Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de déc 03 à mai 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kinomichi, l'art du mouvement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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kinomichi masamichi noro n’était pas possible. Mais comme je faisais bêtises sur bêtises, il a fini par demander à mon élève de m’emmener ailleurs. J’ai commencé les exercices, j’ai demandé à Asaï qui est en Allemagne de venir me rejoindre et je lui ai dit : « Asaï, à partir de maintenant, exercices tous les deux. » Dix jours après l’accident, je commençais les exercices, mais mon corps ne suivait pas. J’avais partout des cicatrices. Le choc avait été très dur, mais j’avais envie de m’en tirer. Je m’entraînais sans cesse, et dans le même temps je me questionnais encore, ma vie, cette énergie en moi. Que suis-je ? J’avais une énergie extraordinaire. Je sentais la flamme en moi. Je voulais dans mes exercices dépasser mes limites. Je ne pensais qu’en termes d’énergie. Je me rappelais les paroles de O sensei : « Homme, ciel, terre. » Il 6 disait souvent : « C’est cercle, carré, triangle. Le cercle c’est l’univers entier, le carré c’est la terre, le triangle c’est l’homme. L’harmonisation de ces éléments, c’est le ki. » Tous ces exercices, je les faisais à partir du centre vital, le hara. C’est le moteur de l’énergie, de tout. C’est cette force qui est en contact avec le ciel et la terre. Je saisissais toujours plus les paroles de Morihei Ueshiba. Un jour, plusieurs années après mon accident, comme je marchais dans la forêt, en regardant un arbre j’ai repensé à O sensei qui avec sa main réalisait l’harmonie entre l’arbre et lui-même. Je m’interrogeais. Comment l’arbre réalise son énergie de vie ? Il puise sa force dans la terre par ses racines, elle passe par le tronc pour s’élever vers le ciel en créant un espace vital. C’est ça, c’est ça qu’il faut, me suis-je dit. Je cherchais PROGRESSION DANS L’INITIATION AU KINOMICHI Initiation 1 : 3 mouvements de ciel et 3 mouvements de terre constituent l’essentiel des bases et permettent l’apprentissage des positions fondamentales : étirements, spirale, diagonale et notion de contact avec le partenaire. Initiation 2 : les débutants peuvent y participer à partir de 20 leçons effectuées en initiation 1. reprise des bases dans le dynamisme. Initiation 3 : à partir de 90 leçons et avec l’autorisation de maître noro. initiation 4 et 5 : perfectionnement réservé aux futurs hakama et aux hakama. Pratique du jo et du bokken : symbole de la chevalerie japonaise, leur utilisation contribue à affiner les sensations corporelles et les positions de base. partout comment réaliser l’équilibre dans mon corps, ça devenait plus clair. Si nous réalisions l’énergie entre ciel et terre. Si mon corps énergie est harmonisé avec le souffle de la terre. Ce n’est pas simple mais c’est là notre force de vie. Un jour Graf von Durckheim, que je considérais comme mon ami, et dont je suivais l’enseignement, me dit : « Qu’elle est ton idée ? » Je lui ai répondu que le hara, c’est l’outil pour réaliser l’énergie. L’homme doit utiliser son énergie vitale centrée dans le hara. Pour se réaliser, il doit harmoniser cette énergie, la force de la terre avec la force du ciel. Pour vivre, notre force doit rester sur terre. Si nous élevons cette force vers le ciel, il nous renvoie sa force d’équilibre. La force du ciel passe par notre corps vers la terre ; les deux forces se rejoignant au cœur de notre corps. J’étais convaincu que tant que nous vivons, nous devons faire des exercices de terre-ciel pour garder cette énergie. En Aïkido, on parle également de centre vital. De fait, j’étais arrivé à une réalisation personnelle, parfois en opposition avec la pratique de mon maître Morihei Ueshiba. À ce moment là, j’ai pensé qu’il fallait que je quitte l’Aïkido. Ce n’était pas facile à assumer. J’en ai parlé à mes proches. Je leur ai dit qu’avec l’Aïkido j’avais connu la réussite, mais que maintenant, le moment était venu de créer ma propre voie. Que je la nommais, Kinomichi, la voie de l’énergie. Que maintenant, la vie sera peut-être moins facile, moins confortable… J’aurais pu continuer à enseigner l’Aïkido, mais il aurait fallu que je triche avec moi-même. Inimaginable. En décidant de me lancer dans cette