Aïki Mag n°4 jun à nov 2002
Aïki Mag n°4 jun à nov 2002
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de jun à nov 2002

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,1 Mo

  • Dans ce numéro : le toucher libérateur de Philippe Gouttard.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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point de vue philippe gouttard LE TOUCHER LIBÉRATEUR Plus de vingt séjours au Japon, une expérience exceptionnelle auprès des plus grands maîtres, une sensibilité très réactive, font de Philippe Gouttard, 5ème dan, l’un des techniciens les plus recherchés pour ce regard très personnel qu’il porte sur la pratique de cet Aïkido qu’il vit comme un véritable art de communication. 8 Depuis près de trente ans l'Aïkido m'a permis d'évoluer et d'avancer dans la vie. Au commencement, je considérais la pratique comme un besoin corporel, physique, étant habitué à une pratique de sports collectifs. Je ne me sentais pas prêt à répondre aux besoins d'une pratique individuelle mettant le corps dans des situations qui le faisaient terriblement souffrir. La position seiza, les chutes, les immobilisations. Après plusieurs années de difficultés et blessures, le corps a pris l'habitude de répondre aux différentes sollicitations et pris même du plaisir à bouger avec un partenaire. Au cours de ce parcours j'ai rencontré bien des professeurs qui ont su me façonner et avec leur aide je suis parvenu à la situation qui est la mienne actuellement. Je dois remercier ici tous les professeurs qui m'ont aidé, avec une attention toute particulière pour Christian Tissier qui m'a conseillé dans ma recherche d'une vision nouvelle de la pratique et qui m'a permis de partir au Japon et comprendre cet Aïkido nouveau pour moi. Cependant, il m'est très vite apparu que pour comprendre un professeur et l'apprécier il fallait en rencontrer bien d'autres. J'avais choisi de suivre Christian Tissier, il me paraissait important que ma pratique s'enrichisse aussi au contact d'autres maîtres. Ne résidant pas à Paris, j'ai du apprendre à mémoriser ce que je voyais au cours des différents stages. fort physiquement Ce fut une chance, car cela m'a aidé à travailler la mémoire pour reproduire au contact de partenaires neufs ce que j'avais vu lors des différents stages. Au cours de différents séjours au Japon j'ai pu enrichir cette pratique et continuer d'apprendre avant de revenir et mettre en forme cette somme de données que j'avais pu engranger. Pouvoir garder en soi l'image la plus belle des professeurs, essayer de la communiquer en la déformant le moins possible. Mais il m'est vite apparu que le seul côté sportif de ma pratique était vite limité. Il y eu longtemps en moi un conflit pour savoir quel était le plus important : dominer un partenaire ou apprendre de lui. Pendant longtemps seule la pensée d'être très fort physiquement me satisfaisait, puis corrigé physiquement et verbalement par différents professeurs, une nouvelle image de l'Aïkido m'apparu : comment faire pour que le partenaire prenne de moi mes qualités et surtout comment faire pour que lui me transmette les siennes ? À partir de ce moment là, tout ce que j'estimais négatif dans l'Aïkido, je le rejetais, tout ce que j'estimais positif j'essayais de le faire passer dans la pratique : ne pas parler au partenaire, ne pas communiquer verbalement, le laisser s'exprimer, lui laisser faire sa propre expérience. Le fait était : comment me battre contre moi-même, dans mes peurs, mes angoisses, mes frustrations ? Et non pas prouver à un partenaire que seul être le plus fort était le plus important. L'Aïkido devenait alors : comment apprendre à
être touché, comment toucher un partenaire, comment utiliser son propre corps pour communiquer avec un partenaire et comment laisser libre ce partenaire d'aller voir d'autres partenaires sans en ressentir de frustration ? L'Aïkido devenait un exercice d'apprentissage de la liberté. Respecter les choix et les directions de chacun. Je me rends compte maintenant le nombre important de partenaires que ma pratique a pu choquer, ennuyer, car en étant sourd à leur pratique, je croyais alors que dominer était la seule voie. À travers la saisie, nous apprenons à utiliser la paume de la main, à travers ce que l'on appelle atémi, nous apprenons le reste de la main. Un atémi pour moi, c'est comment toucher un partenaire, comment lui donner une information. Etre "durement" touché par son partenaire, cela ne me semble pas grave. C'est être "mal touché" qui me gêne. De ressentir "la colère" ou "l'inattention" de celui qui touche, voila la vraie douleur. C'est la raison pour laquelle, sur les tatamis, tous ces atémis qui n'arrivent pas, ou quand ils arrivent, l'excuse qui s'en suit me gêne beaucoup. C'est je crois notre problème en Aïkido, nous le rêvons, nous n'osons pas aller jusqu'au bout de nos désirs. découverte de l'autre Sur le tatami, il y a conflit ; comment faire avec un inconnu, ou quelqu'un avec qui on aime pas travailler comme s'il était un ami, un partenaire avec qui on aime bien pratiquer. Tout le problème est là, sur le tapis on se complimente, en dehors on critique. Alors je crois que seule la pratique est importante, après, tout ce que l'on peut dire sonne faux, comme dans le quotidien de la vie finalement. Cette vie privée je pourrais parfois en avoir un peu honte, elle n'est pas forcément celle que j'avais révée. Trop d'égarements et dans notre discipline, le privé et le professionnel s'entremêlent trop. Les "amis" des débuts se sont éloignés, d'autres sont apparus mais avec le temps, la relation amicale évolue vers une "relation professionnelle". Si j'aime beaucoup l'Aïkido, notamment par cette découverte possible de l'autre, commentva-t-il s'épanouir dans les efforts demandés ? Cela rejaillit sur moi-même et ma pratique. Pour moi, la technique c'est être droit, droit physiquement et mentalement. Les moyens pour y arriver s'appellent Ikkyo, Shiho-nage, Kokkyu-nage etc. Mais ne nous trompons pas, ces techniques sont notre langage commun (d'où l’expression : technique de base = grammaire) sur lequel on greffe les sentiments que l'on a à ce moment précis et que l'on transmet à notre partenaire. Lorsqu'on projette un partenaire, on ne le projette pas que physiquement mais il prend aussi toutes les bonnes et mauvaises sensations qu'on y met. Encore une fois projeter fort, faire une immobilisation douloureuse, ce n'est pas trop grave si le sentiment que « L'Aïkido devenait alors : comment apprendre à être touché, comment toucher un partenaire, comment utiliser son propre corps pour communiquer avec un partenaire et comment laisser libre ce partenaire d'aller voir d'autres partenaires sans en ressentir de frustration ? » 9



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