Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de déc 03 à mai 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kinomichi, l'art du mouvement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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kinomichi masamichi noro À l’Aïkikaï de Tokyo Masamichi Noro, surdoué de l’Aïkido, devient très vite un desuchi-deshi préférés de Morihei Ueshiba, qui n’hésite pas à l’envoyer, malgré son jeune âge, comme délégué officiel de l’Aïkikaï pour l’Europe et l’Afrique. Masamichi Noro arrive en France en 1961, il a tout juste 25 ans. Succédant ainsi à Tadashi Abe, il va ouvrir près de 250 clubs d’Aïkido et verra arriver en France Tamura Nobuyoshi ainsi que Nakazono Mutsuro. En constante recherche, il crée sa propre voie en 1979, sur les bases d’exercices mis au point pour se remettre d’un très grave accident dont il fut victime en 1961 : le Kinomichi, littéralement Voie de l’Énergie. En 2001, le groupe NoroKinomichi a rejoint la FFAAA comme discipline affinitaire. Dans son Korindo dojo de l’avenue des Batignolles, Masamichi Noro nous reçoit pour évoquer ce parcours d’exception et sa pratique, sans jamais se départir de ce sourire chaleureux que tous ceux qui furent ses élèves lui connaissent bien. le mouvement universel du ki SENSEI, VOUS AVEZ DÉBUTÉ LA PRATIQUE PAR LE KENDO, JE CROIS, ET PLUS TARD L’AÏKIDO, QUELLES ÉTAIENT VOS MOTIVATIONS ? D’abord, je dois dire, qu’enfant j’étais très souvent malade, c’était affreux. Je devais souvent rester au lit. Vers 8, 9 ans, j’étais un petit garçon plutôt faible. À la sortie de la dernière guerre, beaucoup d’officiers se sont retrouvés sans travail. Un de ces officiers ami, qui passait chez nous, dès qu’il m’a vu, a dit : « Un garçon faible comme ça, ce n’est pas possible. Il faut lui faire faire des exercices physiques. » Mon père était très content, il pensait que cet officier ferait de moi un être raisonnable. L’officier a déclaré : « Je sais faire beaucoup de choses, je suis kendoka. Je vais lui apprendre le Kendo. Il faut qu’il pratique le Kendo. » J’avais 10 ans à ce moment-là. Dans le même temps, il a dit : « J’ai rencontré Maître Ueshiba. Il a des techniques magnifiques. » Le nom de l’Aïkido était déjà dans ma tête, mais comme il était spécialiste de Kendo, j’ai fait du Kendo. Mon père était vraiment content, il voyait que petit à petit, je me développais. Ensuite, j’ai commencé à m’intéresser au corps, au mouvement 4 du corps. Mais à cette époque mes parents voulaient que je devienne un jour médecin, c’était leur principale préoccupation. Ma famille résidait dans le nord du Japon. J’ai été envoyé au lycée à Tokyo. Les premières années j’ai étudié très sérieusement pour faire plaisir à mes parents. Mais un jour quand j’ai vu du Judo, j’ai voulu en faire. Je suis rentré au dojo de la police, je suis rapidement devenu 1er dan et puis j’ai fini par rentrer en faculté de médecine. C’EST À CETTE ÉPOQUE LÀ QUE VOUS AVEZ RENCONTRÉ MORIHEI UESHIBA. Je n’acceptais pas de passer mon temps à faire des études. Je l’ai dit à mon oncle qui était un ami d’école de Kisshomaru Ueshiba, le fils du fondateur de l’Aïkido, dont j’avais entendu parlé 10 ans auparavant. Il m’a répondu : « Si tu réussis en médecine, je te présenterais au grand maître de l’Aïkido et tu pourras pratiquer. Je t’amènerai au dojo du fondateur. » Immédiatement je me suis mis aux études, et j’ai été reçu 2éme au concours d’entrée à la faculté. C’était en 1955, mon oncle m’a emmené au dojo de Morihei Ueshiba. J’ai commencé la pratique tout de suite, le premier cours du matin. Kishomaru m’a attrapé, m’a fait shiho