Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de déc 12 à mai 2013

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : l'Aïkido, une philosophie fine et subtile, un art de la relation ... (Céline Froissart).

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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18 AÏKIDO dois donc faire en sorte que ça me profite à moi, quelle qu’en soit la conséquence pour autrui ». La philosophie de l’Aïkido est bien plus fine et bien plus subtile. Elle dit, au contraire « d’une situation potentiellement négative (le « conflit ») pour l’autre et pour moi-même, je construis et réalise une situation profitable à nous deux ». Les deux partenaires doivent donc sortir grandis de la pratique et c’est ce qui fait de l’Aïkido un art martial très particulier, ce qui donne une saveur aussi spéciale à l’entraînement. D’où l’importance, pour le faire comprendre au moins intuitivement, de conserver des éléments fondamentaux de l’étiquette, consistant à saluer puis remercier son partenaire, user de déférence avec les pratiquants plus gradés et les enseignants, être attentif à son environnement autour de son espace de travail… Car qu’attendre de personnes que l’on rencontre sur un tatami si l’on n’est pas soi-même attentif à observer le respect le plus élémentaire ? Le travail des armes, en plus d’avoir une dimension pédagogique et compréhensive incontestable pour la pratique à mains nues, permet également d’être sensibilisé encore davantage à cette question. Ce travail donne, en tant que pratiquant, tout son sens à la dimension martiale de l’Aïkido. Il permet de focaliser le développement de qualités comme l’attention, l’intention, la précision, la décision. Ce sont des qualités avec lesquelles il est plus difficile de faire le point dans la pratique à mains nues, parce qu’on peut craindre que le partenaire se sente brusqué par la mise en pratique de ces qualités. Avec les armes, il n’est pas possible de travailler sans une véritable coopération des deux partenaires. On sait donc que le « tranchant », la « décision », et toutes ces autres qualités inhérentes au travail des armes, peut s’exprimer pleinement, et que sinon, ils ne s’expriment pas du tout. C’est ce qui permet de rendre plus abouties ces qualités quand on repasse à mains nues. Dans le même ordre d’idée, tout aussi fondamental, le travail des armes permet également de comprendre, de façon « dépassionnée » les principes de la pratique de l’Aïkido. Peut-être parce que la pratique à mains nues céline froissart implique davantage le rapport au corps de l’autre, elle demande un effort dans la relation à l’autre qui peut être long et difficile. Le ken, par exemple, permet de neutraliser le terrain, à différents égards. Contrairement aux partenaires qui sont tous de taille et de gabarit différents, le ken mesure toujours 1,02 mètres et le point de contact est à peu près toujours au même endroit. Aussi, le ken peut se percevoir comme une extension de soi-même (et d’ailleurs il le faut, pour pouvoir s’en approprier le travail), mais qui reste en-dehors de nous. De ce fait, si la relation au partenaire recèle dans cette pratique davantage de tension, parce qu’un coup de bokken est moins anodin qu’un atemi, elle permet davantage de sérénité, parce que l’arme est au centre. Et, contre tout a priori, c’est dans cette pratique que l’on peut évaluer avec d’autant plus de précision l’engagement du corps. La mixité dans la pratique C’est la raison pour laquelle je trouve, pour ma part, le travail du jo plus difficile encore que celle du ken, parce que la transmission énergétique se fait dans une arme plus longue, plus lourde et au contour moins « jalonné ». Ce que je veux dire par là, c’est, pour l’exprimer avec une analogie, que la pratique du jo me fait penser à ce que l’on a coutume de dire du violon, à savoir qu’il faut « fabriquer » ses notes, parce qu’il n’y a pas de repère, comme sur une guitare. Et cette fabrication de notes, doit se faire dans l’instant, pour ne pas rompre l’harmonie du morceau qui est joué. Je pense plus précisément au kumi-jo, quand je fais cette analogie. Au bokken, on a la représentation de la lame, puis la pointe et la garde, qui donnent des points de repère, permettant de prendre
