Air Tahiti Magazine n°103 jui/aoû/sep 2019
Air Tahiti Magazine n°103 jui/aoû/sep 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°103 de jui/aoû/sep 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Tahiti Communication

  • Format : (197 x 260) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 41,3 Mo

  • Dans ce numéro : Manihi, l'île bleue.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dans le lit d’un ruisseau, pierre dit « d'accouchement » utilisée dans la société polynésienne pré-européenne. (Site du pari, presqu'île de Tahiti)/A stone said to be used for « birthing » by the pre-European Polynesian society, in a stream bed. (pAri site, Tahiti-iti) 52 Malgré l’occidentalisation croissante des modes de vies dans nos îles et certains choix récents en matière de politiques de santé, on constate la persistance d’une pratique ancestrALe liée à la période post-naissance. Il s’agit de l’enterrement du placenta du nouveau-né sur un terrain familiAL. Éclairage sur cet acte symboliquement et sociALement très fort. Aujourd’hui, la pratique de l’enterrement du placenta après une naissance n’a sans doute plus tout à fait les mêmes significations qu’avait autrefois ce geste coutumier. En cause, une période d’acculturation de plus de deux cents ans, notamment du fait de l’adoption de religions chrétiennes par la plupart des Polynésiens. L’évolution des mœurs perpétue néanmoins cette tradition, mais d’une manière plus libre et moins ritualisée. Des études effectuées par l’anthropologue Bruno Saura 1 montrent que « les Tahitiens d’aujourd’hui, dans leur grande majorité, continuent d’enterrer le placenta dans la cour de leur maison ou dans leur jardin, plaçant un arbuste sur ou à proximité immédiate de celui-ci ». Pour ce chercheur, ce geste révèle « un lien structurel entre la naissance, le placenta, et la terre » qui n’a pas été altéré par des décennies de modernisation et dont on verra plus loin qu’il peut prendre des formes nouvelles d’expression. Ce lien est affirmé d’ailleurs par l’étymologie du terme qui désigne le placenta en tahitien  : pūfenua, qui signifie « centre/noyau (de) terre ». « Comme si ce « noyau de terre », cœur nourricier de l’enfant était, par définition, une parcelle de terre, appelée à intégrer ou à « réintégrer » la terre », précise ce maître de conférences de civilisation polynésienne à l’Université de la Polynésie française. Cette parenté étroite est aussi relevée par un autre scientifique, l’ethnologue Paul Ottino 2, qui soutenait déjà FiR TRI-liTi Photos  : P.Bacchet dans les années 1970 que dans les îles polynésiennes, « les terres (sont) comme la descendance, l’un des éléments de la parenté. En fait, la parenté considérée en soi sans référence à des terres et à des propriétés précises n’a guère de sens ». Saura remarque par ailleurs qu’une unité familiale élargie 3 se dit, à Tahiti,’ōpū (ventre), terme systématiquement employé aujourd’hui pour exprimer l’idée de « branche familiale » ou de « souche » dans les partages de terres. L’enfant sorti du ventre (’ōpū) de sa mère appartient donc aussitôt à un autre ventre (’ōpū fēti’i  : groupe de parenté). Dans un tel contexte linguistique et culturel, l’enterrement de ce « noyau de terre » (pūfenua) qu’est le placenta révèle l’importance signifiante qu’on lui accorde encore, même si de nos jours la quasi totalité des accouchements ont lieu en établissement hospitalier. Le non-accomplissement de ce geste pourrait même, pour certains, ne pas être sans conséquences pour l’enfant. Saura, suite à son enquête statistique remarque qu’à Tahiti, « en milieu urbain et polynésien, une femme sur deux emporte le placenta de son enfant. Ce chiffre serait plus élevé si des problèmes de transport n’affectaient pas les mères originaires d’îles éloignées (…). En milieu plus rural, dans la presqu’île de Tahiti et à Moorea où les femmes qui accouchent résident pour la plupart à proximité de la maternité, la proportion de placenta emporté dépasse 90% ».
Despite the continuing Westernization of lifestyles in our islands and certain recent influences in terms of health policies, ancestral practices linked to the post-natal period still persist today. They center around the burial of the newborn baby’s placenta on family land. This extremely powerful social and symbolic gesture is investigated. Today, the practice of burying a child’s placenta after it has been born probably no longer bears the same symbolic meaning that this customary act had in the past ; due to more than two hundred years of acculturation, and most notably influenced by the adoption of Christian beliefs by most Polynesians. Despite changing values, this tradition continues, but in a less ritualized and more liberal form. Studies by the anthropologist Bruno Saura 1 show that « a great majority of Tahitians today continue to bury the placenta in the garden or yard of their home, planting a tree on or near it ». For this researcher the act demonstrates « a structural link between, birth, the placenta and the land » which has remained unbroken over decades of modernization and looks likely to continue to evolve into new forms of expression. The link is explicitly found in the etymology of the word designating the placenta in the Tahitian language, pūfenua, which literally means « earth core/hub ». « As if this « earth core », the core that nourished the unborn child, by definition, a piece of earth, needs to be placed or « replaced » in the ground », says this university lecturer, who teaches Polynesian civilization at the University of French Polynesia. This important connection also interested another scientist, the ethnologist Paul Ottino 2, culture who back in the 1970s maintained that in the Polynesian islands « the land is like a pedigree, an element of parentage. If the lineage is considered without reference to specific land and property it makes little sense ». Saura remarks that among other things the broader family unit 3 called’ōpū (stomach) in Tahiti, is today a termsystematically used to refer to a « branch of the family » or « lineage » when dividing land. The child come forth from the mother’s stomach (’ōpū) also belongs to this other « stomach » (’ōpū fēti’i  : parental group). In this specific linguistic and cultural context, burying the « earth core » (pūfenua), represented by the placenta, is a demonstration of the continuing importance held by this concept, even when the vast majority of births occur in a hospital environment today. Some even believethat the failure to complete this ritual act could have consequences for the child. Saura, after carrying out a statistical enquiry, notes that in Tahiti, « an urban and Polynesian environment, one woman in two recovers her child’s placenta. The number would be higher if transport issues didn’t complicate the process for mothers from outer islands (…). In more rural areas, on Tahiti iti and Moorea, where the birthing mothers mostly live close to the maternity ward, the proportion of placentas recovered exceeds 90% ». Le placenta était souvent enterré sous un banian, arbre qui avait une grande importance culturelle dans la société traditionnelle./The placenta was often buried under a banyan, a tree that had great cultural significance to the traditional society. AiR TI=IHiTi 53



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