Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 271) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : des agriparcs aux fermes urbaines ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L’adjoint à l’urbanisme (PS) de Montpellier a accepté de subir le premier « Interrogatoire » de chicxulub, un concept d’interview filmé que nous avons expérimenté avec lui en juin dernier. Nous l’en remercions. L’objectif était bien sûr de le confronter à l’actualité, mais aussi de le placer face à des contradicteurs. La vidéo était voulue comme un témoin plus que comme une fin en soi. Un montage est désormais en ligne sur chicxulub.fr. En voici quelques extraits retranscrits. Interrogatoire mené par Fabrice Massé, assisté d’Alexandra Rolland Le professeur Got a prouvé que l’argument sécurité qui voudrait justifier le doublement de l’A9 (et la création de rocades) est « bidon », selon ses termes (chicxulub n°31) : plus il y a de trafic moins il y a d’accidents, explique-t-il. C’est une règle mathématique. Tous les Montpelliérains qui vont du nord vers le sud savent pourquoi il faut doubler l’A9. Quand la ville est congestionnée sur cet axe parce que coexiste une file continue de camions, dont on aimerait bien qu’ils aillent sur du ferroutage, mais on sent que cette mutation va prendre beaucoup de temps. D’une part, vous avez le trafic traditionnel de l’autoroute, indépendamment des camions, et vous avez les Montpelliérains. Ça congestionne, ça bouche, et les gens passent plus de temps à être dans les embouteillages qu’à s’occuper de leurs enfants, et être dans des associations. On est loin de la sécurité là. Premier point, quand on prend une décision, heureusement qu’il y a plusieurs arguments qui permettent de faire emporter cette décision. Donc à Montpellier, nous avons la volonté de créer une rocade qui soit un anneau de distribution à l’échelle de l’agglomération, capable d’éviter que la voiture passe par le centre ou le contourne puisqu’on a maintenant une volonté de restreindre la présence de l’auto dans la ville et donc d’avoir ce plan de développement. D’ailleurs prochainement va s’ouvrir le débat sur le contournement ouest de la ville.(...) Deuxième aspect, (…) il faut rendre du temps aux gens : les gens ont besoin de circuler, pas d’être congestionnés dans des embouteillages. Ou s’ils sont dans les embouteillages, c’est parce qu’on construit des lignes de tramway, mais pas parce qu’à un moment donné la circulation est une impensée. [sur l’actuelle A9] On va abaisser la vitesse et peut-être qu’on pourrait réserver une voie pour les véhicules qui font du covoiturage, c’est-à-dire penser intelligemment les mobilités. Il n’y a pas besoin de doubler l’A9 pour mettre en place ces mesures, qui d’ailleurs sont en cours. Vous remarquez qu’elle est complètement congestionnée, saturée, avec un filet de camions qui passent. Saturée, donc selon le professeur Got, sans risque. Qui utilise les insertions sait qu’elles sont risquées. On peut encore « A Montpellier nous avons la volonté de créer une rocade qui soit un anneau de distribution à l’échelle de l’agglomération » Contre les évidences Michaël gloser, faire des études d’accidentologie, mais on sait que c’est une zone à risques (...) Admettons-le, malgré les preuves. Le risque zéro n’existe pas. Mais, on l’a vu lors du débat public, le problème se situe au niveau des bretelles d’accès, là où la mairie aurait dû intervenir depuis que Borloo, alors ministre de l’Ecologie des transports avait demandé que ces bretelles soient libérées. Or, ASF (autoroutes du sud de la France) a fait sa part, mais la Ville non ; on attend toujours que les ronds-points sur lesquels bloquent les véhicules soient dégagés. Aujourd’hui la solution, c’est le doublement de l’A9. Mais en attendant, s’il y a un problème de sécurité ? (...) Il y a d’autres endroits dans la ville où il faut mettre des moyens pour aussi améliorer la sécurité ou le confort des Montpelliérains. Donc, ce n’est pas si urgent ? (…) Si la collectivité a un aménagement de ronds-points (à faire), en tout cas celui-là, je n’ai pas le chiffre exact, il se situe autour de plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous avons des enjeux autour des écoles, des enjeux en terme de voiries, nous avons des enjeux pour encore mieux insérer le tramway dans la ville, donc voilà, vous avez un choix d’arbitrage. Ce qui est important, c’est que la décision de l’A9 soit prise et que rapidement