Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 271) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : des agriparcs aux fermes urbaines ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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* festival Directeur artistique d’ici et d’ailleurs une qualité humaine avant tout Ils sont souvent inconnus du grand public, mais c'est à eux que revient le choix d’apposer des noms sur les affiches des festivals. Témoignages collectés par Hadrien Volle. Sacerdoce pour ces travailleurs passionnés épris de leur médium, le métier de directeur artistique est sans nul doute un art lui-même. Mais existe-t-il une recette pour réussir l’osmose entre un public et une programmation de festival ? Pour le savoir, chicxulub a recueilli les témoignages d’une dizaine de programmateurs qui, à défaut de formule, ont néanmoins su trouver la voie du succès. Quelle que soit la taille de leurs festivals, de leurs disciplines ou de leurs budgets, c’est d’abord l’amour des artistes qui les anime. Rendre les rêves concrets Selon Olivier Chabrol, chargé du festival des Mandolines de Lunel, « être directeur artistique, ce n’est pas seulement diriger des artistes, c’est aussi chercher des directions pour l’art lui-même ». Un propos que pourrait faire sien Jean Blaise, à l’origine de feu le festival des Allumés. Créé à Nantes dans les années quatre-vingt-dix et prévu pour durer six ans dès sa création, il s’est éteint conformément à ce qui était prévu, malgré l’énorme succès. Également créateur du Lieu Unique et de la biennale d’art contemporain Estuaires (entre autres), Jean Blaise crée des concepts et David Moinard, à ses côtés, travaille à la programmation des artistes. « Dans mon travail, je mets en forme l’usuel, l’air du temps, les idées de notre époque », explique ce dernier. En fait, « l’important c’est d’avoir de l’imagination pour intéresser le public à découvrir des choses », selon Pierre Charvet, directeuradjoint du festival Radio France de Montpellier, un point de vue sensiblement rejoint par Jean-Paul Scarpitta, directeur de l’Orchestre et de l’Opéra, qui, par une programmation artistique, voit « une possibilité de montrer l’imagination, l’illusoire, la passion ». Main dans la main avec les créateurs Le travail avec les artistes est la base d’un festival. « C’est avec eux que s’envisage une programmation », explique Olivier Chabrol. La relation est d’autant plus évidente lorsque les festivals se consacrent en majeure partie à la création, « je choisis des artistes et non des œuvres », tranche Jean-Paul Montanari. « Quand j’ai rejoint Dominique Bagouet à Montpellier, tout le monde se demandait ce que j’allais faire avec un danseur qui sortait de chez Béjart. Le temps m’a donné raison. J’ai le chic pour trouver les artistes qui sortent du lot », ajoute crânement celui qui, en effet, a su faire de Montpellier Danse un festival de grande renommée. Au festival Radio France, c’est particulier. Tous les concerts viennent compléter la collection d’enregistrements sonores de la maison mère. « Quand un artiste vient nous voir et qu’il vient d’enregistrer un super disque, on ne va pas le programmer. Pourquoi Radio France mettrait de l’argent pour enregistrer quelque chose qui a été très bien fait une première fois ? », explique Pierre Charvet. Sélection subjective « Pour quatre concerts on reçoit cinq cents propositions », explique le directeur-adjoint du festival Radio France. Un programmateur artistique doit donc faire des choix, qui seront « naturellement imprégnés des éléments d’une orientation artistique personnelle », avoue Olivier Chabrol, « le directeur doit être habité de convictions solides ». Du côté de Nantes, on est à l’unisson. David Moinard confesse faire « un métier très subjectif ». Assez proche de cette évidence également, Jean-Paul Montanari se fait plus lyrique et confie que le critère principal doit rester « l’amour des artistes ». Pour Jean-Jacques Toux, programmateur du célèbre festival breton des Vieilles Charrues (de Carhaix), « on sélectionne selon le rendu live », tandis qu’aux Voix de la Méditerranée à Lodève, Franck Loyat mélange « l’originalité de la proposition et l’équilibre entre les âges, les hommes et les femmes ou encore les formes ». À Radio France « on choisit les artistes en fonction d’une thématique » et on est plus pragmatique à Jazz à Sète où « on programme la tête d’affiche en fonction de sa qualité et de sa notoriété car c’est elle qui va 20
remplir le théâtre de la Mer, et permettre au public de faire des découvertes en première partie ». Ce sont parfois dans les premières parties que réside le véritable intérêt artistique des festivals. De bonnes surprises qui sur leur nom auraient fait salle vide. Les Vieilles Charrues le savent : « Chez nous, les gros artistes sont les locomotives pour des pépites inconnues. » Une idée partagée au festival Estuaire où il est « important d’associer sur un même site des valeurs connues et la découverte ». Importance de la scène locale Chaque festival est attaché géographiquement à un lieu, un territoire. A Estuaire, c’est en fonction de celui-ci que certains artistes sont choisis, « c’est en découvrant une friche magnifique que j’ai pensé faire venir Roman Signer en 2009, car je connaissais son amour pour les bâtiments désaffectés », raconte David Moinard. Territoire physique, mais aussi artistique. Tout au long de l’année aux Vieilles Charrues, ça se passe sur le terrain : « On organise un tremplin qui nous permet de sélectionner dix groupes que l’on fait jouer pendant le festival et à qui l’on fait suivre également une soit salutaire d’élargir la programmation d’un festival au-delà de son thème originel, en invoquant le désir d’attirer un public plus large », avant d’ajouter : « Au lieu de vouloir conquérir des pans de public, il faut au contraire chercher et convaincre chaque spectateur. » Une idée assez proche de celle de Jean-Paul Montanari, qui se souvient : « La première fois que j’ai fait venir Cunningham, les gens hurlaient dans la salle, mais mon travail c’est de faire des choix, même s ‘ils ne sont pas compris dans un premier temps, le directeur doit savoir dans quel moment tenir bon et arriver ainsi à faire apprécier certaines choses au public. » Aucun diplôme ne sanctionne la fonction de directeur artistique, mais des visions. Justes, moins justes, voire sans intérêt. Malgré les contextes différents et des subventions parfois inversement proportionnelles à la cohérence de leur programmation, les festivals de qualité d’ici et d’ailleurs tirent donc aussi leur succès du talent de leur directeur : de son imagination, de sa culture et avant tout de ses rapports aux artistes et au public. n formation technique et administrative. ». L’association travaille également à la programmation de l’espace Glenmor, la salle de concert de Carhaix pour sa programmation régulière. Il est aussi fréquent que Montpellier Danse laisse l’excellente scène locale s’exprimer pendant le festival, sans pour autant tomber dans le régionalo-centrisme qui parfois légitime seule la présence d’artistes sur des scènes. Un engagement auprès du public À Jazz à Sète, Louis Martinez est catégorique, « il faut donner une identité à son festival en adoptant une ligne de conduite sur les choix artistiques et ne pas en déroger ». Une programmation doit être faite pour le public, sans pour autant la travestir pour plaire au plus grand nombre. Olivier Chabrol souligne : « Je ne crois pas qu’il Photo ci-dessus : Après s'être rencontrés pour la première fois à Lunel grâce au festival international de mandolines, les deux virtuoses Mike Marshall (USA) et Hamilton de Holanda (Brésil) sont devenus les parrains du festival. Cette amitié a permis la création mondiale d'un nouveau concerto pour deux mandolines et orchestre (trois siècles après celui de Vivaldi !). Ici accompagnés par l'Orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon. Photo Odyss2011 A gauche : La page d’accueil du site d’Estuaire, une video à visionner avec plaisir. 21



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