Aïki Mag n°8 juin à nov 2004
Aïki Mag n°8 juin à nov 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de juin à nov 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Philippe Bersani, une passion pour le ken jutsu

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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aïkido S’il est vrai que la fluidité dans la pratique de l’Aïkido, ça a un sens, il fallait être bayonnais, originaire du pays des spots de surf pour imaginer que le fluide marin puisse devenir un lieu pour pratiquer l’Aïkido. Et pourtant, à bien y regarder, ce n’est pas si absurde qu’il y paraît… Quand aïkido rime avec aïkid’eau (surf)… 4 Pratiquant l’aïkido et le surf depuis plus de vingt cinq ans, je me suis rendu compte que les deux disciplines possédaient des similitudes étonnantes que je voudrais développer ici brièvement. La première, en signe de clin d’œil… la chute. Sur le tatami ou dans l’eau, c’est la hantise du débutant. Combien de temps pour les apprivoiser et finir par en jouir ? La progression, lente et difficile dans les deux cas, avec un partenaire qui change souvent d’humeur. La solitude dans l’action. La convivialité, certes toujours bienvenue pour remonter le moral et rêver à des horizons lointains. Tiens ! l’équipement est différent, mais chacun a ses armes… Un plaisir éphémère comme la durée d’une vague ou d’un mouvement. Le mutisme. Dans les deux situations le pratiquant est muet. Je n’ai jamais vu un surfeur discuter en descendant une vague... Par contre un cri ou un ki, oui, l’expression de l’émotion et de l’énergie. INSTANT UNIQUE Passons à des évidences plus sérieuses. Le mot vient d’être lancé : énergie. C’est le dénominateur commun le plus important. Elle est présente partout dans la nature. Elle est latente. Dans le cas qui nous intéresse elle existe avant la naissance du mouvement, elle se concentre précédant l’intention d’agir et se déclenche permettant l’action. Elle peut être musculaire ou interne (KI), ou bien naturelle comme la houle. Pour le surf c’est le vent et les dépressions qui créaient la houle. Celle-ci remonte le plateau continental et se transforme en vague déferlante. L’énergie atteint son paroxysme dans le tube lorsque l’air emprisonné est catapulté comme un bouchon de champagne. Le surfeur est alors au centre de son partenaire. Il est à ce moment précis et incertain saturé d’énergie, il en sent même le souffle, l’air sous pression le pousse vers la sortie. Il est en communion totale avec l’autre. Il ne le domine surtout pas, il partage un instant unique et ô combien éphémère. Les deux activités nécessitent l’énergie d’un complice…la vague pour l’un, et un attaquant volontaire, que l’on nommera uke, pour l’autre. Dans les deux cas on est allé la chercher cette énergie, on la provoque et on attend le moment où cette puissance accumulée va ressortir sous forme « d’agression », la déferlante pour l’un et une frappe ou une saisie pour l’autre. Le timing et la distance sont primordiales, un brin trop tôt ou trop tard et c’est l’échec. Cette énergie on va la prendre au passage. Le surfeur va ramer pour se jeter dans la pente abrupte avant que la vague ne déferle, et l’aïkidoka que, l’on appellera tori, va se placer, s’effacer pour la guider, ou l’amplifier. Tous les deux s’adapteront à la taille, à la force de leurs partenaires pour choisir la réponse la plus efficace en respectant des techniques et des trajectoires maintes fois étudiées. Dans le meilleur des cas, les deux courants énergétiques ne deviendront plus qu’un et émaneront du centre de toutes les énergies, le hara. Lorsque le départ est réussi, le surfeur va prendre de la vitesse puis réaliser des figures acrobatiques défiant tout équilibre en utilisant Illustrations Claude Seyfried
au maximum l’énergie de la vague, en trouvant les concentrations de puissance et de force près de l’écume et sur la crête qu’il vient heurter pour mieux rebondir. Il prendra même le risque parfois, de flotter sur la mousse, ou même de perdre un court instant la relation directe pour décoller et mieux revenir au contact. La symbiose totale, puissance et fragilité. DEVENIR LE CENTRE En aïkido la construction de l’action est comparable. Il y a d’abord une présence physique réelle de deux entités décidées à en « découdre ». Lorsque l’uke débute son geste d’action volontaire, tori va lui aussi utiliser l’énergie. La sienne d’abord, et presque simultanément celle du partenaire. Cette puissance il va la