Aïki Mag n°9 déc 04 à mai 2005
Aïki Mag n°9 déc 04 à mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de déc 04 à mai 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 878 Ko

  • Dans ce numéro : Sylvia Noll, une énergie à toutes épreuves.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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point de vue Le principe d'unification de l'esprit et du corps QUI SUIS-JE POUR DEFI- NIR LE « KI » ? Cette question d’un ancien élève de O Sensei Ueshiba, lors d’un stage, est la cause d’une réflexion personnel sur la nécessité ou non de définir l’Aïkido. Qu’est ce que définir ? Cataloguer, fixer pour l’éternité ? Est-ce bien raisonnable de définir l’Aïkido un art martial de l’époque des samouraï qui, en un siècle, est passé d’un art de la guerre à un art de paix ? … Mais essayons quand même. Traduire ce mot d’origine japonaise choisi par O Sensei pour baptiser son art ? Pourquoi pas ? Aï : union ou harmonie, Ki : energie, Do : chemin ou voie. « Le chemin de l’union des energies ». Imaginons que la traduction soit, disons… correcte. Encore faut-il en expliquer les termes. Chemin ou voie : en général un sentier tortueux bourré d’ornières, de certitudes et de doutes. D’ailleurs le mot chemin me gêne, il suppose un début et une fin, plutôt un cheminement vers… Union : fusion, symbiose mais aussi camaraderie, amitié, entente… harmonie. Remplacer parfois, il faut le dire par : indifférence, mésentente, antagonisme sans parler des cas plutôt rares de superbe, arrogance et autre fierté mal placée. Energie : Les choses se compliquent. L’union physique, disons mécanique, entre tori et uke n’est déjà pas facile… Alors comment unir quelque chose qui ne se voit pas ? Expliquer ? on peut essayer. 6 Le mystère du Ki n’a de cesse de suciter bien des intérrogations chez les aïkidoka et même plus largement dans l’univers de toute pratique martiale. Comment l’expliquer, comment le définir, quelle est son origine etc. ? Olivier Rousselon nous livre sa reflexion sur cette mystèrieuse énergie à l’origine de l’Aïki. À première vue, cette traduction depuis le tatami, « le chemin de l’union des énergies », ne représente qu’un instant infime puisque très vite tori capte l’énergie d’uke pour la retourner contre lui. Expliquer c’est détailler pour aider à comprendre, c’est donner un sens. C’est aussi développer dans le détail une technique en la décomposant et revenir si besoin est à la source, notamment au maniement des armes. Expliquer l’Aïkido c’est montrer l’exemple avec enthousiasme pour effectuer des milliers de chutes, des heures d’entraînement et stages en tout genre. C’est une progression permanente, une école d’humilité, un art martial de défense et d’intégration, une quête de bien être, d’équilibre, une envie d’échanger de partager, de vivre en harmonie… d’être à l’écoute. Il y a le Ki de l’instant, c’est-àdire la captation, l’union, et ce que j’appellerai « l’aïki attitude », c’est à dire généraliser cet instant d’union à un comportement global positif en harmonie avec tout ce qui nous entoure… L’aïki deviendrait alors beaucoup plus qu’un cheminement, une voie, une option de vie, spirituelle, voir métaphysique… une aventure humaine en dehors des sentiers battus, alors, de là à le définir. Mais soyons aussi honnêtes. Pendant combien d’années de pratique plus ou moins assidues, l’Aïkido n’a-t-il été, pour la majeure partie d’entre nous qu’un sport de combat, qu’une manière de mettre en relief notre ego ? Pendant combien d’années le muscle a-t-il primé sur l’énergie ? Sans doute la définition qui suit correspondait à cette époque… Définir ? Pour quoi faire ? Franchement si c’est pour ratifier la définition du Petit Robert Aïkido : « Art martial japonais, sport de combat à mains nues utilisant principalement les clés aux articulations », très peu pour moi. Voilà une définition approximative qui peut servir pour tous les arts martiaux d’origine nippone. Un délégué de l’Aïkikaï pour un pays européen se questionnait pendant un stage sur le besoin et la nécessité de définir le « Ki ». Pourquoi enfermer le « Ki » dans le dogmatisme des mots ? Laissons le vivre pleinement, s’épanouir… Chercher à le localiser ou à le définir c’est l’enfermer dans le carcan sectaire d’un recueil de mot, coincé entre aiguiser et ail... Le définir, c’est penser qu’il n’y a qu’une seule vérité. Qui peu, mieux que le fondateur O’sensei, définir le « Ki ». L’a-t-il fait ? Je ne sais pas… Mais, en tout cas il a montré l’exemple, ce qui est beaucoup plus subtil. Pour nous pratiquants, refuser de le définir c’est déjà percevoir ce qu’est le vrai Aïkido, puisque c’est éviter une source de conflit avec ceux qui pensent différemment… Comment alors définir ce qui est imperceptible ? D’ailleurs le Ki ne s’apprend pas, pas plus qu’il ne s’achète… Une dure soirée m’attend, mettez-moi un kilo de Ki ! … Il ne se transmet pas non plus génétiquement ni verbalement, il fait simplement partie de la nature humaine. Il faut donc le découvrir, ou plutôt le ressentir. Mais on ne part pas à la recherche de son ki comme on part à la
