American Legend n°1 mar/avr/mai 2014
American Legend n°1 mar/avr/mai 2014
  • Prix facial : 7,80 €

  • Parution : n°1 de mar/avr/mai 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Histoire Militaire Éditions

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 96,5 Mo

  • Dans ce numéro : la grande Histoire de l'Ouest.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Histoire de l’Ouest Entre-temps le Behan parlemente avec les Clanton « Les gars, il faut me donner vos armes ». Frank McLaury coupe net : « Pas avant que vous ne désarmiez les Earp ! ». Le clan Earp se positionne en ligne, passe l’angle de la 4 th Street et descent Fremont Street. Sur le chemin il retrouve Behan. « J’ai fouillé Ike Clanton, il n’est pas armé. Restez ici, pour l’amour de dieu, n’y allez pas ! ». Le rang des Earp le bouscule. « Je vais les désarmez » réplique Virgil. Les Earp atteignent le O.K. Corral. Trois mètres séparent les deux clans. 30 secondes en enfer Nul ne sait comment la fusillade a commencé, qui a tiré le premier. La plupart des éléments dont nous disposons sont conservées dans le compte-rendu du procès des frères Earp à Wichita, et permettent d’en reconstituer le déroulement. Les historiens s’accordent sur ce point : Virgil invective : « Je viens vous arrêter ! Je veux vos armes ! ». Trop tard. Franck McLaury met la main sur sa crosse « Pas de problème ». Et la fusillade éclate pendant 30 secondes. Wyatt reste debout, presque immobile, cynique et déterminé comme à son habitude. Ike Clanton hurle : « Je n’ai pas d’arme ! ». On ne sait si c’est pour tenter de le désarmer, s’interposer ou implorer une trève, mais Ike se jette sur Wyatt. « Le combat a commencé. Trouve-toi une arme ou fous le camp ! ». Ike abandonne les autres cow-boys et s’enfuit. Le shériff Behan entraîne Billy Claiborne et ils se mettent à l’abri dans la Camillus Fly’s rooming House Gallery. Puis Billy Clanton dirige son arme vers Wyatt. Impassible, ce dernier se concentre sur Frank McLaury, considéré comme le meilleur tireur. Appuyé par Morgan, les balles des Earp le touchent mortellement à l’estomac. Avant de s’effondrer en face de Hardwood’s House, il atteint Doc Hollyday à la hanche. Au même instant, en voyant son frère tomber sous le feu, Tom McLaury trouve refuge derrière sa John Doc Holliday vers 1876, dentiste et confédéré, tueur impitoyable sera pourtant l’ami controversé de Wyatt et Morgan Earp et les suit jusqu’au bout de la vendetta qui les oppose aux Clanton-McLaury. monture. Avant qu’il n’ait pu saisir sa carabine, Holliday réagit promptement et décharge son fusil de chasse. Tom McLaury gît à l’angle de la 3 e rue et Fremont. Une balle dans le poignet et la poitrine, Billy Clanton s’affaisse contre le murs de Hardwood’s House. Il tire sur Virgil qui bascule, le mollet perforé. Puis c’est Morgan qui titube, touché à l’épaule. Wyatt réagit et atteint Billy une dernière fois. Tout est fini. Trois morts : Frank et Tom McLaury, Billy Clanton. Trois blessés : Virgil, Morgan Earp et Doc Holliday. Deux s’en sortent indemne : Ike Clanton s’est enfui, Wyatt n’a pas une seule égratignure. Une affaire Fédérale Hors du Comté, l’affaire fait grand bruit. La presse est partagée entre fatalité et indignation. Bientôt les frères Earp sont considérés comme des assassins et les McLaury des victimes innocentes. Les funérailles de Bill Clanton et des McLaury Des cow-boys identifiés comme étant aux alentours de Wichita vers 1875. Année où Wyatt Earp y impose sa loi. sont le prétexte d’une gigantesque