Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
Aïki Mag n°7 déc 03 à mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de déc 03 à mai 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kinomichi, l'art du mouvement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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…Ce n’est qu’en améliorant la qualité du passeur et la qualité de la « marchandise » passée qu’on améliorera la transmission. En aïkido, les deux sont intimement liés même si certains considèrent un peu schizophréniquement que pédagogie et contenu peuvent faire l’objet d’un traitement séparé. Je pense par exemple que, dans l’enseignement de l’aïkido, il ne faut pas systématiser le recours à des artifices pédagogiques.… linéaire du temps où il y aurait un début et une fin et où l’on serait à la fois prisonnier du passé et dans l’angoisse du futur, c’est vivre plus intensément le présent pour ce qu’il est et qui ne vaut que pour ce qu’il est. Bien entendu, à un niveau « technique » moindre, je m’attacherai à faire prendre conscience aux débutants du plaisir qu’ils peuvent éprouver à se mouvoir par rapport à un partenaire, à chuter pour mieux se relever... en évitant également que ces objectifs ne deviennent pour moi une idée fixe ! De façon générale, je m’efforce de solliciter progressivement et le plus intensément possible la « présence » chez les élèves, en étant convaincu qu’il s’agit là d’un puissant levier d’autonomie et de responsabilité en même temps qu’un moyen non négligeable d’améliorer la qualité des relations. Quel principe majeur proposez-vous à vos élèves pour progresser plus rapidement ? Au bout de plusieurs années d’enseignement, on sait tous qu’il est un peu vain de vouloir faire progresser plus rapidement les élèves : l’aïkido n’est pas une course, même pas une course de fond. La bonne vitesse de progression, c’est celle où l’élève a l’intime conviction, corroborée par le regard de l’enseignant, qu’il progresse. Le problème récurrent de la pédagogie touche au choix de la logique d’enseignement : faut-il privilégier une logique de la restitution ou une logique de la compréhension ? Bien sûr, ce n’est pas aussi tranché que ça mais on penche tous d’un côté ou de l’autre. En ce qui me concerne, je penche plutôt du côté de la compréhension, car ce me semble plus prometteur, mais je ne minimise pas du tout l’intérêt de la restitution. Surtout si c’est une restitution bien comprise ! Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est que l’aïkido ne devienne par trop réducteur et n’enferme ses pratiquants dans des schémas stéréotypés, auquel cas on se dirigerait tout droit vers la mort de ce qui est vivant. Pour répondre plus directement à votre question, je crois que la progression est directement fonction du plaisir que l’on a à se sentir progresser et qu’elle se moque un peu des délais de livraison. Les techniques d’armes peuvent-elles avoir un effet dans ce sens ? C’est une question qui aura du mal à être tranchée ! Fautil avoir fait du latin et du grec pour s’exprimer plus vite et correctement en français, pour être un bon écrivain ? Je n’ai pas d’avis arrêté, mais concernant le sujet qui nous occupe, je ne demande qu’à être convaincu tant je suis intimement persuadé, pour l’avoir vécu de façon furtive, qu’il y a un lien mais qu’il n’est pas toujours là où on essaie de nous faire croire qu’il est. Il n’est pas rare que la pratique des armes soit considérée par les enseignants comme un dérivatif à l’aïkido. Il n’est pas rare non plus que cette même pratique soit vue comme parfaitement indispensable à toute progression en aïkido. Alors, fusion ? séparation ? Il y a sûrement un espace commun entre aïkido et armes où les positions peuvent s’affirmer sans se rejeter. Même si pour d’aucuns, le travail des armes donne l’illusion d’un plus grand réalisme, au fond il est plus austère, dans un premier temps moins chargé de valeur « communication », le contact y est plus virtuel et, de ce fait, il me semble que c’est une pratique qui exige beaucoup de temps et d’investissement avant de pouvoir faire un début de lien avec l’aïkido. Ce n’est bien entendu pas une raison pour ne pas s’y adonner, ce pourrait même être une raison pour le faire mais, dans tous les cas, je ne crois pas à l’effet d’accélérateur que cela pourrait avoir sur la progression en aïkido.