voie, je prenais des risques importants, notamment de ne pas être suivi par mes élèves. Il y avait beaucoup de raisons objectives que je puisse me tromper. Tant d’idées, parfois géniales, n’ont jamais abouti. Je pouvais me retrouver dans l’impossibilité de nourrir ma famille et même me retrouver mendiant…J’ai demandé à Odyle mon épouse ce qu’elle pensait du nom Kinomichi. Elle m’a répondu : « Kinomichi… Kinomichi…Ça va, c’est bien. » Voilà comment j’ai annoncé la création de ma voie. C’était en 1979. Treize ans après mon accident, j’étais parvenu à la réalisation de ma propre voie. J’avais expérimenté pendant ces années un certain nombre de techniques de kinésithérapie pour retrouver mon équilibre. Le Kinomichi est fondé sur l’ensemble de cette expérience énergétique. Un mois plus tard, tous mes instructeurs sauf deux ou trois ont démissionné. J’ai aussi perdu la moitié de mes hakama, j’étais déçu, triste. Entre temps, j’avais eu des mots assez durs avec Kishomaru Ueshiba concernant cette nouvelle organisation de mon enseignement, mais nous nous sommes finalement et définitivement réconciliés en 1986. Aujourd’hui, je suis très heureux que le Doshu Moriteru Ueshiba ait répondu favorablement à l’invitation de la FFAAA de venir diriger un stage en 2004 à Paris. J’avais prévenu ma famille que cela pouvait arriver. Maintenant il fallait reconstruire, mais sur de bonnes bases, lentement, avec le temps. À QUEL MOMENT AVEZ-VOUS RENONCÉ AU CARACTÈRE MAR- TIAL DE L’AÏKIDO ? Cela fait déjà bien longtemps. Vous savez, toutes les techniques, comme shiho nage par exemple, il fallait qu’elles soient efficaces. Mais moi je n’ai jamais aimé l’affrontement. J’ai toujours pensé aux paroles révolutionnaires de Morihei Ueshiba : « La technique est au service de l’amour. » Au fond de moi je n’aime pas l’affrontement, alors le temps était arrivé d’éliminer tout affrontement. Mais malgré ça, si quelqu’un de très puissant, de physiquement bien développé se présente avec sa force, je lui dis : viens, bouscule moi…Je passe alors ma technique pour montrer que je suis encore dans la recherche. PRÉCONISEZ-VOUS UN TRAVAIL PARTICULIER SUR LE KI ? Beaucoup de pratiquants d’arts martiaux parlent de ki, mais ce ki, ils l’utilisent pour s’affronter. Un jour je vois deux de mes élèves qui pratiquent comme dans un affrontement. Dans l’exercice, ils étaient très contractés. L’un dit : « Toi, tu as du ki. » Alors je leur ai dit, ça ce n’est pas du ki. Le ki c’est le souffle universel, c’est un souffle créatif. Ce qui est destructif, ce n’est pas du ki. Le ki c’est l’amour et l’amour doit être harmonisation. L’énergie c’est la rencontre homme-
terre-ciel. Quelqu’un qui dans un affrontement projette son partenaire très loin, ça ce n’est pas du ki. Dans ces moments là, je me dis que tout ça doit changer. Nous devons changer. Quel est le sens de cette vie moderne, qui établit cette relation entre les êtres, quand je vois le monde d’aujourd’hui avec tous ces conflits ? La véritable force est dans celui qui crée une relation d’amour entre les hommes. Entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’univers. C’est cette énergie que le Kinomichi veut développer par ses exercices. Mais malgré cela quelqu’un peut arriver, se durcir et briser cette harmonie. QUELS SONT LES PRINCIPES FON- DAMENTAUX QUI DÉTERMINENT LE KINOMICHI ? La rencontre, la communication, l’amour, la paix. Souvent je dis dans mes cours : quand on commence l’éducation dans l’enfance, tout n’est que méfiance. Beaucoup de méfiance. Attention, méfie-toi ! À l’école, qui t’as frappé ? Untel, alors va le tabasser. Quelle note ? Qui est fort ? Qui est faible ? Plus tard dans la vie active, la rivalité s’installe. Il faut être le meilleur. Plus fort, plus beau, etc. Je dis l’énergie du Kinomichi, ce n’est pas ça. C’est l’esprit d’ouverture, le contact par l’exercice. Cet exercice, c’est comment optimiser cette énergie qui passe par la terre et s’élève vers le haut en traversant le corps. Bien sûr le Kinomichi n’est pas seul à utiliser ce principe. À l’origine de la danse déjà ce principe dominait. Dans les danses primitives comme dans les danses modernes, l’énergie s’élève des pieds vers la tête, de la terre vers le ciel. Aujourd’hui malheureusement, il n’existe plus de discipline qui travaille ce principe terre-ciel. QUE DEVIENT