Air Tahiti Magazine n°103 jui/aoû/sep 2019
Air Tahiti Magazine n°103 jui/aoû/sep 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°103 de jui/aoû/sep 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Tahiti Communication

  • Format : (197 x 260) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 41,3 Mo

  • Dans ce numéro : Manihi, l'île bleue.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dans les temps pré-européens et notamment aux Australes, les familles des chefs enterraient le placenta sur le marae familial sans doute similaire à ce marae de Rurutu. In pre-European times, notably in the Australs, the families of chiefs buried the placeNTA on the family marae, similar to this marae in Rurutu. 56 Bruno Saura note qu’il existait autrefois une différence de traitement du placenta selon le sexe de l’enfant, en fonction des activités masculines et féminines des adultes. Ceci, en relation avec des tâches (agriculture, pêche…) qui étaient sexuées et qui pouvaient être différentes selon les régions du Pacifique où cette pratique a été identifiée. Formé de matière nourricière et de sang, le pūfenua était traditionnellement rattaché à l’univers féminin, potentiellement porteur, aussi, de souillure et de corruption. Un paradoxe, alors qu’il est étroitement attaché à la symbolique de la vie, de la croissance et de la fructification. Mais il fait l’objet de traitements très similaires à ceux appliqués aux cadavres… remarque encore cet anthropologue. Une réappropriation contemporaine Cette dernière association n’est cependant plus intériorisée de nos jours, les Tahitiens d’aujourd’hui gardant plutôt à l’esprit la dimension positive, nourricière et identitaire du placenta. Une réaction identitaire s’est en effet manifestée, à partir des années 1970, face aux outrages qu’a fait subir à la Terre-mère, à Tahiti particulièrement, une croissance urbaine accélérée. Ces outrages ont été ressentis de manière plus intense encore lors des essais nucléaires, atmosphériques puis souterrains (193 en tout), réalisés par la France à Moruroa et Fangataufa (Tuamotu) de 1966 à 1996. On peut penser que la perpétuation de cette coutume s’inscrit ainsi dans une perspective d’autochtonie élargie qui permet un ancrage identitaire pour une partie de la population perturbée par la mondialisation dans laquelle est engagée la société polynésienne métissée d’aujourd’hui. L’Église évangélique de Polynésie Française (aujourd’hui Église protestante mā’ohi), qui a régulièrement dénoncé ces essais durant les années 1980, s’est particulièrement intéressée au concept de « Te fenua » (la terre), et certains des textes théologico-philosophiques et politiques de l’un de ses principaux intellectuels de l’époque, Duro Raapoto, traitent du placenta dans une mise en perspective avec la notion biblique du premier Homme, Adam. Celui-ci, en effet, a été façonné par Dieu à partir de glaise. Ce qui confirmerait la notion polynésienne d’identité entre l’homme mā’ohi et sa terre. « Les Polynésiens, dans leurs mythes fondateurs, commente encore Bruno Saura, évoquent parfois la terre comme un ventre, comme une femme, comme une mère, indépendamment du renforcement et de la modification de ces images du fait d’emprunts ultérieurs aux textes bibliques ». Les écrits de Duro Raapoto seraient ainsi porteurs d’une théorie spirituelle et ethnique syncrétique de deuxième naissance dans laquelle le placenta tient un rôleclé, son enterrement devenant un acte religieux, nécessaire non seulement à l’enfant mais aussi à la terre. Claude Jacques-Bourgeat 1 Enterrer le placenta ; l’évolution d’un rite de naissance en Polynésie française (1997, 2005) 2 Ottino, Paul. Rangiroa. Parenté étendue, résidence et terres dans un atoll polynésien. Paris  : Cujas, 1972 3 Formée de trois générations d’individus partageant souvent la même enceinte résidentielle 4 Pascale Bonnemère, ethnologue CNRS, Le traitement du placenta en Océanie, des sens différents pour une même pratique. Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie, Marseille Benthouard.com
This, in connection with gender-dependent tasks (farming, fishing…), that vary according to the region of the Pacific where the practice occurred. Formedfrom nourishing matter and blood, the pūfenua was traditionally associated with the feminine universe, prospectively fruitful, but also, tainted and corrupted. A paradox, when it is tightly linked to a symbol of life, growth and fruition. It was treated in a similar way to dead bodies… this anthropologist notes once more. A contemporary re-appropriation The latter morbid connection is no longer maintained these days, today Tahitians generally focus on the positive, nourishing, identity-related aspects of the placenta. The identity aspect started to develop in/around from the 1970s, a reaction to the rapid urban development, most particularly in Tahiti, the ravaging of the Earth-mother. This outrage was felt all the more strongly in the context of nuclear weapons testing by the French, with both above and below ground explosions (193 in total), carried out on the atolls of Moruroa and Fangataufa (Tuamotu), between 1966 and 1996. You can imagine then that the perpetuation culture of this custom is therefore part of a general indigenous movement that provides cultural bearings for a part of the population disturbed by the effects of globalization on the now culturally mixed Polynesian society. French Polynesia’s Evangelical Church (today called the mā’ohi Protestant Church), that continuously denounced the nuclear testing in the 1980s, is particularly interested in the idea of « Te fenua » (earth/land), and certain theologico-philosophical and political writings by one of its main intellectuals from that time, Duro Raapoto, treated the placenta in the context of the biblical notion of the first Man, Adam ; that God in fact made out of clay. An idea that reinforced the Polynesian notion of identity between the mā’ohi people and their land. « Polynesians, in their creation myths, » Bruno Saura comments once again, « sometimes evokes the land as a stomach or womb, like a woman, like a mother, independently of the reinforcement and modification that these images undergo under the influence of biblical texts ». The writings of Duro Raapoto thus contain a syncretic spiritual and ethnic theory of rebirth, in which the placenta plays a key role, its burial becoming a religious rite, necessary for the child, but also for the land. Claude Jacques-Bourgeat 1 Enterrer le placenta ; l’évolution d’un rite de naissance en Polynésie française (Burying the placenta ; the evolution of a birth right in French Polynesia, 1997, 2005) 2 Ottino, Paul. Rangiroa. Parenté étendue, résidence et terres dans un atoll polynésien (Rangiroa. Broader parentage, residency and lands on a Polynesian atoll). Paris  : Cujas, 1972 3 Formedby three generations of individuals often sharing the same residential site 4 Pascale Bonnemère, CNRS ethnologist, Le traitement du placenta en Océanie, des sens différents pour une même pratique (The treatment of the placenta in Oceania, the same practice with different meanings). Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie (Center of Oceanian Research and Documentation), Marseille La christianisation maintenant très importante de la société polynésienne n’a pas fait disparaître cette pratique héritée des temps anciens./The arrival of Christianity, still of great importance to Polynesian society today, has not cause this ancient tradition to disappear. Tahiti Tourisme 57



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