Art de Ville n°38 fév/mar 2013
Art de Ville n°38 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : démocratie locale, environnement urbain, culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
sent, on a une charte de la démocratie locale, qui fait que sur un territoire donné, les gens de ce territoire se réunissent en assemblée générale, élisent leur bureau et sont les interlocuteurs privilégiés de la mairie sur ce quartier. Les responsables des comités se réunissent annuellement et je fais des consultations permanentes sur tous les sujets avec eux. A l’Assemblée nationale on se réunit chaque mardi… Là, il faut faire attention parce que c’est une démocratie locale, il faut la faire vivre. C’est difficile. Très souvent dans les instances participatives, vous avez un monopole de ceux qui ont du temps et de ceux qui ont un bon usage de la parole. Ce qui signifie que vous vous retrouvez avec des petits comités de gens effectivement qui ne sont pas représentatifs, qui sont parfaitement respectables, mais qui sont moins représentatifs de la population. L’objectif est d’arriver à créer des structures de terrain dans lesquelles la totalité de la population a le sentiment d’avoir prise sur ce qu’ils veulent changer. Ce n’est pas simple, il suffit pas d’instituer une structure par en haut, il faut créer une culture démocratique de masse. Iriez-vous, à Grabels, jusqu’à expérimenter un pouvoir législatif pour cette instance-là ? Non. Je considère que la loi doit être la même pour tous. Je suis contre l’expérimentation législative. Je veux qu’une loi qui concerne un problème d’intérêt général s’applique à tout citoyen qui se trouve sur un même territoire, donc je suis pour le maintien de l’unité de la loi nationale. Par contre, ce que je pourrais expérimenter c’est le budget participatif. Il semble que cette expérience s’essouffle. L’écueil, c’est la mainmise de quelques-uns sur le budget en question. Voilà. Dans un quartier un tel, il y a tant de milliers d’euros pour l’aménagement piéton, voieries, etc. Les gens se réunissent. Dans un premier temps les gens vont dire il faut commencer par réparer la voirie qui est devant ma porte, et chacun va avancer son intérêt particulier, mais on crée un cadre collectif dans lequel on dit : quel est le plus important dans ce quartier ? J’ai été étonné, j’ai fait une réunion à ce sujet sans avoir un budget participatif, en disant : quel est l’important ? Et au bout d’un quart d’heure, vingt minutes de discussion, un des citoyens dit : le plus important c’est la rue du faubourg par lequel les enfants passent, vont et viennent à l’école, c’est celle-là qu’il faut sécuriser en priorité, alors que le gars qui a dit ça n’habitait pas à la rue du faubourg. Et donc, on a dit peutêtre que, pour le budget 2013, la première rue à faire c’est celle-là. Ça signifie qu’il faut faire appel à l’intelligence des citoyens. Qu’estce qu’un citoyen ? Ce n’est pas seulement un individu qui défend ses intérêts, un citoyen c’est quelqu’un qui s’élève à la conscience de l’intérêt général. Alors quand je dis ça, on me dit j’idéalise, c’est pas vrai, je suis convaincu que vous pouvez faire appel à l’intelligence citoyenne des habitants. Vous avez eu la dent très dure envers Jean-Pierre Moure et la marque qu’il a créée, Montpellier Unlimited. Vous l’avez « Vous avez vu comment ça décide au conseil d’Agglo ? Le petit maire d’une commune qui veut garder ses subventions pour l’année prochaine, il vote avec le président » qualifiée de « ringarde » Il n’y a rien dans cette initiative qui trouve grâce à vos yeux ? Elle a toute de même le mérite de mobiliser beaucoup de monde. La question que je me pose, elle est simple : c’est une stratégie, j’ai pas dit que la marque était ringarde, la formule n’est pas la bonne. Ce que j’ai voulu dire c’est que la stratégie de marque d’une ville, de transformer les villes en marques, est ringarde. C’est de plus en plus abandonné. Parce que ça relève d’une logique de compétitivité des territoires entre eux : il faut créer une attractivité en faisant de la pub pour son territoire pour le présenter comme meilleur que les autres territoires. Cette logique-là me paraît mortifère. Elle était valable dans une période de croissance économique, comme dans les années 80 et ç’a été le pif de Frêche de trouver Montpellier la surdouée en 84/86. Il a pondu ce concept pour créer une attractivité, alors qu’à l’époque les gens ne parlaient pas trop de Montpellier. Comment créer des emplois ? Quelle est la stratégie qui est aujourd’hui dominante dans le sud de la France ? C’est une stratégie qui consiste à développer un certain nombre de pôles d’excellence et autour de ça de développer essentiellement comme secteurs : la santé et le tourisme. On développe ce secteur, on cherche par exemple à ce que les formations soient dans ce secteur et pas dans d’autres. Et par là même, on détruit des logiques de filières qui visent à reconstruire toutes les étapes productives et il y a des compétences… Je prends un exemple : si vous voulez faire des chantiers, vous avez des carrières sur la région où vous trouvez du marbre, vous avez des carrières sur la région où vous trouvez tout ce qui est nécessaire et donc il faut construire un accompagnement régional qui fasse que vous pouvez ainsi relocaliser toutes les activités. Ça me paraît extrêmement important. C’est pour ça que je ne crois pas que le développement économique aujourd’hui appartienne à une logique de compétitivité uniquement parce que cette logique de compétitivité : c’est prendre aux autres des marchés que les