Aïki Mag n°5 déc 02 à mai 2003
Aïki Mag n°5 déc 02 à mai 2003
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de déc 02 à mai 2003

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : l'Aïkido de braise avec Olivier Gaurin.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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entretien avec olivier gaurin Une douzaine d’années passées au Japon pour y pratiquer l’Aïkido, voilà qui pourrait être banal si Olivier Gaurin 4e dan, n’avait pas décidé de communiquer cette expérience par l’écriture. Dans un livre remarquable COMPRENDRE L’AÏKIDO, subtilement illustré, il transmet avec beaucoup de sensibilité et force détails, une étude approfondie de son art de prédilection. LE VOYAGE IMMOBILE À quel moment de votre parcours avez-vous décidé de partir étudier au Japon, que vous manquait-t-il en France ? Je devais faire de l’Aïkido depuis… trois ans environ lorsque Christian Tissier est revenu de Tokyo. Lors de son premier cours dans notre dojo rue Servan à Paris, le contraste avec ce que nous faisions a été tel que je me suis dit : « là, voilà, c’est ça, il y a bien, quelque part, dans cette pratique, du merveilleux en action ». Il fallait vraiment que j’aille là-bas. J’ai mis dix années avant de pouvoir concrétiser cette nécessité. Après mes études, déjà troisième dan en France, je suis parti pour trois mois, en « reconnaissance » si je puis dire, et finalement… de « reconnaissance », j’y suis resté un peu plus de onze ans. Voilà pour la chronologie sommaire. Je pense que j’aurais pu continuer à étudier avec Christian Tissier à l’époque, ce n’était pas une question de technique, ni de personne, c’était une question de contexte. Je voulais… comment dire : je voulais plonger dans la source même de 16 l’aïki et du do, retrouver leurs racines. Il fallait que je fasse le pas, prendre ce risque. C’était mon énergie d’alors : j’avais une soif avide d’aller au cœur de la « problématique globale de l’Aïkido ». Quelles furent les différences profondes, immédiatement ressenties, entre la pratique de l'Aïkido à l'Aïkikaï et en France ? En arrivant à l’Aïkikaï, ma réflexion première n’a pas été de comparer mais de m’entraîner. Je ne voulais pas prouver, juger, ni m’illusionner, je voulais profondément apprendre. Je crois que j’avais « vidé la coupe », comme dit le proverbe, abandonné l’idée que « je » pouvais apporter quelque chose. Et donc, peu m’importaient des « différences », ce qui m’importait c’était de pouvoir « me générer » à la source de l’Aïkido, et donc atteindre les meilleurs de l’Aïkikaï. Mon premier objectif fut d’atteindre le mode d’entraînement les Uchi Deshi. Je crois que l’Aïkikaï avec sa façon particulière d’enseigner et d’offrir un Aïkido pluridisciplinaire centré autour du Doshu, donne une réelle opportunité de trouver l’Aïkido dans sa globalité, et peut éviter de construire arbitrairement une approche égotique de l’Aïkido, une vision finalement étroite, sectaire, ou purement gymnique de l’Aïkido. Tout en offrant aux pratiquants la possibilité de modeler leur Aïkido, et cela de façon personnelle et adéquate. Je trouve ce résultat formidable. Je dirais peut-être, pour résumer, qu’en France, l’Aïkido forme des pratiquants, et qu’à l’Aïkikaï, l’Aïkido se forme en eux. Quand avez-vous ressenti le besoin de communiquer. Quelles motivations vous ont poussé à mettre en texte votre expérience ? À mon retour en France, j’ai été invité à donner quelques cours, et devant les yeux un peu « perdus » des participants, j’ai voulu écrire pour eux un petit feuillet sur le pourquoi de l’intention en Aïkido, afin de leur remettre à l’occasion suivante (c’était le passage sur l’orage, la maison et le paratonnerre). Et puis le feuillet s’est vite transformé en dix feuillets, en vingt, cent, puis finalement, au bout d’un an, j’avais un manuscrit de plus de sept cents pages ! Je me suis dit : « Stop ! C’est assez pour commencer à envisager l’entraînement à l’Aïkido ». Mon seul effort a été d’essayer d’être honnête et de ne pas m’endormir sur une appréciation trop personnelle des choses et des gens. J’ai essayé également d’éviter « l’écueil du farfelu », dont parlait Doshu à propos des essais de conceptualisations de l’Aïkido en occident. Je l’ai fait lire à des amis, et ces lecteurs proches ont été impressionnés. Sur leurs avis, j’ai décidé de le livrer à tous, de prendre ce risque aussi. Je crois que lors de mon retour en France, en effet, je ne retrouvais plus l’Aïkido dans ce que je voyais. Les styles m’importent peu, mais le sens de ce que l’on fait, les mots que l’on emploie, cette synergie entre ce que l’on dit et les actes que l’on met