LA RELATION TORI- UKÉ COMME LA CONNAISSENT LES PRATIQUANTS D’AÏKIDO ? Kinomichi, c’est l’art du mouvement. C’est dans le mouvement que s’exprime cette énergie dont nous avons parlé. Tori est au centre de cette spirale, uké, comme un atome, est en en gravitation autour de ce centre. L’esprit est dans ce mouvement d’harmonisation entre tori et l’attaque de uké. C’est à cela qu’il faut arriver, faire disparaître le désir de domination par l’affrontement. Tori et uké c’est l’harmonisation. Ce doit être une rencontre pour créer le souffle de l’harmonisation. LES TECHNIQUES DE BASES DE L’AÏKIDO SE RETROUVENT-ELLES DANS LE KINOMICHI ? Toutes. Nous travaillons toutes les techniques de l’Aïkido. Parce que je ne connais que l’Aïkido, pas autre chose. Mais, la première chose à faire, par exemple shiho nage. Nage, projection. Dans la tête vient tout de suite l’idée de projeter. Ikkyo, autre exemple, immobilisation. Déjà, c’est deux exemples d’un début d’affrontement dans les esprits, alors j’ai supprimé tous ces nage et immobilisations. De même pour ce qui concerne les attaques. J’ai gommé l’esprit guerrier de l’attaque, Une recherche d’esthétisme et d’harmonie domine la pratique du Kinomichi. …De fait, j’étais arrivé à une réalisation personnelle, parfois en opposition avec la pratique de mon maître Morihei Ueshiba. À ce moment là, j’ai pensé qu’il fallait que je quitte l’Aïkido. Ce n’était pas facile à assumer. J’en ai parlé à mes proches. Je leur ai dit qu’avec l’Aïkido j’avais connu la réussite, mais que maintenant, le moment était venu de créer ma propre voie… donc la forme combative des défenses. Les techniques de l’Aïkido sont utilisées comme vecteur de communication, d’harmonisation, dans l’esprit défini par O sensei. L’aspect extérieur de shiho nage reste shiho nage, mais à l’intérieur de la forme, ce n’est qu’harmonie. C’est pourquoi je l’ai nommé : premier mouvement du ciel. Et ikkyo : premier mouvement de la terre. LE TOUCHER, DANS VOTRE PRA- TIQUE, SEMBLE ÊTRE UN ACTE LIBÉRATEUR. Bien sûr. Attention ! Le toucher peut aussi être un piège. Dans le Kinomichi, le toucher est un facteur de communication partagé. Il faut faire une distinction, dans le toucher les deux souffles ne doivent pas s’affronter, sinon c’est la destruction. AVEZ-VOUS ÉGALEMENT ADAPTÉ LE TRAVAIL AUX ARMES DE L’AÏKIDO À VOTRE PRATIQUE ? Tout à fait, les armes de l’Aïkido se retrouvent dans la pratique du Kinomichi. L’arme doit être un moyen de développer le ki, comme nous l’avons défini précédemment, principalement le bokken et le jo. C’est le premier Shogun, Tokugawa, qui a déclaré au XVIIe siècle : « Maintenant assez de guerre, le Japon doit retrouver la paix. » C’est sous son ère que le sabre du samouraï a évolué vers un instrument au service de la paix. L’arme ne devait plus servir à tuer mais au contraire à favoriser l’équilibre intérieur, tout en devenant un symbole de pureté comme on le vit aujourd’hui. C’est dans cet esprit que le samouraï devait utiliser son arme. C’est aussi à ce moment que le bujutsu (technique de guerre), a évolué vers le bugeï (art de paix). La pratique des armes était devenue une pratique dans la joie de vivre. C’est dans cet esprit là qu’elle s’intrègre dans le Kinomichi. Encore une fois, la voie que nous a montrée Morihei Ueshiba. À QUI S’ADRESSE LA PRATIQUE DU KINOMICHI ? À personne en particulier, à tout le monde, aux enfants comme aux adultes jusqu’à un âge avancé. J’ai même une pratiquante de 80 ans, elle est magnifique, extraordinaire. Il est bien sûr possible de s’initier à tout âge. Le devoir des anciens est de s’ouvrir aux débutants. Cette communication est inscrite implicitement dans le Kinomichi. LE KINOMICHI EST EN QUELQUE SORTE L’ŒUVRE DE VOTRE VIE, COMMENT LE VOYEZ-VOUS AUJOURDH’HUI ? Déjà presque 25 ans que nous développons notre art. Je suis très enthousiaste. Cet exercice me paraît nécessaire pour l’humanité. Nous nous sommes développés dans de nombreux pays, en Europe et dans le monde entier. Le mois prochain je serais au Mexique où j’ai beaucoup d’élèves. Nous pouvons créer une autre dimension dans la relation humaine. Nous sommes déjà nombreux dans cette pratique. Je ne sais pas exactement à quel stade nous sommes arrivés, mais le Kinomichi fait toujours plus d’adeptes. ❁ 7



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