réunion silencieuse des cow-boys et ranchers de la région. Mais la colère gronde et la vendetta ne s’arrête pas là. Accusé de meurtre, les frères Earp sont arrêtés par Tom Behan, mais acquittés par un jury populaire à Wichita. Avec un cynisme remarquable Wyatt déclare : « Je ne tenais pas à me faire descendre par un gars de la bande si j’avais un moyen de faire autrement ». Virgil est démis de ses fonctions d’adjoint au Marshal fédéral. Les autres membres du clan Clanton-McLaury, Bill Spence et Curly Bill Brocius ruminent leur vengeance. Des rumeurs menacent directement le maire, le patron de la Well’s Fargo et les Earp. Le comité d’auto-défense est alerté et l’armée est demandée en renfor et le gouvernement fédéral songe à instaurer la loi martiale. Wyatt demande à être nommé expressément chef de la police fédérale. Deux mois plus tard, Virgil est pris en embuscade au sortir de l’hôtel Oriental. Le bras déchiré, il confie sa femme Allie « au clan Earp républicain ». Bill Spence, l’Indien et Frank Stilwell, ancien adjoint du Shériff que Virgil avait mis en cause, sont identifiés. Wyatt investi le ranch Clanton mais Ike s’est déjà rendu à son ami John Behan. Le tribunal ne peut contredire les cowboys venus témoigner de son alibi. Il est relaxé et Wyatt y voit une trahison de l’administration. Malgré tout, il propose une trêve à Ike. Ce dernier refuse. Le samedi soir du 18 mars 1882, Morgan joue une partie au billard de la rue Allen sous le regard de Wyatt. Deux détonations résonnent. Morgan est touché à la colonne vertébrale. Une balle effleure la tête de Wyatt. Un frère estropié, un autre sauvagement abattu, c’en est trop. Il est temps d’en finir par tous les moyens. Le dernier train de Tucson Trois jours plus tard, Wyatt et sa famille monte dans le train qui escorte le cercueil de Morgan pour se rendre à la demeure familiale de Californie. Wyatt et Hollyday accompagnent le clan jusqu’à Tucson. Pendant l’arrêt, on leur indique que Frank Stiwell et Ike Clanton ont été vus sur une plate- forme. Le lendemain matin, on retrouve le corps de Stiwell éventré par une décharge et la jambe sectionnée par une autre. Visiblement Ike s’est encore enfuit. Entre-temps, Wyatt, Holliday et leurs fidèles sont retournés vers Tombstone. De là il écume l’Arizona et pourchasse les Clanton-McLaury. Wyatt peut compter cette fois sur les milieux d’affaires. On sait aujourd’hui que la Well’s Fargo le payait grassement. Ceux-là même qui lui refusaient l’ascension sociale et civique lui confèrent de nouveaux droits légaux. Le comble, c’est que Wyatt est pourchassé à son tour par la police du comté pour le meurtre de Frank Stiwell, Behan en tête. Mais Wyatt s’est procuré une liste noire secrète. Une chose est certaine, il considère Curly Bill Brocius comme le leader 44 ★ AMERICAN LEGEND
de ces attentats. L’Indien est débusqué et Wyatt l’abat de sang-froid. Plus tard, la bande des Earp est prise en embuscade à un point d’eau à la limite du désert de l’Arizona. Doc et les autres battent en retraite mais Wyatt fonce sur Bill Spence et Curly Bill Brocius qui sont acculés. Wyatt avouera : « Dès l’instant où j’ai aperçu Curly Bill, j’ai eu une vision et une compréhension limpide des choses. Rien de ce qui se passait dans cette ravine ne pouvait m’échapper ». Son manteau est criblé, mais il vise calmement Curly Bill à bout portant et lui déchire la poitrine. La presse de tous les États de l’Ouest suit de près la vendetta des Earp. Mais la curée commence à déranger les soutiens politiques de Wyatt. Le 13 