on puisse faire ce contournement pour ensuite engager le contournement ouest de la ville. (…) Mais fludifier la circulation automobile est impossible : dans une ville animée, attractive, par définition, à peine l’a-t-on organisée ici que les bouchons se recréent plus loin. Le débat qui se pose, pour vous, c’est que Montpellier ne doit plus accueillir d’habitants, comme ça nous n’aurons plus de problème de circulation ? La ville croit donc que la croissance génère plus de problèmes ? Je vais prendre trois exemples : Béziers perd des habitants, mais circuler à Béziers, que c’est compliqué (…) ; elle perd des habitants et ça n’a pas amélioré la qualité de vie du Biterrois.(...) Prenons deux autres villes européennes, Liverpool et Manchester : ces villes ont perdu des habitants, mais elles ont vécu dans une situation où elles n’ont pas pu financer des politiques publiques de solidarité, elles ont rencontré des difficultés. Donc la croissance démographique, il faut la maîtriser. Et bien sûr quand il y a des gens nouveaux, il faut pouvoir organiser une offre de transport qui soit plus favorable : c’est le tramway, c’est essayer d’organiser des cheminements piétons, améliorer la présence du cycle (…) Moi, je crois que le pari qu’on relève à Montpellier, c’est de dire nous maîtrisons cette croissance et nous améliorons la qualité de vie. Et je pense que, dans cette ville, on pourra objecter peut-être que les Montpelliérains ne sont pas assez propres, mais que globalement la croissance démographique est nécessaire. 8
* l’interrogatoire Delafosse campe sur ses convictions (…) Nicolas Bouzou, Bernard Maris, des économistes de renom, disent qu’il faut stopper avec les grandes infrastructures et qu’il faut relancer l’économie par la croissance verte et la santé. Ni l’aéroport, qu’il est question d’agrandir, ni le doublement de l’A9 ne sont des économies vertes. Et question santé, on a vu que cela crée de l’effet de serre, des particules de diesel et des poussières… Avec ces éléments-là, comment allez-vous relancer la croissance ? D’ailleurs, ces économistes disent que même la croissance ils n’y croient plus tellement. Encore une fois c’est un jeu d’échelle. Pour répondre à Montpellier, l’aéroport de Montpellier : pas d’hypocrisie, vous avez pris l’avion, plein de gens ont besoin de prendre l’avion, et tant mieux, pour découvrir le monde, pour pouvoir éventuellement travailler professionnellement. L’avion c’est un mode de transport qui est une réalité qui a plutôt participé à ce que l’on pourrait dire de positif dans la mondialisation, c’est-à-dire la rencontre des peuples, des cultures, voilà… A Montpellier, je prends cette anecdote : je me suis retrouvé dans un avion qui a atterri à Marseille faute de correspondances et il y avait là un chercheur qui venait pour le congrès d’ethnobiologie, un très grand congrès consacré à la diversité des peuples dans le monde, organisé grâce au pôle Agropolis international. Il atterrit à Marseille, à plus de deux heures, donc il est obligé d’utiliser sa voiture pour venir. C’est un honneur pour Montpellier d’accueillir des personnalités du monde de la recherche ; c’est une nécessité à Montpellier d’avoir ce type de congrès. Donc on a un aéroport qui ne correspond pas à la réalité des besoins en termes de déplacements. Quand un professeur de New York dit à un jeune étudiant : je ne peux pas être dans votre jury de thèse parce que Montpellier est mal desservi, ça affecte le rayonnement d’un laboratoire de recherche, la carrière d’un chercheur montpelliérain, parce que moi je n’ai pas envie, excusez-moi, qu’ils migrent tous, ce sont ces exemples-là… L’intelligence en réseau a fait beaucoup de progrès Oui, sauf qu’on soutien encore des thèses physiquement et c’est bien. L’aéroport de Montpellier doit être modernisé pour pouvoir répondre et connecter Montpellier au réseau mondial. Aujourd’hui ça n’est pas le cas (…) le débat sur la croissance est nécessaire ; alors moi, je ne suis pas d’accord, pas d’accord du tout avec cette assertion qui consiste à dire qu’il faut cesser les grands investissements. Moi, je pense qu’au contraire : il faut financer des LGV, il faut pouvoir soutenir… Ils parlent surtout des grandes infrastructures autoroutières et aéroportuaires. Et quand Il y a une tension type sur l’autoroute A9 : ce sont des investissements qu’il ne faut pas différer parce qu’ils vont améliorer la qualité de vie, donc il faut (les) soutenir. Le président Hollande