Aïki Mag n°4 jun à nov 2002
Aïki Mag n°4 jun à nov 2002
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de jun à nov 2002

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,1 Mo

  • Dans ce numéro : le toucher libérateur de Philippe Gouttard.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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aïkibudo Entraînement intensif avec le maître Alain Floquet pour Paul Harmant. ce qui induisait alors une certaine incompréhension avec les filles, laquelle se retrouvait dans les rapports humains. L’échange des expériences et des connaissances permet de dédramatiser les relations humaines, ce que je ressens d’autant plus au regard de l’expérience dramatique que j’ai vécu durant ma déportation de 1943 à 1945, qui m’a fait toucher du doigt la vacuité qui existe dans l’intolérance, le mépris de l’autre et la bêtise 22 humaine… Il est évident que cet épisode difficile de ma vie m’a ouvert les yeux sur la richesse humaine et sur moi-même, mais je préciserai que la découverte de l’Aïkibudo m’a encore enrichi et m’a permis de me connaître encore mieux. Le Budo permet au pratiquant de se placer dans le monde, parmi les humains, à sa juste place et en pleine conscience de sa valeur et de celle de l’autre. J’ai d’ailleurs complété cette recherche, notamment par la pratique du Taï Chi Chan. L’approche profondément humaine de l’Aïkibudo transparaît dans la double notion de main-guide (Te no michi biki) et de respect de son partenaire, dont l’harmonie reste le fil conducteur. Cet échange se doit de transparaître dans le rôle d’enseignement que tout Yudansha doit avoir vis à vis des plus jeunes. C’est peut-être ma carrière d’enseignant en natation qui rejaillit sur ma pratique Aïkibudo et m‘a toujours poussé vers la retransmission des acquis que je possédais, notamment en Aïkibudo. Je recherche plus particulièrement à parvenir à améliorer ma pédagogie, avec toute la difficulté de devoir se mettre à la portée du débutant. Charles : La pratique dans la mixité me paraît indispensable, et je préciserai une double mixité d’âge et de sexe. Côtoyer des personnes différentes permet d’enrichir nos approches et de bénéficier de l’ouverture d’esprit de nos partenaires en échangeant nos expériences Ainsi les jeunes et les moins jeunes peuvent découvrir ensemble l’évolution de l’individu au fil des ans, évolution tant physique que psychique, dans une activité commune, et à des niveaux très différents. Elle nous permet de mieux apprécier la différence de force physique et de tonicité et nous oblige aussi à accepter et à affirmer notre spécificité en exigeant de nos camarades plus jeunes qu’ils s’adaptent à notre différence morphologique. La mixité dans la pratique oblige à davantage d’efforts pour percevoir des caractéristiques physiques différentes et ne peut donc que contribuer à améliorer la perception sensorielle des pratiquants. En cela les pratiquants de mon âge ont une position quelque peu privilégiée, car ils s’orientent naturellement plus vers la maîtrise technique dans l’harmonie et la canalisation souple plutôt que vers l’utilisation de la force physique pure. Je rejoins la remarque d’André au sujet de la nécessité de transmettre ses connaissances, à quelque niveau que ce soit. Je prends un plaisir particulier à m’occuper de pratiquants débutants, pour leur apprendre les bases de la pratique du Kobudo. Et je suis toujours en admiration devant la patience de mes professeurs lorsqu’ils me font travailler les kata supérieurs de notre Ecole, malgré ma mémoire défaillante... Et que dire de la patience et de l’aide particulière que j’ai eues à l’occasion de mon dernier passage de grade de la part de mon jury ! Paul : La mixité dans la pratique martiale me semble une réalité incontestable et incontestée, à partir du moment où aucune compétition n’est possible en Aïkibudo. La pratique dans un Dojo ne fait que reproduire, à