nage… j’étais judoka depuis plusieurs années, je n’aurais jamais pensé que quelqu’un puisse me projeter comme ça. C’était pas possible. J’ai été très étonné de cette technique, maître Ueshiba avait été sans pitié pour moi, mon poignet été devenu très douloureux. Deux jours plus tard, Morihei Ueshiba était là. J’ai vu, j’ai compris, c’était magnifique ! Un vieil homme comme lui, faisant de tels mouvements, se déplaçant remarquablement, avec ses cheveux et cette barbe blanches, c’était incroyable. Je me demandais où j’étais. Dès les premiers jours j’ai décidé de m’installer comme deshi. Je suis venu avec mon futon, j’ai salué le maître Ueshiba qui m’a introduit, puis je me suis installé. À cette époque là il y avait déjà, Tamura sensei, Arikawa sensei, il y avait également Okumura sensei, Tada sensei entres autres comme externes. Nous n’étions pas nombreux, parfois 5, 6 pratiquants seulement. À l’époque, Kishomaru Ueshiba était salarié dans une entreprise pour subvenir aux besoins de sa famille, et de O sensei son père également. La vie n’était pas facile, ils vivaient tous avec très peu de moyens. Mais tout se passait magnifiquement, alors j’ai pris ma décision. Je suivrai les trois cours quotidiens, dont un dirigé par Osawa sensei. J’étais vraiment enthousiasmé. EN QUOI LA RENCONTRE AVEC MORIHEI UESHIBA A ÉTÉ DÉTERMI- NANTE POUR VOUS ? Le contact avec O sensei est inexplicable. Tout s’est fait très simplement. Il était là, par sa seule présence, par tout ce qui émanait de sa personne, j’ai été emporté. O sensei nous disait : « Ma vie c’est la réalisation de l’amour. » J’ai voulu dès cet instant devenir très vite son « chou chou ». Je me disais qu’il fallait que j’arrive à être bien avec lui pour progresser le plus vite possible. Pour qu’il me donne beaucoup. Un an plus tard, j’étais par mon travail un de ses élèves les plus proches. Un matin O sensei me dit : « Noro, tu es libre ? » Comme je lui répondais par l’affirmative, il poursuit : « Nous allons à Iwama. » J’ai pris nos bagages, et nous sommes partis pour Iwama. C’était ma première rencontre avec ce lieu aujourd’hui mythique. À Iwama, il y avait Saïto et Isoyama sensei entre autres. Je dormais dans le dojo. À 5 h 30, O sensei commençait la
journée par la prière avant de passer aux exercices. Un jour il dit : « Noro, viens, prends un bokken. » J’arrive très ému avec mon bokken. Tout d’un coup, il frappe mon bokken… Mon corps a été comme électrifié… j’ai lâché le bokken. Il a fait une moue de pitié en me disant : « Noro, ça va pas, ça va pas ? » Il me dit : « Jo, maintenant. » J’ai pensé, il va frapper comme avec le bokken. Je m’y attendais. Au même instant il frappe avec le jo. Il s’est passé le contraire. Lui même a du sentir mon énergie, il m’a dit : « Noro tu vas faire du jo… » Mais attention, mon bokken il est pas mal non plus ! Cependant depuis ce moment je fais quelques complexes visà-vis du bokken. Il a voulu que je continue l’exercice après le cours. Il m’a montré des roseaux géants dans le jardin et m’a dit : « Voilà ton partenaire. » Il m’a montré un mouvement technique en me disant : « Fais ça ! » « Oui sensei. » Je commence, mais au Japon, on n’arrête pas la pratique avant que le maître le dise. Il s’était assis à une table et me regardait. Le temps s’écoulait, je faisais la technique, combien de temps je ne sais pas, mais jusqu’à épuisement. Je me suis approché de lui à quatre pattes pour demander pardon de m’être arrêté. Mais en fait, il dormait… ! COMMENT A ÉTÉ DÉCIDÉ VOTRE DÉPART POUR LA FRANCE ? Normalement c’est Tada sensei et moi qui devions venir en Europe après le retour au Japon de Tadashi