Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de déc 12 à mai 2013

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : l'Aïkido, une philosophie fine et subtile, un art de la relation ... (Céline Froissart).

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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aïkido handi-valide magali chambenoit-levy ENTRETIEN l’énergie de l’enthousi Surmontant les contraintes auxquelles elle doit faire face, Magali Chambenoit-Levy, 2 e dan, BF, n’a eu de cesse d’aller à la rencontre de différents sensei et pratiquants pour dévellopper et perfectionner son Aïkido. Quand et comment êtes-vous venue à l’Aïkido ? Je suis de la génération Karaté kid et, comme beaucoup d'enfants de ma génération, l’image des arts martiaux, véhiculée par le 7 e art et ses meilleurs spécimens de série B, me faisait rêver. Des personnages caricaturaux, des scénarios simplistes, des répliques cultes et des acteurs aux talents... qui restent encore cachés. Je suis venue à l'Aïkido un peu par hasard à l’âge de 15 ans. 20 A quelles difficultés avez-vous eu à faire face ? « Difficultés », drôle de mot. Souvent les gens ont peur des mots. Dans mon cas, ce n’est plus un problème, c’est une réalité avec laquelle je dois vivre. J’ai eu le choix de me battre ou de me laisser assister. J’ai toujours eu des symptômes du syndrome diagnostiqué à l’âge de 20 ans, mais je ne m’en rendais pas compte. Maintenant, je sais. Mais comme j’ai vécu dans l’ignorance pendant longtemps, je me suis forgée, dure avec moi-même et avec les autres. Je suis exigeante. Quand on m’a dit que j’avais une « maladie orpheline », on m’a tout de suite interdit de continuer l’Aïkido. Et dans une logique cartésienne se basant sur un corps « normal », il va de soi qu’on ne trouvera pas de bienfaits à la pratique de l’Aïkido avec ma pathologie. Elle consiste en un défaut du collagène qui a pour effet de modifier toute la structure et l’élasticité des tissus de tout le corps : c’est l’une des trois fibres qui forme les tissus conjonctifs, il est présent sur la totalité des organes. Cela se manifeste par des luxations et sub-luxations, des douleurs, et cela n’affecte pas que les articulations. Cependant, mon corps est organisé pour fonctionner comme cela. Donc, pour la médecine, l’Aïkido (souvent méconnu et assimilé au Judo) comporte trop de risques, notamment de luxations. Et j’ai mis du temps à faire accepter aux médecins que l’Aïkido puisse être la meilleure rééducation que j’ai trouvée. Quand j’ai été forcée d’arrêter l’Aïkido, plus personne n’a su comment faire fonctionner ce corps, car ayant perdu ma musculature, je ne tenais même plus assise et le fauteuil électrique était la seule solution car je me luxais les doigts, les poignets et les épaules sur le fauteuil manuel. Ça a été une période très difficile à traverser. A présent j’ai l’impression d’être en sursis… c’est pour cela que je vis pleinement. Sur le tatami, les règles s’aménagent-elles, changent-elles en fonction du handicap ? Les « règles », me semble-t-il, changent à chaque fois que l’on change de partenaire. Simplement, elles sont tacites et répondent au bon sens. Par exemple, lorsque l’on travaille avec un enfant, il vient naturellement de se mettre à son niveau, de s’assouplir. Dans mon cas, les professeurs m’encouragent et m’entraînent à dire au partenaire que ces « règles » changent. Effectivement, mon handicap est tout à fait invisible. Il paraît qu’il apparaît quand on le sait. Pour moi, ça reste compliqué. Je me contente de dire que j’ai les épaules fragiles. Le souci, c’est que mes luxations font peur aux autres. Ils protègent leurs craintes, alors que c’est dans la nature même de mon
corps que de trouver un équilibre dans l’instabilité articulaire. De façon plus générale, face au handicap moteur, en soi les règles ne changent pas, mais les corps, si. Quelles qualités, points particuliers, vous faut-il « sur-dévelloper » pour atteindre un bon niveau technique ? J’ai de la volonté… Mais je crois que c’est du côté des enseignants qu’il faut poser la question. J’ai réellement besoin de plus de travail qu’un autre pour arriver à un résultat équivalent. Mon apprentissage prend plus de temps car je n’ai pas les repères de mon corps dans asme Photos Christian Rocher d’appartenir à un groupe. Ce n’est pas facile d’accepter, ni d’accepter d’être acceptée avec un handicap que l’on ne ressent pas (dans la mesure où je l’ai toujours connu sans faire les présentations). A présent, je ne sais pas si c’est l’autonomie qui baisse ou l’écoute de mon corps qui s’améliore. Je me demande combien de temps je pourrai continuer à pratiquer debout. Ce qui me fait peur, c’est que le fauteuil ne soit pas accepté et je crois que c’est pour cela que j’ai commencé à tester l’Aïkido en fauteuil, pour me rassurer sur une suite probable. La pratique avec armes vous convient-elle ? Comment l’abordez-vous ? Je l’aborde avec beaucoup d’humour ! J’ai conscience que le travail des armes m’apporte beaucoup dans ma pratique à mains nues. Néanmoins, je rencontre les pires difficultés, surtout au bokken. Je me sens tellement ridicule. C’est assez humiliant de dévoiler à ce point mon handicap et même effrayant de le voir en face. Il est vraiment révélé par ce travail. Avant, je trouvais toujours une raison de ne pas travailler le bokken, mais cette année Micheline Vaillant- Tissier m’a un peu prise en main et plus qu’encouragée à travailler. Comme elle m’intimide, je n’ai pas osé me défiler. J’en suis encore à me dire « je n’y arriverai jamais, c’est impossible » … mais j’ai tout de suite l’image de ces nombreuses fois où j’ai dit la même chose… et où j’y suis parvenue. l’espace et qu’aucun repère donné ne convient à ma compréhension du monde et du corps. Quand je suis revenue à l’Aïkido dans le cours de Gérard Dumont, j’ai relevé plusieurs défis. J’aime les challenges et ils me motivent. Avec le recul, je pense que je n’étais pas seule à relever ces défis, car sans Gérard et sans le club tout entier je n’aurais pas pu reprendre. Gilbert Maillot m’a dirigée au sein de l’École des cadres. Il m’a dit que pour évoluer il me Pour Morihei Ueshiba, la pratique de l’Aïkido doit se vivre dans la joie. Magali Chambenoit-Levy vit pleinement ce principe fondamental. fallait apprendre à réagir. En effet, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre que je ne comprenais pas ; à comprendre que je n’avais pas les mêmes repères que les autres, notamment au niveau des douleurs. Je redécouvre tous les jours mon corps, chaque matin mes repères sont différents de la veille. Cela dépend des douleurs générales, des subluxations nocturnes, de ma fatigue, etc. Et donc, en tant que uke, je redécouvre toujours les techniques, je cherche à les ressentir. A chaque fois c’est nouveau. Mais je ne sais jamais si mon corps prend une attitude correcte, si ma réaction est logique ou si je me mets en danger. Par ailleurs, il y a la confiance en moi. Et je ne serais pas arrivée à ce stade de mon évolution dans l’Aïkido sans mon professeur Jean- Marie Rodriguez de Saint-Maximin-la- Sainte-Baume, qui m’a ôté le « handicap dans la tête ». Il s’agit de celui qui pose les limites de mon autonomie et me dicte ce que « je n’arriverai jamais à faire ». Je continue à douter de mon Aïkido et de ma place parmi les valides, mais Jean-Marie m’a allégée des limites qui n’existaient que dans mes craintes et dans mes a priori. Il y a quelques années, dans ma vie quotidienne, je me sentais plus autonome qu’aujourd’hui et ma place parmi les « handis » était aussi imprécise que parmi les « valides » ; je pense que ces limites me permettaient aussi 21 Y a-t-il des points de technique qu’il faudrait faire évoluer ou même changer pour permettre une meilleure pratique ? Voilà une question technique et je ne suis pas technicienne. Donc ma réponse correspond à ce que j’ai compris et appris de mes expériences. Je ne pense pas qu’il faille modifier la technique pour permettre une meilleure pratique. C’est le regard que l’on a dessus qui pourrait évoluer. Nous avons ouvert, avec Fabien Barjon, un atelier d’Aïkido « handivalide ». Ce cours est né par hasard… L’objectif de l’atelier handi-valide n’est pas de changer ou de faire évoluer des points techniques, mais de rechercher des aides techniques et des outils pédagogiques pour permettre un enseignement plus facile de l’Aïkido aux personnes handicapées. Et donc de leur améliorer l’accessibilité de l’Aïkido.



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