avril 1882, il quitte Tombstone et se réfugie dans le Colorado en attendant une amnistie et une élection de Shérif en sa faveur qui ne viendront jamais. D’un siècle à l’autre Quatre ans plus tard, Tombstone voit ses mines noyées et devient une ville fantôme. Le comté retombe aux mains des ranchers et notamment de Ike Clanton, qui trouve la mort en 1887 dans une autre fusillade. La tuberculose terrasse Doc en 1887 à 36 ans au sanatorium de Gleenwood dans le Colorado. La mort de Morgan à brisé les liens de la fratrie et Virgil prend ses distances avec son frère. Chose étrange, pendant 15 ans, le reste des membres du clan Clanton-McLaury disparaissent les uns après les autres… Wyatt a presque tout perdu à Tombstone. En 1884, il retourne un moment faire le coup de feu à Dodge City pour venir en aide à son ami le peu recommandable Luke Short. Avec sa femme, ils tiennent des saloons dans les cités minières de l’Idaho, suivent la ruée vers l’or en Alaska pour s’installer finalement à Los Angeles. Pauvre et loin des épopées, Wyatt s’éteint paisiblement le 13 janvier 1929 à l’âge de 80 ans. A-t-il mesuré la force de son action et de son témoignage ? A son dernier souffle il murmure à Josephine : « Peutêtre, peut-être… ». Wyatt Earp véhicule la légende de l’Ouest mais surtout son personnage s’identifie sans concessions aux hommes de l’époque. Pour un instant, Les dime novels, la presse républicaine qui lui était acquise et enfin le cinéma ont contribué à forger son mythe. Les éléments retrouvés éclairent un homme à l’âme meurtrie par le deuil, fuyant sans cesse l’image du père. Sa quête de reconnaissance civique et d’ascension sociale a essentiellement motivé son action, mais les portes de cette respectabilité lui resteront toujours fermées par l’establishment républicain qu’il servait pourtant. Trouver sans cesse devant lui des obstacles comme autant de freins à sa rédemption sociale a alimenté son amertume et explique son tempérament violent et LA CINÉMATOGRAPHIE DE WYATT Wyatt Earp, contrairement à d’autres figures de l’Ouest n’a pas ouvertement embellie sa légende. il s’est simplement conforté dans l’occultation de certains éléments de sa vie d’homme de loi. C’est lewestern qui a fait le reste. Les versions furent légions. Gros plan sur les pièces maîtresses de cette mystification. LA POURSUITE INFERNALE (MY DARLING CLEMEN- TINE), John Ford, 1948. Avec Henry Fonda (Wyatt Earp), Victor Mature (Doc Hollyday). Ford ajoute une nouvelle pierre à son complexe qui tente de résoudre ce pathos entre légende et réalité. Henry Fonda campe un Wyatt Earp résigné à la limite du cynisme. Pour Ford, filmer son interprétation de l’épopée des frères Earp dans les cathédrales naturelles de Monument Valley était encore une volonté d’inscrire son récit dans la conscience nationale. Un incontournable de lalégende Wyatt Earp au cinéma. GUNFIGHT AT THE O.K. CORRAL de John Sturges, 1957. Avec Burt Lancaster (Wyatt Earp) et Kirk Douglas (Doc Hollyday). Sturges occulte tous les clivages politiques et sociaux de l’époque pour justifier la loi du Talion volontairement justifiée des Earp contre les Clanton. Si Lancaster est peu convaincant en Wyatt, Kirk Douglas lui vole la vedette avec des scènes de tubard magistrale d’une violence inouïe pour l’époque. Le Gunfight est orchestré comme du papier à musique dans une ville désertique. Dix ans plus tard Sturges corrigera ses maladresses en gommant tout classicisme. HOUR OF THE GUN (SEPT SECONDES EN ENFER), John Sturges, 1967. Avec James Garner (Wyatt