Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
Art de Ville n°37 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Chicxulub

  • Format : (205 x 271) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : des agriparcs aux fermes urbaines ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Kaïna une télé micro-locale à vocation sociale * société Au cœur du quartier de la Paillade, elle met en lumière les initiatives locales et implique les habitants dans la réalisation des émissions. Texte Tatiana Tissot - Photo Luc Jennepin Christine Quaille pédale devant la caméra. Tout en résumant une étape du Tour de France, elle dévale une route. Bientôt la cinquantaine et en recherche d’emploi, elle vit depuis vingtsix ans à la Paillade. Elle qui suit les activités de la télévision Kaïna depuis longtemps a eu l’idée de réaliser des chroniques dédiées à l’événement sportif… perchée sur un vélo d’appartement ; une technique d’incrustation donnant l’illusion ! « C’est pas facile de parler et de pédaler en même temps sans perdre son souffle ! » confie l’animatrice amateur. L’expérience lui a plu : « Je cogite déjà pour l’an prochain ! » Entre deux explications sur le cyclisme, sa passion, elle avoue que sa situation n’est pas facile. La vocation de Kaïna TV ne se résume pas à de l’information sur la Paillade, quartier populaire de Montpellier situé au sud de la Mosson. Le média diffusé exclusivement sur internet implique les habitants dans la réalisation des émissions, et leur offre la possibilité de se former à l’audiovisuel durant des ateliers d’initiation. Portée par l'association éponyme, la télévision occupe un nouvel espace depuis un an, à deux pas des Halles. L’équipe dispose d’un plateau télévisé de 75 m² et de deux salles de montage. Quatre salariés et deux services civiques (des jeunes issus du quartier) animent la chaîne, grâce à l’aide d’une trentaine de bénévoles. « Nous voulons permettre une ouverture culturelle, faire en sorte que les gens montent des projets collectifs et créent du lien », explique Akli Alliouat, directeur. « Le but : que les habitants puissent s’épanouir à travers l’audiovisuel. Cela reste un outil, comme le théâtre ou le sport. » Oumar Timbo, animateur socioculturel, ajoute : « On observe une stigmatisation des habitants du quartier populaire, même issus de la deuxième ou troisième génération d’immigrés, à cause de leurs noms, de leurs têtes. Ils ont la possibilité de venir vers nous, pour s’appuyer et se remettre debout. » Soutenue par l’ensemble des collectivités (la CAF, la DRAC, le Département, la Région et la Ville de Montpellier), l’association a tourné avec un budget de 150 000 euros en 2011. L’objectif de sa caméra reste tourné sur le quartier, avec le désir d’en transcender les clichés. « Les gens en ont une image déformée, l’idée serait qu’ils changent de représentation », dit Akli Alliouat, qui a lui-même grandi dans un quartier populaire. Les vidéos ne s’adressent donc pas uniquement aux habitants et Kaïna mise sur le brassage : « Nous souhaitons arriver à faire se croiser des gens du centre-ville et de la Paillade. J’insiste là-dessus : la participation aux ateliers et aux émissions reste ouverte à tout le monde ! On a envie de mixité sociale. » Le semestre dernier par exemple, quelques étudiants de l’université ont participé aux formations sur l’audiovisuel. Des jeunes en régie et sur le plateau Une contrainte cependant : la télé numérique vise à relayer des informations sur la Paillade. « On n’en a pas encore fait le tour ! » insiste Akli Alliouat. Kaïna ne tourne son œil vers l’extérieur que lors d’événements spéciaux, comme lors du festival Arabesques. Des jeunes de la Mosson y ont interviewé des artistes sur un plateau délocalisé. L’association remplit ainsi une autre de ses missions : leur donner la possibilité de s’essayer au milieu du journalisme ou de l’audiovisuel. L’émission-phare de la chaîne, « Viens chez moi, j’habite à la Paillade », qui existe depuis cinq ans, est d’ailleurs menée par des garçons et filles de 18 à 26 ans. « Ils gèrent les interviews de personnalités sur le plateau, s’occupent de la régie… Nous sommes devenus leurs assistants ! » raconte Oumar Timbo, qui porte la double casquette d’animateur socioculturel et de concepteur multimédia. Une autre animatrice et un journaliste-reporter-image, qui filme et s’occupe de la technique, complètent l’équipe de Kaïna. Les vidéos en ligne affichent en moyenne entre 100 à 300 vues chacune, avec 800 visionnements pour les plus populaires. « Notre site mesure entre 8 000 et 10 000 visites par mois », dit Akli Alliouat. 14
Akli Alliouat, directeur de Kaïna et Herman Lebany, stagiaire pailladin, réalisent un reportage sur le festival Arabesques, au domaine d’O. Nous avons interrogé quelques habitants croisés à la Paillade. Certains ne connaissent pas du tout cette télé. Une femme sourit, « J’ai regardé lorsque ma fille y est passée, dans l’émission sur la Maison pour tous ! », une autre regrette ne pas avoir le temps, « les enfants vont déjà à tour de rôle sur internet, je n’y ai pas beaucoup accès ! ». Un coup de projecteur sur les femmes du quartier Avant la pause estivale, une émission a été réalisée par des mères de famille, en partenariat avec l’association Défi. « Il y a plus de 100 associations à la Paillade, et beaucoup d’échanges entre nous, ce qui crée une dynamique », explique Oumar. Pour le projet « C’est à elles », cinq à six femmes du quartier se sont retrouvées pour s’initier aux techniques audiovisuelles : caméra, son, interview. « Ces femmes, avec les enfants à gérer, sont tournées vers leur foyer, mais ont aussi besoin d’échanges à l’extérieur, ce que leur permet le tissu associatif. Au début, monter une émission leur a semblé démesuré, elles pensaient qu’elles n’y arriveraient pas ! » raconte l’animateur. Chacune a proposé un sujet de quelques minutes : Constance a L’émission-phare de la chaîne : « Viens chez moi, j’habite à la Paillade » interviewé une entrepreneure issue du quartier, alors qu’Aicha et Fatna ont animé une émission de cuisine. Ces vidéos ont été diffusées au sein d’un plateau de 38 minutes, tourné en présence des participantes qui y expliquent leur démarche. « Elles ont vu que tout est possible, malgré le fait que certaines ne maîtrisaient pas complètement la langue française. Elles étaient très fières du résultat, et de la reconnaissance au niveau du quartier », ajoute Oumar. A la clef : un regain de confiance en soi. « C’est important ici, car avec le taux de chômage élevé, il y a de la démotivation. Cependant, on a perdu deux participantes durant le projet, car elles ont trouvé un emploi ! » L’animateur socioculturel espère se lancer dans un nouveau « C’est à elles » cette année. A l’heure de la rentrée, les émissions s’apprêtent à reprendre, et de nouveaux concepts verront le jour selon Akli Alliouat : « Les jeunes du quartier sont demandeurs d’émissions sur le sport et le foot, on va inventer des choses… Kaïna TV, c’est un laboratoire d’expériences ! On teste, on essaie. » Avec toutes les bonnes volontés intéressées par le projet, qu’elles soient issues de la Mosson ou d’ailleurs. n L’adresse internet : http://www.kaina-tv.org 15



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