Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 271) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : des agriparcs aux fermes urbaines ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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* art contemporain Les desseins duaux de Drawing Room La 4 e édition du salon du dessin contemporain de Montpellier s’est déroulée, cette fois encore, au carré Ste-Anne. Par fabrice Massé avec Géraldine Pigault Après Hervé Di Rosa et sa procession, « Yhayen », qui a attiré plus de 75 000 visiteurs, l’église Ste-Anne s’est vouée aux dessins contemporains. Et entre nef et travées, la foule des grands jours s’est à nouveau pressée. Près de 9 000 visiteurs seraient passés sous ces voûtes désacralisées pendant les cinq jours que dura le salon, du 21 au 25 novembre. Peu d’acquéreurs en revanche, la manifestation étant davantage perçue comme culturelle et gratuite que comme une foire commerciale. Un problème peut-être sous-estimé. Organisé par six galeries montpelliéraines (AL/MA, Aperto, ChantiersBoîteNoire, Iconoscope, Trintignan, Vasistas), Drawing Room présentait au total quarante-cinq artistes parmi lesquels ceux de sept galeries invitées comme Aldébaran (Castries), Gourvennec Ogor (Marseille) ou Lieu Commun (Toulouse). Initié voilà quatre ans dans une période de grande vitalité des galeries, le salon confirme son succès, malgré le manque de sensibilité à l’art contemporain des collectivités locales que disent percevoir ses acteurs. L’engouement du public ne se dément pas, le nouveau centre d’art La Panacée va bientôt rouvrir, mais certes, trois des galeries fondatrices du salon ont fermé et la biennale pilotée par FRAC (Chauff’Marcel, Dégelée Rabelais et Casanova for ever) s’est arrêtée. Quant au futur musée d’art contemporain de Montpellier, il semble désespérément un serpent de mer. Ouvrir l’oeil D’abord farouchement indépendante, l’association organisatrice de Drawing Room cherchait un espace moins connoté pour son premier salon : à l’écart de l’influence politique. Face à la difficulté et au manque de moyens, elle a fini par se résigner. Ce fut Ste-Anne et ses discours inauguraux. Donnant donnant, mais pas forcément gagnant gagnant. Si les étudiants en arts plastiques venus en nombre connaissaient la nature mercantile du salon, la plupart des autres visiteurs l’ignoraient. L’édifice municipal est en effet connu pour ces expositions gratuites – et de qualité, sous l’impulsion de Dominique Thévenot, l’ancien directeur du lieu et de Numa Hambursin, son actuel directeur artistique. De surcroît, derrière l’anglicisme fixant a priori des ambitions internationales, « Drawing Room 012 » n’affichait guère sa vocation commerciale avant tout locale. Représentatifs, Louis et ses amis qui ouvrent des yeux ronds lorsqu’on leur demande avec quelle œuvre chacun pourrait éventuellement repartir : « On peut acheter ? On pensait que c’était une exposition. D’habitude, c’est ça ici, non ? » Pour leur gouverne, quelques indices disponibles sur les stands les renseignaient : les cartels et les annotations au crayon, placées sous les œuvres indiquaient parfois les prix. Sinon, une liste était disposée à l’accueil des stands. Il suffisait d’avoir l’œil ! Pour Sylvie Guiraud, de la galerie Iconoscope : « Etre dans Ste-Anne est un plus, le centre-ville aide à faire venir le public. La fréquentation est en hausse » et pour elle « les gens savent pertinemment que c’est un salon et pas une exposition. Toutes les galeries sont bien séparées les unes des autres, donc ils comprennent bien que l’on peut y acheter ». Une fois à l’intérieur, certes. Son magnifique dessin d’Amélie Chabannes (4 400 euros) n’a toutefois pas trouvé preneur. Selon elle, pour attirer les collectionneurs et sensibiliser le public local, il manque « une grosse structure, comme le centre Pompidou de Metz » ou le Louvre-Lens. Les collectionneurs discrets Marie-Caroline Allaire-Matte, de