son échelle, les réalités de la Vie, avec toute sa diversité. C’est d’ailleurs cette diversité qui permet d’ouvrir les horizons de nos pratiquants, au travers de la connaissance profonde de leur réalité propre et celles de leur homologues… L’échange entre des personnes de sexe ou d’âge différents est fondamental pour une meilleure compréhension de l’étude et des techniques. Les spécificités physiologiques permettent d’expérimenter celles-ci et de ne pas être surpris lorsqu’une personne présente des caractéristiques physiques différentes des nôtres, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme (hyper laxité ligamentaire par exemple), d’un jeune (plus fougueux) ou d’un « vieux » (plus fragile physiquement). De plus, il faut affirmer que la pratique de l’Aïkibudo reste centrée sur les notions d’harmonie, d’adaptation et de tolérance vis à vis de ses partenaires, quels que soient le sexe ou l’âge, l’origine sociale ou la couleur de peau ou encore un éventuel handicap. Seul doit compter la personne dans sa réalité profonde et le désir impérieux de travailler en harmonie (WA) avec celle-ci, en tenant compte également des critères de temps, de lieux et d’opportunités. On retrouve ici la notion de Zanshin (vigilance) si importante dans la pratique d’un Budo. Il faut alors que les plus jeunes s’adaptent aux pratiquants de nos âges pour permettre cet échange qui est à la base de notre Art. Il n’est toutefois
pas toujours si facile pour les plus jeunes d’adapter leur pratique et pour les plus âgés d’admettre les limites à la pratique que nous imposent le temps…Mais quelle richesse tirée de l’échange et de l’expérience ! LA FORCE DE L’AÏKIBUDO NE RÉSIDE PAS DANS LA PUISSANCE MUSCULAIRE MAIS PLUTÔT DANS LA SOUPLESSE, LA CANALISATION DE L’ÉNERGIE, LA MAÎTRISE DE L’EGO ET DE LA MODESTIE, EST-CE EN CELA UNE FORME QUI CONVIENT MIEUX AUX PER- SONNES ÂGÉES ? L’ÂGE ET LA BAISSE DES PERFORMANCES PHYSIQUES AIDENT-ELLES POSITI- VEMENT À LA COMPRÉHENSION PROFONDE DE L’ART ? André : La souplesse, la canalisation de l’énergie, la maîtrise de l’ego et de la modestie sont effectivement des facettes importantes de notre Art. Cette logique profonde de notre discipline permet une approche réaliste et humaniste de nos rapports avec les autres. Il est évident qu’avec l’avancée dans l’âge, corrélativement avec celle dans la pratique, la compréhension du principe Aïkibudo augmente, et que la forme de pratique évolue : la jeunesse permet de compenser un manque de rigueur technique et de réussir une projection ou un osaewaza en « trichant » ; l’avancée en âge nous oblige à une rigueur et une honnêteté totale qui conduit, car l’on ne peut faire autrement à une pleine connaissance et compréhension du message du Maître. Il ne faut pas oublier que l’âge est le corollaire de l’expérience, à juste titre prisée et reconnue par toutes les civilisations. Charles : L’importance de l’avancée en âge et la baisse corrélative des performances physiques apparaît avec une acuité particulière après un certain âge. Lors de notre examen de 2ème dan de Kobudo (janvier 1999) par exemple, il y avait trois tranches d’âge : une moyenne de 30 ans, un quinquagénaire et un septuagénaire. Pour un programme commun, et dans un même esprit, se sont jouées trois prestations bien différentes caractérisées par des niveaux de souplesse, de tonus et de mémoire très différents. Ce fait m’a profondément impressionné et je m’interroge encore : compréhension plus profonde de notre Art, ou connaissance plus claire de l’évolution de l’individu, ou les deux ? Il est très certain que l’avancée en âge impose de modifier notre approche à la technique, pour épurer nos mouvements en limitant de plus en plus le recours à la simple force physique. La baisse des capacités physiques induit alors une recherche plus profonde de l’Art et une optimisation précise des principes de l’Aïkibudo. De plus notre expérience de pratiquant et