recherche du dernier spécimen d’une espèce en voie de disparition pour le fixer une fois pour toute sur la pellicule de notre savoir. Cela serait beaucoup trop simple. Ce n’est pas la quête du Saint-Graal, mais presque. D’ailleurs nous appartient-il vraiment ? Ne faut-il pas, pour le deviner, être en communion avec autrui, la nature ou l’univers ? Pourquoi ne serait-il pas tapi au fond de moi en attendant le déclic qui l’activera. Quand ? Vaste question. Sans doute au moment où on s’y attend le moins, après des années de pratique, dans un moment de relâchement total du corps et de l’esprit. Le définir c’est le privé de la liberté de grandir, de s’ébruiter, de se contagier peut être… C’est en même temps de la part du maître qui fut élève pendant plusieurs années d’O’sensei un témoignage d’humilité, de sagesse, et de maturité. Qu’importe la localisation ou la définition qu’en on observe dans l’action cette captation et union totale entre tori et uke. Reconnaître ses doutes n’est-ce pas un premier pas vers la connaissance ? L’union des énergies n’est pas quelque chose de nouveau en soit. Des hommes et des peuples entiers ont mobilisé leurs énergies à certaines époques, que ce soit le Stakhanovisme russe ou les Grands Travaux aux USA, ou, malheureusement certaines grandes guerres. Mais personne n’a utilisé un art martial de combat pour en faire un art de la paix universelle comme O’sensei. Morihei Ushiba lors d’une démonstration du principe de l’aïki. La recherche de l’Harmonie Car le principe de l’union des énergies AÏKI, peut s’utiliser dans des quantités de circonstances, en dehors du tatami. Ce dernier ne sert qu’à amortir les chutes. Ce n’est pas un mini territoire avec ces frontières bien marquées, reservé à quelques initiés qui viendraient confronter la puissance de leur Ki, puis qui rentreraient chez eux satisfaits. Pour moi le territoire de l’Aïkido, c’est celui que nous cotoyons tous les jours, c’est la recherche de l’harmonie, plus quelques heures d’entraînement aux techniques de bases pour aller plus loin dans la voie. Ma dernière réunion de formation à la vente s’intitulait AÏKI. Surprise de l’assistance ! Le marketing relationnel est devenu de plus en plus important pour se démarquer de la concurrence et consiste à créer l’harmonie. En bref, l’harmonie avec soi même, puis avec ses collègues pour qu’il y ait une cohésion de groupe. Harmonie entre le personnel et la direction, être à l’écoute. L’harmonie entre le personnel et le lieu de travail. Bien évidemment l’AÏKI, l’harmonie, avec la clientèle et tout ce que cela suppose, savoir gérer les conflits par exemple. En fait dans l’Aïkido, comme dans cette formation, on fait l’union avec l’autre… pas au détriment de l’autre. Réussir provoque une profonde satisfaction et une grande sérénité. Si on extrapole aux relations normales de chacun, cette recherche d’harmonie est finalement universelle… Qui suis-je moi pour définir ce qu’est l’Aïki ? Ne vaut-il pas mieux comprendre ce qui caractérise et distingue l’Aïkido des autres disciplines d’arts martiaux ? Aucun des arts traditionnels, ni modernes d’ailleurs, comme le Judo ou le Karaté, qui furent sans doute des sources d’inspiration pour l’Aïkido, n’utilisent le principe aïki –harmoniser, unifier les « Ki » (énergie mentale et physique)-. Kimusubi, c'est-à-dire l’instant précis pendant lequel, au lieu de s’opposer à l’adversaire, on va s’unir à son mouvement. J’aurais tendance à expliquer que c’est une détermination inébranlable d’un être vivant, en l’occurrence une personne humaine, vers un objectif. Lors de cette décision tous les sens sont en éveil, le corps doit être relâché pour que le Ki puisse couler. L’être entier participe. Pour unir son Ki avec celui d’uke, tori doit ressentir une volonté totale, alors là il peut y avoir osmose, captation de l’énergie du partenaire. Sans lutte ni contrainte. Il faut être à l’écoute, s’adapter et suivre, s’oublier soi même pour laisser la place au nouveau centre que constitue l’union des énergies, l’axe dynamique. « …Pour unir son Ki avec celui d’uke, tori doit ressentir une volonté totale, alors là il peut y avoir osmose, captation de l’énergie du partenaire. Sans lutte ni contrainte. Il faut être à l’écoute, s’adapter et suivre… » Attention ! Il n’y a rien ici de surréaliste. Il ne s’agit pas non plus d’un ballet et encore moins d’un romantisme rêveur et idéaliste. L’aïki qui se mérite et nous fascine nécessite un entraînement rigoureux. Mais est-il l’apanage des seuls aïkidokas ? Je ne crois pas. Peut-on y arriver en pratiquant d’autres activités ou en empruntant des chemins détournés ? Pourquoi pas, on peut toujours en débattre… une autre fois. Dans le mot définir il y a le mot finir et le mot fin, or l’aïki n’est pour moi que le début… De quoi ? Vaste programme… Olivier Rousselon 7



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