la galerie AL/MA, admet elle aussi que les acheteurs sont rares : « Il est certain que nous avons eu beaucoup de public, de promeneurs, mais pas beaucoup de ventes. Il faudrait peut-être faire, en amont, un travail sur le rôle des collectionneurs. Même si les prix ne sont pas énormes en dessin, les collectionneurs préfèrent rester discrets. Ils ont peur que ça se sache et sont inhibés. Il faudrait les encourager à se décider ici et non pas après. » Le caractère associatif de la plupart des galeries aurait également tendance à refroidir les professionnels, ce statut n’étant pas, 22
Photos du haut : Kevin Goutanier Celle d’en bas : Fabrice Massé par définition, celui le plus habituel pour vendre. Quant à la conjoncture économique, elle ne jouerait qu’à la marge ; les collectionneurs étant moins susceptibles d’être touchés. Les avantages fiscaux dont ils sont bénéficiaires ont en tout cas été maintenus par le gouvernement, malgré un arbitrage récent en ces temps de crise. « C’est vrai qu’il y a de petites contradictions structurelles inhérentes à la forme qu’on a choisi de donner à cette manifestation, reconnaît Marie-Caroline. Le problème, c’est que nous ne disposons pas d’autres lieux identifiables pouvant tous nous accueillir, mais j’ai confiance, il y a tout de même une bonne organisation et c’est un accélérateur pour se faire connaître. » Pédagogie Pour Christian Laune, président de l’association organisatrice et responsable de ChantierBoîteNoire : « On se soucie trop de vente. Si on veut améliorer les choses, qu’on accorde plus d’intérêt au contenu, avec des œuvres plus grandes, par exemple. La majorité de gens qui passent n’ont aucune culture artistique et ont du mal à apprécier les distinctions entre les œuvres. Il faut faire plus de pédagogie. Ne pas seulement montrer que de petits morceaux d’œuvres si nous voulons susciter des vocations auprès de nouveaux collectionneurs. » Comme les autres galeristes, Christian Laune tire un bilan « très positif » du salon, même si lui non plus n’a pas beaucoup vendu. « Il faut considérer le salon plus comme une vitrine, pour accompagner l’action culturelle des galeries : se rendre visibles et lisibles. » Il évoque des pistes telles que faire payer l’entrée comme cela se pratique ailleurs, et créer un comité de sélection des galeries exposantes. « Ce salon, j’y crois », conclut-il. Jean-Paul Guarino, de la galerie Vasistas et par ailleurs éditeur de la revue Offshore ne dit finalement pas autre chose : « Le premier objectif de Drawing Room, c’est de sensibiliser le public à l’art contemporain et au dessin. Ensuite de vendre. » Mais lorsqu’on pointe le caractère peu explicite de l’affiche sur l’aspect mercantile de Drawing Room, il s’emporte : « Ce n’est pas à nous d’expliquer ce qu’est un salon ! » Une petite contradiction par rapport à l’objectif n°1 de la manifestation. Qu’importe… Pour lui, ce qui compte « c’est le désir et l’envie », affirmait-il juste avant. Questionné sur les perspectives de développement des ventes, Jean-Paul Guarino soulignait l’absence d’un grand collectionneur « d’une personnalité leader que des suiveurs pourraient avoir envie d’imiter ». Car pour lui, aujourd’hui, « le contexte local est peu porteur ». Alors que le Languedoc-Roussillon abrite deux des principaux courants de l’art contemporain français du XX e siècle, Supportssurfaces et la Figuration libre – et de nombreux artistes –, le salon du dessin est une manifestation bienvenue dans la région, et même indispensable. Le conseil régional ne s’y est d’ailleurs pas trompé en rejoignant l’an dernier la mairie parmi les autres partenaires. Mais la dualité des objectifs de Drawing Room – action culturelle et vente – risque de s’avérer une contrainte pesante, maintenant durablement à distance les collectionneurs. Sans doute faudrait-il qu’il en soit mieux tenu compte. n www.drawingroom.fr 23



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