autres auraient eus… une logique de coopération. Votre préconisation, c’est la relocalisation de l’économie ? La stratégie, c’est relocalisation et coopération et non pas compétitivité. Et concentration. Le résultat si vous voulez, c’est que vous avez le paradoxe qui consiste à faire que Montpellier a un dynamisme économique mais que le nombre de chômeurs augmente tout autant et alors, on nous dit : oui c’est le conjoint du chercheur qui arrive, qui s’inscrit au chômage… Mon œil ! Le débat s’engage sur la création d’une régie publique de l’eau, pour remplacer la délégation de ce service à la société privée Veolia. Mais la méthode choisie ne vous plaît pas. Pourquoi ? On sélectionne un cabinet, un cabinet spécialisé dans la consultation des citoyens. Déjà je trouve ça extraordinaire, ce cabinet met en place une méthode qu’il a qualifiée de scientifique. J’ai trouvé ça extraordinaire parce qu’à chaque fois qu’on mélange science et démocratie, je tremble. Au vu des expériences du passé… Et leur science aboutit 10
à sélectionner dix-huit citoyens, les faire travailler nuit et jour, le weekend, etc. pour qu’ils étudient la solution. Après, on fera une grandmesse, les fameuses assises du mois de mai, où il y aura des grands discours pendant une journée… Et après, qui va décider ? Le conseil d’Agglo ! Et vous avez vu comment ça décide au conseil d’Agglo ? Le petit maire d’une commune qui veut garder ses subventions pour l’année prochaine, il vote avec le président. L’autonomie est limitée. Sur une question aussi importante que la maîtrise de la gestion de l’eau, qui est la ressource stratégique du siècle qui vient, je pense que c’est au citoyen de décider. […] Berlusconi a fait un référendum, il l’a perdu. Les Italiens ont voté à 90% pour un maintien en régie publique. Eh bien, ce que Berlusconi a osé faire, pourquoi le président de l’Agglo ne l’oserait-il pas ? Autre sujet : sur la régie publique de l’eau, très bien le débat qui s’engage. Mais pourquoi les conseils municipaux ne sont-ils pas consultés ? Et deuxièmement, on fait ça neuf mois avant les élections municipales ! […] Elles ne servent donc à rien. Ce que je propose, c’est que ce débat ait effectivement lieu, que les conseillers municipaux puissent être consultés, qu’on fasse des débats citoyens dans les quartiers sur cette question et que ça ne soit tranché que par ceux qui sont sortis des élections municipales ; eux qui devant le peuple ont dit : « Moi je suis partisan de Veolia » ou « moi je suis partisan de la régie publique. » Le faire décider par un conseil d’Agglo élu au suffrage indirect, dont les débats sont peu connus des citoyens, ça me paraît une arnaque antidémocratique. Mais un candidat qui se permettrait de faire une arnaque antidémocratique à la veille des élections sera immédiatement sanctionné, non ? Oui mais le président de l’Agglo n’est peut-être pas élu à Montpellier, c’est ça le problème, vous voyez ce que je veux dire. Je lui conseille vivement de ne pas le faire parce que je suis absolument certain que, sur Montpellier, ce sont des choses qui se paieront très cher pour celui qui prendra position pour Veolia et non pas pour la régie publique d’eau pour les élections 2014. Plus léger : que devient la Maison de l’écrivain Joseph Delteil sur Grabels ? « Je ne suis pas le paillasson sur lequel on s’essuie, je suis quelqu’un qui compte » C’est un projet auquel je tiens beaucoup. C’est un des points communs que j’avais avec Georges Frêche, il y en avait pas cinquante, donc celuilà, on y tenait beaucoup. On était tous les deux de grands amoureux de la poésie donc on connaissait bien Joseph Delteil. Enfin on connaît son histoire, à l’époque je ne l’ai pas connu puisqu’il est mort ici en 71. Donc on a mis en place une zone d’aménagement différé (ZAD) dans laquelle on a inclus la tuilerie de Massane, la demeure de Delteil. L’objectif c’est […] une rénovation pour en faire une sorte de nouvelle médiathèque, dédiée à l’écriture, dédiée aux poètes, dédiée à l’exposition d’un certain nombre de choses. On pourrait en faire un centre culturel qui rayonnerait et qui serait à 25 m de la station Euromédecine du tram, un vrai pôle de rayonnement culturel. A quelle échéance ? Parce que là c’est un peu lointain. C’est une décision qui doit être prise en commun avec l’Agglomération, et je discute avec eux pour ça. Mais si on pouvait déclencher ça cette année en termes d’études, en termes de prolongement on pourrait dire que dans dix ans, de cinq à dix ans selon le rythme de réalisation. Je ne veux pas en faire une médiathèque parmi les autres qui n’aurait de seule différence avec les autres que de s’appeler Joseph Delteil, ça ne m’intéresse pas. Dans mon équipe municipale, Christophe Corp, qui dirige la revue Souffles qui est la plus grande revue de poésie du sud de la France, est porteur de ce projet avec moi et avec l’Agglomération. Mme Bigas (déléguée à la Culture) y trouve beaucoup d’intérêt, le président Moure aussi. C’est un point sur lequel on pourrait s’entendre pour finalement ne pas laisser s’effondrer cette tuilerie de Massane. Elle est déjà en très mauvais état. Mais avec ce que vous venez de dire sur l’Agglomération et sur la manière dont sont menés les débats, allez-vous pouvoir convaincre ? Mais je suis respecté au niveau de l’Agglomération, bon d’accord, je suis un peu l’empêcheur de tourner en rond mais je ne suis pas le paillasson sur lequel on s’essuie, je suis quelqu’un qui compte, on discute. Interview réalisée le 25 janvier 2013, à la mairie de Grabels. 11



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :