Aktis n°17 jui/aoû/sep 2014
Aktis n°17 jui/aoû/sep 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de jui/aoû/sep 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire

  • Format : (150 x 210) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : étudier les denrées japonaises terrestres contaminées pour améliorer l'appui à la gestion de crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 Contamination accidentelle - Gestion de crise étudier LES DENRÉES JAPONAISES terrestres contaminées pour AMÉLIORER L’APPUI à la gestion de crise Si un accident nucléaire survenait en France, l’IRSN aurait pour rôle d’apporter un appui aux autorités, aux populations et aux élus locaux à la fois pendant et après l’accident. Sur la base des leçons tirées des accidents graves de Tchernobyl et de Fukushima, l’IRSN doit poursuivre ses travaux pour être prêt à jouer son rôle d’appui de la façon la plus efficace. Ainsi, dans le domaine de la contamination de l’alimentation, l’Institut a choisi d’analyser tous les résultats de mesure publiés par le ministère japonais de la Santé et du Travail (MHLW). D’un point de vue opérationnel et immédiat, ceci lui a tout d’abord permis d’informer au fur et à mesure les résidents français au Japon et de conseiller la DGCCRF GLO, organisme en charge du contrôle des denrées importées du Japon. Du point de vue de la préparation à sa mission d’appui, l’IRSN a exploité ces données afin de confronter les outils logiciels qu’il développe à toute la complexité d’une situation réelle. Au-delà, ces données ont permis d’acquérir de nouvelles connaissances radioécologiques, en comblant certaines lacunes dans la compréhension des transferts de la contamination dans les fruits. CONTACT Philippe Renaud philippe.renaud@ irsn.fr Service d’étude et de surveillance de la radioactivité dans l’environnement - Sesure (1) Les articles scientifiques publiés dans des revues, qui fournissent les fondements scientifiques de cet article, sont consacrés exclusivement à l’étude des denrées alimentaires terrestres  : plantes agricoles ou sauvages, produits d’élevage et gibier. L’IRSN a traité dans d’autres documents l’analyse de la contamination de la sphère marine, et notamment des denrées que sont les poissons. Aktis n°17 - juillet septembre 2014 Entre mars 2011 et mars 2013, le ministère japonais de la Santé et du Travail (MHLW) a régulièrement publié sur son site Internet les résultats de mesure sur la contamination de denrées alimentaires produites au Japon. L’IRSN a analysé de façon systématique tout ce qui concernait les denrées terrestres notamment (1), au fur et à mesure de leur mise à disposition. Grâce à ce travail, des bulletins destinés aux ressortissants français vivant au Japon ont été diffusés jusqu’en 2013 pour les informer et formuler des recommandations à leur attention. Sur le plan de la recherche, cette analyse a permis de conforter et compléter les observations et connaissances acquises après l’accident de Tchernobyl sur la façon dont les dépôts de radioéléments se transfèrent aux plantes agricoles ou sauvages, aux produits d’élevage et au gibier. De manière générale, les niveaux de contamination des denrées japonaises et leurs évolutions n’ont pas occasionné de surprise notable. Le plus souvent, les connaissances radioécologiques avaient permis de les prévoir et donc de les interpréter. La période des retombées radioactives sur le Japon – plus précoce dans les calendriers agricoles et d’élevage que celle de l’accident de Tchernobyl – a joué un rôle important  : la contamination de la plupart des denrées est restée très modérée, alors même que les dépôts ont été très importants. Les denrées ont été principalement contaminées par l’iode 131 et par les césiums 137 et 134. SURTOUT LES LÉGUMES-FEUILLES FOCUS La contamination la plus importante, exprimée par l’activité massique GLO, observée dans les denrées agricoles ou issues de l’élevage, a été mesurée seulement dans les légumes-feuilles comme les salades, les épinards ou les choux (quelques dizaines de milliers de becquerels par kilo (Bq/kg) d’iode 131 ou de césiums 134 et 137) peu de temps après l’accident. Cette contamination a ensuite diminué rapidement, de 100 à 1000 fois en deux à trois mois. Pour la part de contamination liée à l’iode, cette diminution est liée à la décroissance radioactive ; pour celle liée aux césiums, elle est due principalement à la croissance des plantes. Cette diminution a été conforme avec ce qui avait été observé en France après l’accident de Tchernobyl et avec ce qui pouvait être prédit par les outils de calcul de l’IRSN. Pour les arbustes à feuillage persistant comme les théiers et les bambous, des activités de quelques milliers de Bq/kg de césiums ont été mesurées dans les feuilles en 2011. Cette contamination des feuilles s’est transférée à la plante, ce qui a entraîné une contamination rémanente en 2012 et même en 2013 dans les pousses de bambous. En ce qui concerne les vergers, la faible interception des dépôts radioactifs, due à l’absence de feuilles au moment des rejets, s’est traduite par une faible contamination de la récolte de 2011 et une faible rémanence de cette contamination dans les récoltes de 2012 et 2013. Les céréales étant encore en herbe mi-mars, le césium
retenu sur les feuilles n’a que peu été transféré aux grains dont la formation a commencé deux mois plus tard. Le riz n’était quant à lui pas encore planté à cette période. Il est important de souligner que si l’accident était survenu trois ou quatre mois plus tard, la plupart des productions agricoles, fruitières et céréalières, auraient atteint des niveaux de contamination très élevés comparables à ceux observés dans les légumes-feuilles. FOURRAGES IMPORTÉS La contamination des produits laitiers et de la viande a quant à elle été limitée par la pratique, courante au Japon, d’alimenter les animaux avec des fourrages importés. Si les vaches des territoires non-évacués les plus contaminés (comme Iitate ou Kawamata) avaient consommé des herbages locaux, la contamination de leur lait aurait atteint 100 000 Bq/L, soit plus de 100 fois les valeurs maximales effectivement observées. Enfin, l’accident de Tchernobyl avait montré que les produits forestiers comme les champignons et le gibier atteignent des niveaux de contamination élevés qui ne diminuent que lentement au fil des années. Celui de Fukushima a confirmé cette particularité en l’étendant aux pousses de végétaux consommées au Japon (pousses d’aralia, de Koshiabura, crosses de fougères) et aux champignons cultivés, les shiitakés. LES DOSES REÇUES PAR LA POPULATION Les doses reçues par la population japonaise résultant de la consommation de denrées alimentaires ont été limitées en raison de la contamination modérée de ces denrées issues de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi grâce à l’évacuation des territoires les plus touchés et aux interdictions de consommation. Comme attendu, la population a reçu les doses par ingestion les plus élevées durant le premier mois qui a suivi les dépôts radioactifs. Elles sont liées à l’ingestion de produits locaux, notamment des légumes-feuilles et des champignons dont la consommation n’a pas été interdite immédiatement. Des analyses d’urine réalisées dans le cadre d’une étude japonaise témoignent que certaines personnes ont pu recevoir ainsi des doses à la thyroïde de quelques dizaines de millisieverts. L’évaluation par le calcul de la dose reçue par une personne à partir des activités mesurées dans les légumes-feuilles produits à Iitate et Kawamata aboutit à ce même ordre de grandeur. Pour le Préfecture de Yamagata reste de l’année 2011, les doses efficaces dues aux seuls césiums 134 et 137 (l’iode ayant quasiment disparu par décroissance radioactive au terme des trois premiers mois) ont été très faibles au regard de l’importance des dépôts radioactifs  : de l’ordre de 1 millisievert (mSv) entre mai et décembre 2011 pour des personnes qui auraient consommé exclusivement des produits locaux sur des localités parmi les plus touchées des zones non-évacuées. Même la consommation ponctuelle de denrées terrestres parmi les plus contaminées mesurées en 2011, avant ou en dépit des interdictions de consommation, n’a pas pu conduire à des doses significativement supérieures. Ainsi, la consommation de 1 kg des champignons dont les teneurs mesurées en césium 134 et 137 étaient de 8 900 et 11 000 Bq/kg respectivement (valeurs maximales mesurées en 2011) aurait conduit à une dose de 310 microsieverts (µSv). Ces constats soulignent la pertinence pour les autorités de prononcer des interdictions immédiates de consommer des denrées locales dans un périmètre à définir rapidement sans attendre le recueil, plus lent, des résultats de mesure, comme le préconise le Comité directeur français du post-accidentel (CODIR-PA ; groupe de travail national pour la définition d’une doctrine de gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire pour le cas où il surviendrait en France). AMÉLIORATION DES MODÈLES PRÉDICTIFS Le volume de données mis à disposition des scientifiques du monde entier par le MHLW a été très important  : les résultats des analyses d’iode 131 et de césiums 134 et 137 réalisées sur 742 000 échantillons de denrées alimentaires de toutes Carte des dépôts rémanents en mars 2013 avec localisation des localités  : Kawamata et Iitate notamment (carte issue du site « Extension Site of Distribution Map of Radiation Dose, etc.,/Digital Japan ») PUBLICATIONS Renaud P.et al. « Foodstuff contamination in Japan after the Fukushima accident and related dose assessments ; Part 1 Foodstuff contamination. » Radioprotection 48(4). 493-509. 2013.français. Renaud P.et al. « Foodstuff contamination in Japan after the Fukushima accident and related dose assessments ; Part 2 Ingestion dose during the first year. » Radioprotection 49(1) 17-22 (2014). 9 En savoir plus sur l’accident de Fukushima Aktis n°17 - juillet septembre 2014 7



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