d’envisager d’avoir un quelconque effet sur celui du partenaire et qu’on n’a finalement de prise véritable que sur son propre placement. En d’autres termes, il s’agit de faire en sorte que uke se mette en mouvement « de lui-même », parce qu’il en ressent le besoin, parce que dans la relation ça devient une nécessité pour lui. Et si, au contraire, on cherche à forcer le comportement de uke, alors il y aura chez lui une résistance toute naturelle, qui sera le premier obstacle à la réalisation du mouvement. C’est en travaillant par rapport à son axe propre que tori peut ensuite obtenir le résultat escompté, et s’il ne l’obtient pas, il reste alors encore bien placé, c’est-à-dire dans une posture qui n’est ni dangereuse pour lui, ni inconfortable. La pratique avec armes demande une coopération plus forte encore entre les deux partenaires. l’arme en main avec un peu plus de confiance. La richesse de l’Aïkido se situe, en fait, à plusieurs niveaux, dont le plus important est peut-être la mixité des pratiquants. Cette discipline martiale, parce qu’elle n’est pas Travailler sur son axe Cette particularité conduit à travailler sa faculté à s’adapter en permanence, et ainsi à développer notamment les qualités de placement et de vision. Cela permet alors de mettre à profit « l’instant » et tout ce qui fait que ce n’est pas tant l’Aïkido qui « fonctionne », mais les principes qui le définissent, c’est-à-dire la façon dont on le met en œuvre et l’appréhende, au gré des situations et des partenaires. Par exemple, pour la réalisation d’une technique (depuis l’entrée jusqu’à la projection ou l’immobilisation), le placement devra différer en fonction non seulement de la taille et du gabarit du partenaire, mais également de la longueur de ses bras, par exemple, par rapport à ceux de tori. Ce dernier point doit pouvoir s’inscrire dans la vision globale qu’il convient de développer pour une pratique constructive et en vue d’une amélioration et d’une progression. Par ce fait même, la diversité des rencontres permet de multiplier les cas de figure et de générer un Si on peut considérer que finalement l’Aïkido, au-delà de la discipline martiale, est une école de la relation, on comprend alors quel impact il peut avoir sur la façon de se positionner dans la vie courante… compétitive et que, par ailleurs, le succès dans la réalisation d’une technique n’a pas de rapport avec la force physique, permet de rencontrer toutes sortes de partenaires, tous gabarits et tous âges confondus, hommes ou femmes. apprentissage par adaptation. Or, rencontrer des hommes et des femmes permet, évidemment, de multiplier les cas de figure et donc d’enrichir encore la pratique au service de la compréhension et de la progression. C’est probablement cette variété des rencontres qui permet d’intégrer des principes propres et utiles à la pratique de la discipline en elle-même, mais également en-dehors d’elle. Je pense au placement, à la faculté à projeter une intention, à l’engagement, à la vision. Mais je pense également à l’intégrité, la prudence, la sincérité, bref, à tout ce qui nourrit la progression en Aïkido et à tout ce que l’Aïkido permet de nourrir au-delà de sa seule dimension physique. Si on peut considérer que, finalement, l’Aïkido, au-delà de la discipline martiale, est une école de la relation, on comprend alors quel impact il peut avoir sur la façon de se positionner dans la vie courante, vis-à-vis des personnes que l’on est amené à fréquenter ou à rencontrer. Un des principes fondamentaux en Aïkido est celui qui consiste à travailler avant tout sur son axe propre avant 19 Idéal à réaliser Comprendre ce principe dans son corps permet de tendre vers sa mise en pratique dans la vie courante. Et en effet, il paraît assez évident, quand on pratique l’Aïkido et qu’on met cette expérience en regard des relations humaines en-dehors du dojo, qu’il est toujours préférable de modifier ses propres comportements pour obtenir quelque chose qui nous tient à cœur, que de tenter de changer directement autrui… Car le temps que l’on passe à travailler sur soi ne peut pas être vain, contrairement à celui que l’on peut passer à vouloir changer autrui à toute force. Et d’ailleurs, au-delà de ça, et par la même occasion, ce principe met en avant celui d’exemplarité. Il n’est pas rare, sur le tatami, de faire des rencontres un peu déconcertantes, par rapport aux codes auxquels on peut être habitué. Ce sont ces rencontres qui justement permettent de progresser aussi bien dans la pratique, que quant aux vertus relationnelles que l’Aïkido permet de développer. Il s’agit là de travailler à un équilibre entre des certitudes nécessaires à la progression et une nécessaire remise en question permanente de certains acquis qu’il est important de ne considérer que comme temporaires. Bien entendu, un idéal qu’on se propose de réaliser, parcequ’il est un idéal, n’est pas toujours atteint, ni dans la pratique ellemême, bien sûr, ni dans les relations avec les autres. Mais, si c’est ce qui rend parfois la vie compliquée et difficile, c’est également ce qui fait qu’elle est si intéressante et si riche. C’est aussi cette quête permanente qui fait le sel d’une discipline comme l’Aïkido qui est, il ne faut pas l’oublier, une « voie ». u Céline Froissart Ukés : Cassandre Chelle et François Pichereau



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