d’Homme nous aide à mettre à profit cette baisse de nos capacités physiques pour finalement mieux appréhender le fond de notre pratique Paul : Le symbole du CERA, le Cercle d’Etude et de Recherche en Aïki et Kobudo, est une garde de sabre japonais ; cette tsuba représente de manière stylisée, en fer découpé en positif, une Tsuru (cigogne) aux ailes déployées, tête tournée vers la droite. Cet oiseau est, au Japon, le symbole de la longévité. Et cette notion de longévité est pour Maître Alain Floquet une vertu fondamentale de la pratique martiale et à fortiori de l’Aïkibudo : « -L’essentiel n’est pas de briller mais de durer ; -Briller est l’effort d’un moment ; -Durer est l’effort de toute une vie. » Pour Maître Alain Floquet, l’art martial n’a de sens réel que s’il conduit à une vie jusqu’à son achèvement dans la connaissance, le partage, la sincérité et la paix. Cette notion de durée et de persévérance avec courage et détermination rejoint l’ensemble des principes et des valeurs qui sous-tendent notre pratique Aïkibudo. Cette authenticité doit se retrouver dans notre vie d’homme parmi d’autres hommes. C’est pourquoi nous pouvons en quelque sorte bénéficier d’une certaine chance d’être arrivé à nos âges, poursuivre notre recherche et surtout transmettre notre expérience aux plus jeunes, et notamment aux très jeunes. "LE SYMBOLE DU CERA, LE CERCLE D’ETUDE ET DE RECHERCHE EN AÏKI ET KOBUDO, EST UNE GARDE DE SABRE JAPONAIS ; CETTE TSUBA REPRÉSENTE DE MANIÈRE STYLISÉE, EN FER DÉCOUPÉ EN POSITIF, UNE TSURU (CIGOGNE) AUX AILES DÉPLOYÉES, TÊTE TOURNÉE VERS LA DROITE. CET OISEAU EST, AU JAPON, LE SYMBOLE DE LA LONGÉVITÉ. ET CETTE NOTION DE LONGÉVITÉ EST POUR MAÎTRE ALAIN FLOQUET UNE VERTU FONDAMEN- TALE DE LA PRATIQUE MARTIALE ET À FORTIORI DE L’AÏKIBUDO." Notre rôle d’ancien transparaît ici avec une importance cruciale, parce que nous sommes ou nous nous sentons plus proches d’eux. Peut-être les joies d’être grand-père apportent-elles, après celles de Père une clairvoyance particulière… QUEL BILAN FAITES-VOUS DE VOS ANNÉES DE PRATIQUE ? QUELLES SONT VOS ATTENTES OU VOS OBJECTIFS À MOYEN TERME DANS L’AÏKIBUDO ? André : J’ai depuis cette année arrêter la pratique régulière de l’Aïkibudo, pour des raisons de santé, mais je poursuis chaque jour celle de la gymnastique et du Taï Chi Chuan. Je me rend ponctuellement au Dojo pour retrouver mes amis pratiquants et baigner dans ce creuset que j’assimilerai au liquide amniotique du nouveauné : utile, nécessaire, bienveillant, fondamental pour cette Vie offerte par mon second Père, mon Maître. Charles : L’Aïkibudo et le Kobudo m’ont permis de poursuivre une recherche sur moi-même et de me réaliser pleinement. Je désire poursuivre encore un temps ma pratique, peut-être par habitude, accoutumance ou peu de goût pour le changement. Peut-être aussi parce que chaque séance, je dis bien chaque séance, amène à des découvertes sur soi, sur les autres, sur les matières enseignées pour un enrichissement continuel. En sachant qu’un jour veste et hakama iront rejoindre dans le placard les ceintures blanches, colorées et noires qui auront jalonné ma carrière sportive. S’ouvrira alors un autre chapitre… Paul : Poursuivre mes efforts afin de progresser dans ma pratique personnelle et retransmettre, à l’image de nos maîtres, mon expérience aux autres pratiquants. Mon rôle de professeur au Dojo de Jœuf m’accapare et m’enrichit pleinement. Je suis fier d’être un exemple pour les jeunes et je leur montre que l’âge n’est pas une limite pour le plaisir. Textes et Propos recueillis par Paul-Patrick HARMANT et Jean-Pierre VALLE Sur les Photographies : Paul HARMANT, 3 e DAN Aïkibudo, 2 e DAN Katori Shinto Ryu, André SAQUE,2 e DAN Aïkibudo, 1 er DAN Katori Shinto Ryu, Charles ARNAULT,1 er DAN Aïkibudo, 2 e DAN Katori Shinto Ryu, copyright méthode et techniques Aïkibudo Alain FLOQUET. 23



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