Abe, pour lui succéder dans ses fonctions. Nous étions délégués pour l’Europe et pour l’Afrique. C’est O sensei qui a décidé sur une proposition de Kishomaru. C’est comme ça qu’en 1961, j’ai débarqué à Marseille, après une longue traversée en bateau. Je me suis d’abord installé à Cannes. J’étais seul, Tada finalement avait décidé de rester au Japon. Je devais changer de pays tous les trois mois car je n’avais pas de visa de séjour, Italie, Allemagne, Afrique. Je suis resté 8 ans sans pouvoir rentrer au Japon. C’était pas possible, ça coûtait très cher et j’avais très peu de moyens, malgré les 250 sections que j’avais réussi à ouvrir. Fin 1968, je suis rentré au Japon parce que mon père était très malade. Dès que j’ai posé le pied, je suis allé directement à l’Aïkikaï, c’est normal. Je suis resté dormir et j’ai assisté au cours de O sensei dans le nouveau dojo où il y avait maintenant beaucoup de pratiquants. Il était très âgé, sa mémoire était devenue très faible. J’étais en seiza parmi les autres, O sensei s’approche de moi et me demande : « Qui es-tu ? » « O sensei, je suis Noro. » Puis il part et puis revient : « D’où viens-tu ? » « D’Europe, O sensei » Il m’a redemandé 4 ou 5 fois. Alors Kishomaru s’est approché et lui a dit que j’arrivais de Paris. Tout d’un coup, il a réagi et s’est mis à sauter de joie en disant : « Noro est là, Noro est là ! » Je voyais que tout le monde se demandait ce qu’il avait. C’était dans les derniers moments de sa vie. Peu de temps après il est décédé. J’IMAGINE QUE LE PROCESSUS DE CRÉATION DU KINOMICHI A ÉTÉ ASSEZ LONG, QUAND S’EST-IL IMPOSÉ À VOUS ? Tout d’abord il y a eu ce premier choc pour moi. Un accident de voiture en 1966 où j’ai été laissé pour mort. La vitesse me passionnait. Quand je suis revenu à moi, je me souviens bien, deux ou trois de mes élèves étaient à mes côtés qui me regardaient. Ils m’ont dit : « Vous avez eu un accident en voiture. » Tout le monde était très inquiet. J’étais allongé dans mon lit, tout de suite j’ai fait bouger un pied puis l’autre. Donc je pouvais faire quelques mouvements. La main droite pas de problème, la main gauche, paralysée, aucune sensation. J’ai demandé à parler à un médecin à qui j’ai demandé comment ça se fait que ma main ne réagit pas. Il m’a répondu : « D’ici quelques mois ça reviendra. » J’étais soulagé. J’avais conservé la possibilité de bouger. Mais durant ces moments de souffrance, je me suis posé beaucoup de questions. Je me disais : Qu’est-ce que c’est que cette vie là ? Que suis-je moi-même ? J’ai dit au médecin que je voulais quitter la clinique dans une semaine, que je voulais faire des exercices pour développer mon corps de nouveau. Il ne voulait pas me libérer avant un mois. Ce À mains nues ou aux armes le Kinomichi reprend toutes les techniques de bases,de l’Aïkido. NAISSANCE DE LA TENUE DU KINOMICHI Reconnaissable entre tous, le hakama du Kinomichi est né, au début des années 80, de l’inspiration d’une élève de maître Noro. Styliste chez Hanae Mori, la maison de haute couture de renommée internationale, Mouchy, sur la demande de maître Noro va lui proposer divers croquis, directement inspirés des tenues des samouraï du 17e et 18e siècles qu’elle avait référencée lors de ses multiples séjours au Japon. La tenue blanche actuelle et la veste blanche que portent les hakama sont fabriqués en France à partir de l’un de ses croquis. Le hakama rayé, fabriqué au Japon, est référencé dans la gamme des échantillons fournis pour les hakama traditionnels. Le MON est l’emblème de la famille paternelle de maître Noro. 5



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