Est-il nécessaire de faire un travail particulier de développement et maîtrise de l’énergie interne ? Je n’y ai jamais pensé tout à fait en ces termes là. Il m’est arrivé, il y a de cela très longtemps, de faire des stages de respiration. Est-ce cela l’énergie interne ? Toujours est-il qu’un ami m’ayant fait remarquer que, lui, il n’arrêtait jamais de respirer et que cela lui semblait même préférable, j’ai cessé de me polariser sur cet aspect des choses ! Depuis, j’ai eu tout loisir de vérifier que, effectivement, quand on fait de l’aïkido, on continue de respirer ! Comme membre du collège technique, quelles propositions faites-vous pour améliorer encore la transmission de l’aïkido ? Quand on transmet un savoir, quel qu’en soit le niveau, on est dans un rôle de passeur. Le passeur se trouve face à une demande, une envie et je crois que, comme le dit la chanson, il ne faut pas trop donner avant même l’envie. Ce n’est pas une question de rétention d’informations mais bien d’adéquation, de décalage pouvant exister entre le projet de l’enseignant et la capacité réceptive de l’élève. Ce n’est qu’en améliorant la qualité du passeur et la qualité de la « marchandise » passée qu’on améliorera la transmission. En aïkido, les deux sont intimement liés même si certains considèrent un peu schizophréniquement que pédagogie et contenu peuvent faire l’objet d’un traitement séparé. Je pense par exemple que, dans l’enseignement de l’aïkido, il ne faut pas systématiser le recours à des artifices pédagogiques. L’aïkido porte déjà en lui tout l’enseignement dans la mesure où il est avant tout communication et que communiquer, c’est transmettre ; la moindre technique d’aïkido est chargée d’informations à l’attention du partenaire. Donc, ce qu’il nous faut améliorer avant tout c’est la qualité de notre pratique : pour cela on a la chance en aïkido de pouvoir faire autant de « brouillons » qu’on veut, des brouillons écrits au propre immédiatement, avec plus ou moins de fautes d’orthographe, plus ou moins de fautes de grammaire ; jamais d’œuvre définitive comme peuvent l’être un livre, une peinture, un poème qui auraient été repris cent fois, corrigés, polis. Il ne faut donc pas laisser passer cette chance qui permet de prendre le recul suffisant pour analyser sa technique, car c’est ce qui nous rendra plus tolérants à nos différences et peut-être même les effacera partiellement. C’est ce qui permettra également à l’aïkido de ne pas devenir un champ insularisé pour spécialistes, tant la spécialisation, en limitant la zone du savoir, me semble bornée et productrice de postures. Le véritable risque est bien là, que la réalité devienne une réalité pour chacun. Alors, peut-être les enseignants doivent-ils se souvenir que l’aïkido, à l’image du labyrinthe, est une énigme qui, pour être résolue, suppose de valoriser l’échec, de tirer parti des impasses et des impossibilités, de faire face, de persévérer, de se souvenir, de jouer, d’accepter de se perdre pour trouver des issues qui sont la plupart du temps provisoires. Se perdre n’est jamais un échec, « c’est seulement une occasion d’aller là où on n’est pas attendu. » Dans ce sens-là, nul doute qu’une valorisation raisonnable de l’échec produit de la confiance en soi. Or, la confiance en soi et le doute sont bien les deux moteurs qui nous permettent d’aller de l’avant. Quelle est la finalité de l’aïkido ? C’est arriver à traverser des labyrinthes sans cesse réinventés par ceux que nous trouvons sur notre route, parfois en travers de notre route. L’aïkido, c’est un peu un miroir qu’on transporte tout au long de cette route. Ce miroir, il faut en prendre soin, ne pas l’ébrécher, ne pas le casser et c’est quand même mieux de le nettoyer de temps en temps. Faute de quoi, il pourrait être tenté de renvoyer des images brouillées. Je me plais à imaginer que quand on habite complètement l’image renvoyée par un miroir en bon état, alors on doit pouvoir vivre sans réticence, jusqu’au dernier moment. t entretien avec alain verdier Comme passeur de savoir, Alain verdier s’appuie sereinement sur une expérience rare ainsi que sur une grande maîtrise des techniques. Alain Verdier enseigne au dojo AMBV 84, cours Aristide Briand 33000 Bordeaux Tel : 05 56 92 12 91 11



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