canaliser, la faire sienne, puis il décidera qu’elle option choisir. La retourner contre l’agresseur par une projection par exemple, ou créer une spirale et diminuer ainsi l’intensité de l’attaque pour la faire disparaître, la… liquéfier ! Pour opérer, tori, comme le surfeur, doit devenir le centre, l’axe autour duquel le partenaire viendra tourner pour perdre peu à peu son énergie, comme la vague qui, aussi énorme soit-elle, finira toujours par mourir sur le sable, dans un soupir harmonieux et profond comme le souffle de uke immobile. L’ancrage et l’équilibre sont d’une importance capitale pour les deux protagonistes. Tori peut à tout moment être déséquilibré par uke. Si ses placements ou déplacements manquent de précision, la sanction est immédiate, perte d’énergie et du centre et possibilité pour l’uke de se transformer en tori. Inversement des rôles. Pour le surfeur, et par la nature même de son partenaire, le risque est plus grand de rompre l’harmonie, l’ancrage doit être ferme et léger, aérien parfois. Pour le réussir, il faut anticiper. C’est en fonction de l’ouverture que nous propose le partenaire qu’il va falloir se jeter dans la pente ou se plaquer le long du mur d’eau pour tenter le tube. L’anticipation de la frappe ou de la saisie est nécessaire pour la réussite du mouvement. Pour que l’entente soit parfaite, il est indispensable d’allier une présence active de tori et un engagement total d’uke. L’hésitation n’est pas de mise. Il faut du courage pour se lancer dans le vide. Il en faut aussi pour accepter le chomen d’un gars de 100 kilos. On est à ce moment précis seul à décider. Le contact ou l’esquive. Un choix difficile et instantané. La chorégraphie du mouvement sera immédiate. Avant d’arriver en bas de la vague le surfeur a déjà visualisé son évolution. Si la vague change ou l’uke résiste, tori s’adaptera et modifiera dans l’instant sa technique ou ses arabesques. Le mouvement, encore une particularité spécifique des deux activités. C’est paradoxalement celui-ci qui crée l’équilibre. Encore plus curieux, il faut être ancré et stable dans l’action. Ajouter à cela la vitesse et vous obtenez le centre. Etre au centre, c’est être dans le tube, là où il n’y a plus que l’énergie tourbillonnante de particules d’eau ou d’air qui nous maintient dans une spirale à la fois titanesque et fragile. L a position devient instinctive. On s’y trouve avant même d’avoir pensé y être... On est au centre parce que la vague nous fait le cadeau d’y être, parce que l’assaut de l’uke est total, mais aussi parce que nous avons été capable de déchiffrer en un millième de seconde toutes les informations susceptibles de créer le meilleur placement, la meilleure symbiose. UMILITÉ FACE AU PARTENAIRE Il ne s’agit pas de vaincre, de terrasser, d’humilier, mais plutôt de dialoguer, de communiquer en remplaçant le verbe par des sensations. De communier, peut-être… Mais surtout d’être humble face à un partenaire dont le tour viendra inéluctablement… Il faut savoir s’adapter à ses différents partenaires, cela fait partie du dialogue. Pourquoi s’obstiner à réaliser une technique imposée si l’autre nous donne l’occasion d’aller vers autre chose ? Pourquoi vouloir surfer une vague à droite si elle ouvre à gauche ? Notre capacité de réaction et d’adaptation doit devenir instinctive. Les meilleurs surfeurs sont ceux capables de surfer tous types de vagues, il en va de même pour les aïkidokas. La taille de l’uke, sa force, son expérience ne devraient pas nous gêner pour réaliser le mouvement choisi, ou un autre. L’adaptation est primordiale, et la décision doit être prise en une fraction de seconde. Dans le surf, comme dans l’aïkido, nous utilisons tous les mêmes techniques de bases et pourtant chaque pratiquant à sa manière, son style, sa griffe. DÉPASSER L’EGO PAR L’AÏKID’EAU C’est en cela que les échanges sont positifs. Allez surfer les meilleurs spots, suivez les stages de maîtres différents, accumulez les expériences et faites votre chemin… Enfin pour conclure, ce sont les mots passion, origine, respect, qui me viennent à l’esprit. Si l’on revient aux sources de ces deux arts, c’est bien la quête d’un certain absolu qui motivait les fondateurs, que ce soit O Sensei Morihei Ueshiba ou Duke Kahanamoku. Vivre en harmonie avec la nature et avec autrui, dépasser l’ego par l’aïkido, ou l’aïkid’eau… Vaste programme… À tous, bonne pratique. Olivier Rousselon aïkid’eauka à Bayonne 5



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