Earp) ; Jason Robards (Doc Holliday) ; Robert Ryan (Ike Clanton) ; Sam Melville (Morgan Earp) ; Frank Converse (Marshal Virgil Earp) ; John Voight (Curly Bill Brocius) ; Robert Philips (Frank Stilwell) Dix ans après GUNFIGHT AT THE O.K. CORRAL, John Sturges ne prend pas les mêmes et ne répète pas ses erreurs. HOUR OF THE GUN s’arrête cette fois sur les amertumes humaines et les antagonismes sociaux qui opposent les deux clans. James Garner (Wyatt Earp), Jason Robards (Doc Hollyday) ont manifestement étudiée leur personnage. Adieu le classicisme et la dramaturgie. Le règlement de Fremont Street se rapproche des faits même si le plan de Tombstone est réduit à une bourgade. Un bon point pour Robert Ryan qui montre un Ike Clanton à la fois raffiné et sauvage, tempérament avéré du natif rancher et démocrate. HOUR OF THE GUN est le premier film qui rétablie un semblant de vérité en sapant la légende. TOMBSTONE, Goerge Pan Cosmatos, 1993 ; Avec Kurt Russel (Wyatt Earp), Val Kilmer (Doc Hollyday), Sam Elliott (Virgil Earp), Bill Paxton (Morgan Earp). La foire aux clichés. Le très maladroit George Pan Cosmatos ne s’attarde même pas sur lescontradictions historiques du mythe des Earp. Wyatt n’est plus qu’un témoin presque passif la moitié du temps et un colérique pleurnichard pour le reste. Les cowboys sont tous des brutes aux dents longues et les lawmen des types bien. Seul Val Kilmer en Doc Hollyday se débat convenablement dans un panier d’interprètes stéréotypés. Le pire étant le pauvre Kurt Russel bien encombré par son costume de prestige. Le règlement de O.K. Corral est filmé avec un regard enfantin dans une aberration totale. Pleins de cris et de fureur inutile, ce film est presque une contreculture à lui seul. WYATT EARP, Laurence Kasdan,1994. Avec Kevin Costner (Wyatt Earp), Dennis Quaid (Doc Hollyday), Linden Ashby (Morgan Earp), David Andrews (James Earp), Michael Madsen (Virgil Earp), Gene Hackman (Nicholas Earp), Jeff Fahey (Ike Clanton), Mark Harmon (John Behan). Avec une telle distribution, Laurence Kasdan savait ce qu’il faisait. Après avoir ranimé à la vie le western d’aventure (SILVERADO, 1985), il livre une biographie exigeante. Ce film s’inscrit dans la mouvance du complexe Fordien qui veut annihiler la légende pour retrouver une identité historique. On comprend pourquoi son scénario s’attache aux derniers éléments révélés. Si le film pêche par un certain romantisme littéraire, les aspects les plus controversés du personnage sonE passés au crible. L’ambiguïté de Wyatt, les liens du sang, le deuil de sa femme, son opposition au père, sa dualité lawman-outlaw, sa brutalité, ses trafics, son ambition d’accession sociale, tout y est. Kevin Costner livre un jeu juste et authentique. Dennis Quaid transcende Doc Hollyday. Seul Ike Clanton (Jeff Fahey) est présenté comme un alcoolique dépenaillé. Représentation étonnante quant on sait que le rancher démocrate fut à la fois raffiné et intransigeant. Une oeuvre incontournable qui a mis fin au mythe cinématographique de l’homme de loi irréprochable qui collait à Wyatt Earp. ambigu. Curieusement, ce n’est pas sa réputation de brutalité que ses détracteurs remettent en cause mais son audace, sa morale et son dévouement envers son clan. Serviteur de sa loi, transgressant les autres, acteur politique d’une nouvelle société naissante, à la fois lawman et outlaw, Wyatt Earp est bien l’homme de son temps et le témoin de deux siècles, pour l’éternité. AMERICAN LEGEND ★ 45



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