Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de déc 03 à mai 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kinomichi, l'art du mouvement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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entretien avec alain verdier Très investi dans la marche en avant de l’Aïkido en France, comme membre du Collège Technique ainsi que de la Commission Paritaire, Alain Verdier 5e dan, nous livre son point de vue, riche d’une expérience précoce à l’Aïkikaï de Tokyo, sur sa pratique et l’enseignement de l’Aïkido. L’EXPÉRIENCE TRANQUILLE D’avoir reçu l’enseignement des senseis à l’Aïkikaï de Tokyo a-t-il influencé votre conception de l’art martial ? N’étant pas, je pense, complètement imperméable à mes congénères, il serait quelque peu présomptueux de ma part de dire que ma conception de l’aïkido est sortie indemne des divers enseignements que j’ai pu recevoir à l’Aïkikaï, ou en France d’ailleurs dans la mesure où c’est moins une question de lieu que de personne. Au premier plan, il y a en effet les maîtres, les enseignants et l’attrait, donc l’influence qu’exerce sur votre pratique tel ou tel, la perspective qu’il représente. La qualité de cette influence est certainement en partie fonction de la qualité de la relation entre l’enseignant et l’élève et cela ne se décrète pas. Je suis souvent surpris par le manque de pudeur d’aïkidokas même confirmés qui, en la matière, pensent qu’il suffit d’avoir choisi un maître pour que celui-ci les ait élus. Outre le paradoxe évident que représente cette attitude, il s’agit là d’une belle illustration de cette étape égocentrique par laquelle doit passer tout aïkidoka et qui aurait tout à gagner à rester une étape. Après, bien sûr, il y a le contexte un peu particulier, un peu mythique je dirai, de l’Aïkikaï, l’organisation spécifique des cours, leur succession tout au long de la journée du matin très tôt jusqu’au soir, avec des maîtres différents mais tous de valeur, une « clientèle » également différente selon les moments de la journée. Tout ceci permet au pratiquant curieux et assidu d’enrichir considérablement sa pratique, de varier les expériences ; il en arrive même parfois à oublier qu’il fait un art martial tellement « le cours d’aïkido » est inscrit dans son quotidien et c’est là peutêtre qu’il s’imprègne le plus des valeurs essentielles de l’aïkido ; tout ceci évidemment est à la mesure de la perméabilité dont on est capable à ce moment-là. Faut-il s’imprégner de culture japonaise, de ses rituels, pour mieux comprendre l’aïkido ? Cela ne peut pas faire de mal ! Plus sérieusement, cette question soulève deux problèmes. Un premier que je formulerai ainsi : « faut-il ou doit-on rester fidèle aux origines de l’aïkido ? » Je sais qu’il s’agit d’un sujet sensible chez nombre d’aïkidokas ; répondre positivement relève, à mon avis, d’une forme de « primordialisme » qu’on pourrait définir comme l’idée, la volonté, l’invocation d’une fidélité intégrale aux origines. Cette idée me semble nier complètement le fait que, si l’histoire de l’aïkido n’a pas forcément un sens, elle a en revanche un cours, un déroulement. La création de l’aïkido est, par définition, un moment essentiel de ce déroulement et il ne s’agit pas bien sûr d’en contester l’impor-
tance. Il n’en reste pas moins qu’il serait aberrant que l’aïkido se donnât comme objectif ou aboutissement la stricte observance de ses origines. Cette forme d’intégrisme, qui par définition n’a que le temps en sa faveur, pourrait avoir comme effet pervers de dispenser de toute réflexion active sur ce que l’on fait, ce qui irait certainement à l’encontre des valeurs que souhaite promouvoir l’aïkido. Le deuxième problème tient à l’aspect universel de l’aïkido. Si, comme l’a voulu le fondateur, l’aïkido se situe audelà de toute culture, de toute époque, de toute race et religion, il serait quelque peu paradoxal de devoir s’imprégner de culture japonaise pour pratiquer le « véritable aïkido ». Qu’un minimum soit souhaitable et souhaité, je le conçois tout à fait, et on ne peut que se féliciter de l’apport que constitue à cet égard l’enseignement de ceux qui ont longtemps séjourné au Japon. En revanche, la compréhension, telle qu’on l’entend pour l’aïkido, c’est à dire non pas seulement intellectuelle mais aussi psychologique et physique, voire sensorielle, nécessite une certaine réceptivité qui peut être fonction des conditions d’accès à l’aïkido. En dehors du Japon, se mettre à la pratique de l’aïkido est souvent perçu par l’intéressé comme un événement à la mesure de la rupture psycho-sociologique qu’il constitue. Au contraire, le Japonais, ou le Français vivant au Japon, ne ressent pas, me semble-t-il cette rupture, ce qui lui permet d’entrer de plain-pied dans la pratique, sans traumatisme, et d’adhérer plus simplement et immédiatement au projet qui lui est proposé. Je pense que l’enseignement de l’aïkido en France doit aussi prendre en compte cet état de fait et s’efforcer de dédramatiser cet aspect de la pratique afin qu’elle puisse être vécue pleinement. Chaque discipline martiale a son efficacité spécifique, quelle serait celle de l’aïkido ? L’efficacité peut se décliner à différents niveaux. Au-delà de celle qui consiste à réduire momentanément ou définitivement, partiellement ou complètement, un adversaire ou réputé tel, il y a d’autres formes d’efficacité plus largement opérationnelles qui me semblent pouvoir être développées par l’aïkido ; la plus intéressante à mes yeux est Au-delà celle liée à ce qu’on peut de la appeler, faute de mieux, la technique, présence ; une présence qui l’aïkido serait autre chose que la est un état concentration au sens où on harmonieux qui confine parfois à l’obses- l’entend habituellement et entre soi sion, une présence qui se et son partenairecissique, une présence qui, à libérerait de toute visée nar- sans considération sait jamais complètement s’il travers un conflit dont on ne de culture est « pour de faux ou pour de de race vrai », serait faite de disponibilité, de lucidité, une présen- ou de religion. ce qui serait productrice d’un espace commun entre les protagonistes, une présence qui ne se nourrirait pas de l’élimination, même symbolique, de l’autre. La véritable supériorité de l’aïkido en tant que système éducatif est bien dans la reconnaissance qu’au-delà de la fusion ou de la séparation il y a la place pour un espace commun où chacun justement peut affirmer sa présence. Quelle discipline collective, à part peut-être la démocratie dans le domaine politique, peut se prévaloir d’une telle aspiration ? Bien sûr, pour nous aïkidokas, l’aïkido a toutes les vertus, en tout cas celles qu’on veut bien lui prêter ; gardons nous de croire cependant que l’aïkido crée « naturellement » cette présence, il ne fait que porter en lui cette opportunité qu’il appartient à chacun d’entre nous de révéler par une pratique assidue et vivante. Après toutes ces années de pratique de l’aïkido, quelle est l’orientation principale de votre enseignement ? Elle est très liée à ma réponse précédente. C’est tenter de mettre en oeuvre les moyens permettant de faire émerger et s’affirmer cette présence. Quels sont-ils ? Ce peut être, par exemple, de montrer que la concentration n’est pas le fait de centrer son attention sur un point, de se fixer mais au contraire d’être relâché, dans le sens de « serein », c’est à dire d’être disponible pour intervenir à tout moment sans donner de point d’appui au partenaire. C’est, dans le droit fil, essayer d’avoir l’esprit libre, libre de tout objectif, de tout résultat susceptible d’être utilisé pour une reconnaissance de soi par les autres, c’est éviter d’avoir une vision 9



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