Air le Mag n°107 mars 2020
Air le Mag n°107 mars 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°107 de mars 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Textuel La Mine

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 10,6 Mo

  • Dans ce numéro : TT Isle of Man, ride on the edge 2.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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FAUT QU’ON EN PARLE C’était il y a un an à peine. Le 15 avril 2019, vers 18 heures, un feu se déclarait dans la charpente de Notre-Dame. En quelques heures, les fl ammes ont ravagé l’intégralité de sa toiture et conduit à l’effondrement de sa flèche. Une catastrophe qui aurait pu être bien pire. Car l’intervention acharnée, jusqu’au lever du jour, des pompiers a permis de sauver la partie principale de l’édifice. Un « courage », un « professionnalisme » et une « détermination » salués sur les réseaux sociaux par des milliers de personnes, dont Emmanuel Macron. En quelques jours, les 500 soldats du feu parisiens rejoignaient le panthéon des « nouveaux héros » – ces « demi-dieux » tels que les désignaient les Grecs de l’époque antique –, parmi lesquels se retrouvaient déjà Mamoudou Gassama, un jeune Malien de 21 ans, qui a sauvé un enfant de quatre ans, suspendu au balcon du quatrième étage d’un immeuble parisien, en en escaladant la façade au péril de sa vie, en mai 2018 ; ou encore le lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Beltrame, tué par le terroriste Radoune Lakdim après s’être substitué à une caissière prise en otage dans un supermarché à Trèbes, dans l’Aude, en avril 2018. Et comment ne pas évoquer tous les militants de la société civile – l’écologiste suédoise Greta Thunberg, la militante pakistanaise pour les droits de la femme, Malala Yousafzai – et tous les surhommes des temps modernes  : l’astronaute Thomas Pesquet, Franky Zapata qui a traversé la Manche propulsé sur son Flyboard, les génies du foot 48 48 FAUT QU’ON Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar, Kylian Mbappé… ? La figure du héros a beau être née dans l’Antiquité grecque, elle est aujourd’hui encore bien vivace. DES MODÈLES POUR SE CONSTRUIRE Comment expliquer un tel besoin ? La raison est à aller chercher du côté de la petite enfance, indique le psychiatre Boris Cyrulnik qui a consacré un livre au sujet*. Tit Lorsqu’on est jeunes – donc vulnérables –, les héros nous sécurisent, grâce à leur bravoure. Ils nous donnent aussi envie de nous identifier, grâce à leur vie souvent aussi banale que la nôtre, leurs faiblesses, leurs petits défauts. Enfin, ils nous donnent envie de sortir de notre zone de confort et de nous dépasser, grâce à leurs actes extraordinaires. Tout cela en restant irréprochables moralement. En ce sens, ils représentent un idéal à atteindre et aident l’enfant à grandir et à construire. D’où le succès des héros de fiction  : Tarzan, Zorro, James Bond, Luke Skywalker, Harry Potter, Katniss Everdeen… auxquels il faut évidemment ajouter les cliques de super-héros Marvel et DC Comics  : Superman, Batman, Spider-Man, Wonder Woman, Thor, Hulk, Captain America, Black Panther, etc. Ordinaires à la ville (Bruce Wayne, alias Batman, est un homme sombre et torturé ; Clark Kent, ou Superman, est timide et maladroit ; l’homme-araignée, Peter Parker, manque de « La figure de héros est aujourd’hui encore bien vivace ! » Mars 2020
re Noun Project Picto ; DR EN PARLE confiance en lui), ils deviennent, dès qu’ils enfilent leur costume de super-héros, capables de surmonter n’importe quel obstacle et de sauver quiconque se trouve en danger. C’est rassurant. Y compris pour l’adulte. DU HÉROS À L’ANTIHÉROS Mais de cette figure du héros « comme tout le monde », à celle de l’antihéros médiocre, sans qualités, voire carrément méchant, il n’y a qu’un pas. Et nombreux sont les auteurs de fictions à le franchir… pour notre plus grand plaisir. Il suffit de voir le succès de séries comme Breaking Bad, Dexter, House of Cards, ou encore du film Jocker. Ici, point de « demi-dieu » ou de « personnalité se distinguant par son courage », mais un père de famille ordinaire tombé dans le business de la drogue, un tueur en série, un politicien véreux et un clown méprisé de tous, qui sombre dans la folie jusqu’à devenir un dangereux tueur psychotique. Des sales types, des vrais, mais avec des vies bien plus trépidantes que celles de Clark Kent. Et des personnalités plus complexes. Ils ont une histoire, des passions, des faiblesses… Bref, ils sont comme nous, mais en pire, puisqu’ils sont capables d’accomplir des actes que nous n’oserions (heureusement !) jamais réaliser. Et c’est pour cela qu’on les aime. Car, en nous permettant de nous identifier tout en commettant des actes répréhensibles, les antihéros nous font purger nos démons, selon le principe de la catharsis chère à Aristote. Une bonne manière de nous sentir mieux et de rester vertueux dans la « vraie vie ». Pour mieux adopter un comportement héroïque ? * Ivres paradis, bonheurs héroïques, Odile Jacob, 2016. 49 Qui sait ? Peut-être croisez-vous, chaque jour, sans le savoir, un héros ordinaire dans les transports en commun. 49 POURQUOI CERTAINS SONT-ILS PLUS HÉROÏQUES QUE LES AUTRES ? Cette question hante Abigail Marsch, professeure de psychologie à l’université de Georgetown aux États-Unis, depuis qu’un inconnu l’a sauvée d’une mort assurée en traversant une autoroute pour l’aider à redémarrer sa voiture accidentée. Pour y répondre, la psychologue a observé le cerveau de personnes ayant donné un rein à de parfaits inconnus. Un acte d’héroïsme extrême selon elle, puisque ce geste ne donne lieu à aucune reconnaissance. Ce qu’elle a observé ? Une amygdale de l’hémisphère droit 8% plus développée que la moyenne. « Cette partie du cerveau est ÇA LUI POSE QUESTION impliquée dans les émotions, dont la détection de la peur. C’est elle qui nous rend plus ou moins compatissants », explique-t-elle dans une conférence TED. Conclusion  : les personnes les plus enclines à accomplir des actes héroïques seraient plus sensibles à la détresse des autres. Mais la professeure ne s’est pas arrêtée là  : en interrogeant les donneurs, elle s’est aussi rendu compte que ceux-ci faisaient preuve d’une incroyable humilité. C’est, selon elle, la combinaison de ces deux qualités – la compassion et l’humilité – qui ferait d’une personne un héros. « J’ai remarqué que la notion de « héros » n’était pas la même aux État-Unis que chez nous. Là-bas, on envisage qu’une personne tuée lors d’un attentat est morte héroïquement, même si elle n’a pas fait acte de bravoure. En France, on parle de victime. Je me demande d’où vient cette différence d’appréciation… » Gabriel



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