a dit qu’il souhaite qu’il y ait 120 milliards d’euros à l’échelle européenne qui soient consacrés à une politique de grands travaux : il faut soutenir ça. Excusez-moi : à 10% de chômage en France, il y a nécessité. La question, c’est ensuite comment faisons-nous cette croissance ? Et aujourd’hui elle doit prendre en compte les enjeux liés à l’environnement ? Mais aussi, et surtout, les enjeux liés aux questions sociales, c’est-à-dire la qualité de vie, l’emploi. (…) Agnès Girard nous a en envoyé un mail en nous disant : « Je vous contacte après l’abattage des platanes de l’avenue de Lodève et la pose des rails : cette avenue est devenue un vrai désert botanique. Avec des membres de l’association Alaf et des « Peut-être que les Montpelliérains ne sont pas assez propres » gens du quartier, nous souhaiterions changer cela et aménager le lieu avec des plantes. » Qu’en pensez-vous ? Sa proposition elle est recevable mais parler de désert botanique… Vous allez lui donner un coup de main ? Via l’association montpelliéraine Semilla qui accompagne ce genre de projet, précisément, mais qui manque de moyens ? Ce n’est pas une association que la municipalité ignore. C’est une association-phare de la Fête de la Biodiversité, c’est avec eux qu’on organise souvent les Jardins en 24h, c’est une association qui est accompagnée. C’est un des acteurs majeurs, d’ailleurs, d’une idée très juste, que l’environnement c’est pas juste l’environnement pour l’environnement : c’est l’environnement comme élément de lien social, comme élément de la rencontre et donc inviter des habitants à réfléchir sur leur cadre de vie, sur le verdissement et en même temps l’existence de place, moi, je trouve cela extrêmement juste. Vous leur répondrez demain ? Je l’ai déjà fait par le passé donc je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. 1 Platanes abattus, pollution sur l’avenue de Lodève (chicxulub n°34), doublement de l’autoroute, et peut-être agrandissement de l’aéroport… Le groupe Vinci (opérateur de ces travaux) est décidément omniprésent, dès qu’il y a une pollution. Ils sont aussi les promoteurs de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. En France, il y a trois ou quatre grands acteurs qui sont Eiffage, Vinci, Bouygues… Ils répondent à des appels d’offres de projets de politiques publiques. Parfois il y a des règles de droit sur le respect de l’environnement, sur les conditions de travail, on peut en parler. (…) Je ne suis pas l’avocat de ces gens, par contre ce sont des opérateurs qui agissent, qui travaillent et, d’ailleurs, qui parfois ont des procès (…) Il y a une société civile et donc des acteurs qui s’engagent, qui questionnent, qui exercent un contrôle démocratique et qui participent aussi au développement de la ville. Disposent-ils vraiment de l’outil démocratique qui leur permet d’être entendus des politiques locaux ? Oui, il y a des obligations de concertation en matière d’urbanisme, il y a des concertations sur tous les sujets (...) Monsieur Revol, maire de Grabels, préconisait une mesure intéressante : il proposait que les élus des conseils de quartier soient élus au suffrage universel direct et que, par conséquent, ils puissent se former en une sorte d’assemblée locale qui pourrait légiférer sur les grands sujets. 2 J’ai hâte de voir son expérimentation à Grabels. Il ne s’agit pas de Grabels, mais du territoire de l’Agglo. Je ne suis pas favorable à cette disposition. Je crois qu’il faut qu’il y ait une équipe municipale élue tous les six ans, qu’elle soit sous contrôle et en dialogue avec un tissu associatif et qu’il faut permettre aux citoyens, en soutenant leurs associations, de pouvoir exercer des responsabilités dans la cité. Et ensuite, il faut des mécanismes de démocratie participative comme des conseils de quartier, des comités de quartier dans lesquels, sur chaque projet, il y a un dialogue. 1 - Semilla n’a en réalité reçu aucune subvention de la part de la mairie, avec qui elle aimerait entretenir une relation plus efficace. « Nos actions sont des miettes par rapport à celles qu’on pourrait mener. Nous ne pouvons pas honorer toutes les demandes. » Désabusée, Semilla espère obtenir 2 000 euros sur les modestes 5 000 demandés cette année. 2 - A la fac de droit, lors de la campagne des législatives, à l’occasion d’un débat sur la réforme des institutions organisé à l’initiative du professeur Paul Alliès. 9



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