en action, tout cela (à mon avis bien sûr) a beaucoup d’importance. Même physiquement, il y a une énorme différence entre se sentir « bon », « fort », « vrai », et « faire juste », surtout en Aïkido. C’est le corps qui parle, certes, mais c’est quand même au départ une intention qui l’anime. Il n’y a donc pas eu véritablement un besoin de communiquer à grande échelle, simplement un désir de recentrer le discours sur la première étape de l’Aïkido. Ce désir était orienté vers un petit cercle d’amis. Ce livre reste cela : un document destiné à ceux qui se considèrent comme les « amis » de l’Aïkido. Cela reste avant tout un témoignage. Vous évoquez régulièrement Yamaguchi Seigo, est-ce votre sensei de référence ? Humm… J’ai envie de dire un « oui » franc et massif. Seulement, ce serait vous tromper, tromper la mémoire de Yamaguchi Sensei, et tous ceux qui m’ont apporté tant et tant. L’Aïkido de Yamaguchi Sensei avait, entre autre, cela d’extraordinaire qu’il refusait, cet Aïkido,
d’être pris pour objet de transfert. C’était un Aïkido doux mais sans concession, qui vous pénétrait de l’intérieur, mais avec une extrême acuité de propos. Yamaguchi Sensei s’adressait avant tout à la compréhension de notre corps, à l’intelligence de notre cœur. Les deux ou trois fois au je me suis fait admonesté par Yamaguchi Sensei, la cause de sa fureur en était toujours la même : je l’imitais comme un singe savant, sans me concentrer sur ce que je faisais, sans vivre l’événement. Et alors, ce fut chaque fois réellement terrible. Mais je suis redevable à pratiquement tous les Sensei de l’Aïkikaï. À différents niveaux je suis redevable aussi profondément aux Uchi Deshi de l’Aïkikaï. J’ai aussi une « dette » presque démesurée envers feu Kishomaru Ueshiba, et également envers l’actuel Doshu : Moriteru Ueshiba. Et puis il y a Endo Sensei, Osawa Sensei (feu Osawa père, mais aussi son fils), et tant d’autres aussi qui m’ont avec patience insufflé de ce souffle de vie dans l’art. Il serait difficile de vouloir tous les citer. Yamaguchi Sensei fut, parmi tous ceux là, celui qui me donna je crois -comment dire ? - l’image peutêtre que l’Aïkido n’est pas un vain mot, et qu’il peut se mettre en acte avec pureté, réellement en acte « par nous ». Pourquoi "Comprendre l'Aïkido", le message du fondateur vous semble-t-il mal perçu hors du Japon, en France notamment ? Il y a déjà, au départ, un problème culturel qui fait obstacle à sa perception. La langue japonaise ne facilite pas les choses. Le message du fondateur est en cela (et à mon sens), complètement « codé », le décryptage n’est pas facile, même au niveau théorique. Pourtant, je n’ai pas la prétention dans ce livre de dévoiler le message décodé du fondateur. Je ne veux pas faire non plus une « leçon de japonais ». Ce que je dis, c’est : « Peut-on, nous, occidentaux, avec nos moyens propres de réflexions, retrouver l’authentique SENS de ce message ? ». Et la réponse est oui. « Peut-on le mettre en pratique avec notre façon particulière de nous figurer le monde, nous occidentaux, tout en restant DANS l’Aïkido ? » Et la réponse est encore oui. Voilà le véritable propos de ce livre. Son titre n’est qu’un aléa purement éditorial. Au départ le manuscrit s’intitulait : « L’Aïkido de braise » ! Les pratiquants d'Aïkido occidentaux ont-ils besoin d'une autre vision de l'Aïkido que celle de la pratique sur le tatami pour être sur la voie ? Pour rester sur la voie, je crois bon d’avoir en vue ne serait-ce qu’un Uké (ci-dessus Denis Thomas et Anna Noonan ci-contre), doit ressentir l’intention quand l’engagement de la technique se produit. LE « AÏ » DE AÏKIDO "Anéantissement des forces agressives ? " : on a traduit un peu facilement en fait ce concept par ces mots inverses et abstraits de : "amour, union, harmonie" tout en mélangeant tout ça dans un grand sac, alors qu'il s'agissait dans un premier temps indispensable à l'étude de quelque recherche fondamentale beaucoup plus importante (et déjà fort complète en soi), très concrète d'ailleurs contrairement à ce qu'on nous fait croire : une recherche de CONCORDANCE ! Personne n'a jamais à ma connaissance employé ce mot pour désigner le "Aï" de Aïkido. Du moins je ne l'ai pour ma part en 25 ans de pratique jamais entendu de la bouche d'aucun pratiquant français, d'aucun enseignant français. C'est certainement une lacune qu'il serait constructif de combler à ce jour... puisque le mot existe et fait preuve. Car avec ce mot de "CONCOR- DANCE", simplement, tout s'explique pour nous, français, tout s'explique de l'Aïki et de ses "ambitions". COMPRENDRE L’AÏKIDO page 80. 17



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