Aïki Mag n°9 déc 04 à mai 2005
Aïki Mag n°9 déc 04 à mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de déc 04 à mai 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 878 Ko

  • Dans ce numéro : Sylvia Noll, une énergie à toutes épreuves.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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aïkido L’ÉTAPE SUPÉRIEURE Le brevet d'Etat d'éducateur sportif du deuxième degré, option aïkido, confère à son titulaire la qualification professionnelle nécessaire au perfectionnement technique et à la formation des cadres, dans la spécialité choisie à l'examen, ainsi qu'une qualification approfondie en gestion et promotion des activités physiques et sportives. Deux sujets étaient proposés à l’épreuve écrite du Brevet d’État spécifique Aïkido 2 e degré pour la session novembre 2004. Voici la réponse d’Éric Bizot candidat au premier sujet à l’écrit de cet examen : Comment concilier rigueur technique et liberté de création en Aïkido ? Un art martial est une discipline, au double sens de ce qui recouvre un certain champs de connaissances et de pratiques et de ce qui impose au pratiquant attention, ascèse, rigueur. L’Aïkido est une discipline martiale vivante, qui se nourrit à des principes, évolue et s’adapte comme tout ce qui vit. La tension entre rigueur technique et liberté de création est donc bien inhérente à l’essence de l’Aïkido, sans rigueur technique la discipline se dissout et n’est plus que l’ombre d’elle-même, sans liberté elle 10 s’assoupit et se fige en un simulacre répétitif. Nous tenterons de montrer comment peut se comprendre et se gérer cette tension à deux niveaux : dans la pratique individuelle proprement dite et dans l’appréhension que peut avoir un jury de la prestation d’un candidat à un grade dan. Dans une culture de l’ego comme la nôtre, la pratique de l’Aïkido impose dans un premier temps à l’individu une humilité de facto. Confronté à l’apprentissage des bases, à la mémorisation et la réalisation des techniques, le débutant éprouve les commencements sous le signe de la rigueur d’un enseignement qui ne laisse pas toujours beaucoup de place à la perception globale des mouvements et des formes. Mais quelques années plus tard se fait jour le désir, très, trop tôt venu, de pratiquer « son » Aïkido au motif de ce que sa morphologie, l’aura personnelle de tel expert, voire telle lecture déterminent des préférences qui ne sont souvent que des biais pour esquiver telle ou telle difficulté. Même si on peut et doit le regretter l’isolement de certains enseignants favorise une « créativité » qu’un peu de confrontation et de partage remettrait facilement en question. Il est clair que la liberté n’est pas l’errements et que faire vivre l’Aïkido n’est pas le renier. D’ailleurs, le mot « création » ne doit pas nous tromper : il n’y a pas de création ex nihilo, surtout pas en Aïkido et il faut entendre par « création » la marque de l’individualité dans un cheminement normé par la tradition et l’expérience. Mais il est tout aussi certain que la rigueur ne réside pas dans la répétition impeccable d’une norme technique intangible : la rigueur technique ne doit pas faire oublier que la technique n’est qu’un moyen vers la compréhension de principes. On donnera donc une définition intériorisée de la rigueur technique comme honnêteté de la pratique en égard au niveau de compréhension qu’on en a. La rigueur technique du Shodan n’est pas celle du Yondan parce que de l’une à l’autre doit s’opérer la transition progressive de la maîtrise formelle des techniques au début de compréhension des principes qui régissent l’Aïkido. Au risque d’étonner nous situerons du coté de vertus morales la possibilité d’une conciliation entre le pôle de la rigueur et celui de la créativité.
Entre stéréotypie et mégalomanie il faut que le pratiquant prenne conscience que tout art martial est une simulation (il comporte des règles, une codification) que vient souvent délimiter de l’extérieur l’épreuve de la compétition. L’Aïkido ne comportant pas de compétition, c’est à une norme intérieure que doit se référer le pratiquant. Si l’Aïkido est compréhension et réalisation de l’harmonie avec l’autre et avec le monde alors sa vertu première est l’humilité. Il ne saurait donc jamais y avoir de la part du pratiquant une volonté de création marque d’une revendication de l’ego contraire aux principes. L’individu sans cesse apprend et approfondit sa connaissance par la remise en cause d’un niveau de pratique au profit d’une pratique supérieure. Les bases ne sont jamais définitivement acquises mais incessamment reprises et éprouvées. Irimi et Atemi sont ce par quoi le pratiquant sans cesse se crée luimême dans l’exercice d’une discipline qu’il fait vivre et qui le dépasse. Ces considérations sur la pratique individuelle en général ont un retentissement sur la considération qu’un jury, par essence normatif et gardien de la rigueur technique, peut avoir pour ce que le candidat, et plus sûrement son professeur, peut considérer comme relevant de la liberté de création. Tel geste, telle technique sont-ils aberrants ou spécifiques ? Il ne nous appartient bien sûr pas de trancher dans l’absolu sur ce qui serait acceptable ou ne le serait pas mais nous nous permettrons toutefois les remarques suivantes : Le candidat, par sa prestation, se crée lui-même comme pratiquant ; il montre ce qu’il est, ce qu’il a compris. Il va de soi que cette compréhension ne peut être dans un premier temps que formelle mais cela toutefois a une importance pour le jugement que le jury doit porter sur lui : le candidat doit être évalué positivement à l’aune de ce qu’il fait et pas exclusivement au regard de ce qu’il aurait dû faire. Cette positivité du jugement, même si celui-ci doit se traduire par un refus, est le pendant de l’idée que la rigueur technique est le moyen d’une construction. On assistera ainsi, au fur et à mesure de l’élévation des grades, à un transfert progressif dans la prépondérance des critères d’évaluation. Si la connaissance formelle et la construction des techniques apparaissent fondamentales pour un Shodan, sans bien sûr que le principe d’intégrité soit totalement négligé, ce dernier, avec la marge d’initiative qu’il autorise dans la réalisation des techniques, prendra progressivement le pas. On passera ainsi progressivement de la grammaire à la littérature, de la répétition d’une forme extérieure à l’intégration progressive des principes. En fait, quelque soit l’angle sous lequel on prenne le problème de la conciliation entre rigueur technique et liberté de création, on s’aperçoit qu’il faut laisser du temps au temps, à la condition de l’honnêteté et de l’humilité. Le pratiquant a d’abord la lourde tâche de se construire en se remettant sans cesse en question. S’il devient « créateur » au sens d’une évolution de la discipline elle-même, ce ne peut être que par une volonté d’approfondissement et non d’innovation. À ce stade, pour autant qu’il l’atteigne un jour, et bien peu peuvent y prétendre, il pourra montrer que c’est sa liberté qui manifeste sa rigueur. Eric Bizot 4° dan, professeur de philosophie. « Il est clair que la liberté n’est pas l’errement et que faire vivre l’Aïkido n’est pas le renier. D’ailleurs, le mot « création » ne doit pas nous tromper : il n’y a pas de création ex nihilo, surtout pas en Aïkido et il faut entendre par « création » la marque de l’individualité dans un cheminement normé par la tradition et l’expérience. » Les candidats de la FFAAA aux diplômes du BE1 et BE2 sous leur forme « examens » ou « VAE » (Validation des Acquis de l’Expérience) sont invités à suivre les 2 stages nationaux de formation des cadres organisés et financés par la fédération : Du 12 au 16 mai à Narbonne animé par Gilles Rettel, Gilbert Maillot et Paul Muller. Du 22 au 26 août à Dinard animé par Franck, Noël, Bernard Palmier 11



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