modernité et l’espoir vain de technologies pour solutionner les problèmes politiques et sociaux. » En d’autres mots : « Les villes efficaces, les villes qui se suffisent à elles-mêmes, les villes intelligentes, les villes en réseau, les territoires en collaboration compétitive font partie des slogans que nous avons reçus comme des bombes. » Comme la plupart de ses confrères, il juge « la fragmentation administrative du territoire radicalement obsolète » et affirme néanmoins que « le plus important, c’est la décision politique ». Enfin Francisco Mangado s’adressa plus directement aux étudiants par une exhortation : « vous avez l’obligation d’être critiques ! » n Artistes marcheurs urbains Francis Alÿs L’exposition éphémère de Francis Alÿs, à l’Ecole supérieure nationale des Beaux-Arts de Montpellier rencontre elle aussi l’actualité. Connu par avoir fait de la balade urbaine une discipline artistique, Francis Alÿs flâne à la recherche de ce qui pourrait faire sens à ses yeux, puis aux nôtres. A la fois performeur, vidéaste, peintre… mais aussi architecte de formation, on comprend le chemin qui l’a mené à ce changement de medium dans la manière dont il conçoit son travail : en tant qu’« artiste politique ». Politique, comme polis, la ville, mais pas seulement. La pièce qu’il montrait à l’ESBAMA en témoigne : la reproduction d’un salon dont la fenêtre donne sur les tours jumelles du World Trade Center, où le menèrent ses pas quelques mois avant le tragique 11 septembre 2001. La dimension artistique de ce travail ne se résume pas évidemment par cette description brutale, mais s’éprouve en s’asseyant dans le salon en question. Une expérience bouleversante. Tout comme le mot politique ne saurait illustrer l’étendue de son acception dans les déambulations plus légères, les dérives poétiques de Francis Alÿs, on se prête à rêver que les balades urbaines de la concertation Montpellier 2040 sachent aussi… déconcerter. Jean-Marc Demay Jean-Marc Demay est un artiste montpelliérain qui révèle la ville par ses actions. Son empreinte, des performences, des vidéos.. Cette photo est extraite d’une vidéo nommée Ramette. Il l’explique : « Placer une feuille de papier sous chaque pied, à chaque pas, et pendant 500 feuilles. Comme un autre moyen de déplacement, en ville, au milieu des autres usagers. Avoir une autre expérience de l'espace commun, et du temps. C'est assez proche de la chorégraphie finalement. Cette action renvoie à des choses communes : un conte, un jeu d'enfant… L'espace du Corum a été choisi car c'est un nouveau nœud dans la ville, un nouveau centre-ville. Bizarrement, à cet endroit se juxtaposent ce qu'il y a de plus récent à Montpellier (les lignes de Tram) et ce qu'il y a de plus ancien (la rue médiévale du Pila Saint Gély). Les feuilles viennent souligner, par leur léger désordre, tous les signes qui délimitent l'espace urbain : poteaux, rails, barrières, bornes, marquage au sol. 200 m parcourus en presque 40 minutes… Cette lenteur donne une épaisseur à un espace que nous survolons et peut être une identité à celui qui ne fait que passer. » n 15



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :